‹ Origine des plantes cultivées; (volume 2)Chapitre 32 sur 372 · De L'Ecluse, Le · texte numérisé non relu

De L'Ecluse, Le

5. Targioni-Tozzetti, Lezzioni, II, p. 10; Cenni storici sulla introduztom di varie pianie nelV agricoltura di Toscana, 1 vol. in-8, Florence, 1853, p. 37.

€n 1623, mentionne l'espèce comme apportée précédemment, sans indication de date, d'Espagne ou de Portugal, par des carmes déchaussés. Geserait donc vers la fin du xvio siècle ou au commencement du xvii® que la culture se serait répandue en Toscane. Indépendamment de ce que disent de L'Ecluse et l'agronome de Valombrosa sur l'introduction par la péninsule espagnole, il n'est nullement probable que les Italiens aient eu des rapports avec les compagnons de Raleigh.

Personne ne peut douter que la Pomme de terre ne soit originaire d'Amérique ; mais, pour connaître de quelle partie précisément de ce vaste continent, il est nécessaire de savoir si la plante s'y trouve à l'état spontané et dans quelles localités.

Pour répondre nettement à cette question, il faut d'abord écarter deux causes d'erreurs : l'une qu'on a confondue avec la Pomme de terre des espèces voisines du genre Solanum ; l'autre que les voyageurs ont pu se tromper sur la qualité de plante spontanée.

Les espèces voisines sont le Solanum Commersonii de Dunal, dont j'ai déjà parlé; le S, Maglia de Molina, espèce du Chili; le jS. immite de Dunal, qui est du Pérou; et le S. verrucosum de Schlechtendal, qui croît au Mexique. Ces trois sortes de Solanum ont des tubercules plus petits que le S. tubermum et diffèrent aussi par d'autres caractères indiqués dans les ouvrages spéciaux •de botanique. Théoriquement, on peut croire que toutes ces formes et d'autres encore croissant en Amérique, dérivent d'un seul état antérieur; mais, à notre époque géologique, elles se présentent avec des diversités qui me paraissent justifier des distinctions spécifi,ques, et il n'a pas été fait d'expériences pour prouver qu'en fécondant l'une par l'autre on obtiendrait des produits dont les graines (et non les tubercules) continueraient îa race *. Laissons de côté ces questions plus ou moins douteuses sur les espèces. Cherchons si la forme ordinaire du Solanum tuberosum a été trouvée sauvage, et notons seulement que l'abondance des Solanum à tubercules croissant en Amérique •dans les régions tempérées, du Chili ou de Buenos- Ayres jusqu'au Mexique, confirme le fait de Torigine américaine. On ne saurait rien de plus que ce serait une forte présomption sur la patrie primitive.

La seconde cause d'erreur est expliquée très nettement par le botaniste Weddell ^, qui a parcouru avec tant de zèle la Bolivie et les contrées voisines. « Quand on réfléchit, dit-il, que dans l'aride cordillière les Indiens établissent souvent leurs petites

1. Le Solanum verrucosum^ dont j*ai raconté, en 1855, l'introduction dans le pays de Gex, près de Genève, a été abandonné, parce que ses tubercules sont trop petits et qu'il ne résistait pas à l'oïdium, comme on s'en -était flatté.

2, Chloris Andina, in-4, p. 103,

cultures sur des points qui paraîtraient presque inaccessibles à la grande majorité de nos fermiers d'Europe, on comprend qu'un voyageur visitant par hasard une de ces cuHures depuis longtemps abandonnées, et y rencontrant un pied de Solanum tuberosum qui y a accidentellement persisté, le recueille, dans la persuasion qu'il y est réellement spontané; mais où en est la preuve? »

Voyons maintenant les faits. Ils sont nombreux pour ce qui concerne la spontanéité au Chili.

En 1822, Alexandre Galdcleugh *, consul anglais, remet à la Société d'horticulture de Londres des tubercules de Pommes de terre qu'il avait recueillis « dans des ravins autour de Valparaiso ». Il dit que ces tubercules sont petits, tantôt rouges et tantôt jaunâtres, d'un goût un peu amer ^ « Je crois, ajoute-t-il, que cette plante existe sur une grande étendue du littoral, car elle se trouve dans le Chili méridional, où les indigènes l'aDellent Maglia. » Il y a probablement ici une confusion avec le S, maglia des botanistes; mais les tubercules de Valparaiso, plantés à Londres, ont donné la vraie Pomme de terre, ce qui saute aux yeux en voyant la planche coloriée de Sabine dans les Transactions de la Société d'horticulture. On continua quelque temps à cultiver cette plante, et Lindley certifia de nouveau, en 1847, son identité avec la Pomme de terre commune ^. Voici ce qu'un voyageur expliquait à sir William Hooker * sur la plante de Valparaiso : « J ai noté la Pomme de terre sur le littoral jusqu'à 15 lieues au nord de cette ville, et au midi, mais sans savoir jusqu'à quelle distance. Elle habite sur les falaises et les collines près de la mer, et je n'ai pas souvenir de l'avoir vue à plus de deux ou trois lieues de la côte. Bien qu'on la trouve dans les endroits montueux, loin des cultures, elle n'existe pas dans le voisinage immédiat des champs et des jardins où on la plante, excepté lorsqu'un ruisseau traverse ces terrains et porte des tubercules dans les endroits non cultivés. » Les Pommes de terre décrites par ces deux voyageurs avaient des fleurs blanches, comme cela se voit dans quel(jues variétés cultivées en Europe, et comme la plante semée jadis par de L'Ecluse. On peut présumer que c'est la couleur primitive pour l'espèce ou, au moins, une des plus fréquentes à l'état spontané.

Darwin, dans son voyage à bord du Beagle, trouva la Pomme de terre sauvage dans l'archipel Chonos, du Chili méridional, sur les sables du bord de la mer, en grande abondance,

1. Sabine, Transactions of the horticultural Society^ vol. 5, p. 249.

2. II ne faut pas attacher de l'importance à cette saveur, ni à la qualité aqueuse de certains tubercules, attendu que dans les pays chauds, même dans le midi de l'Europe , la Pomme de terre est souvent médiocre. Une exposition à la lumière verdit les ti:Q)ercules, qui sont des rameaux souterrains de la tige, et les rend amers.

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