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ASTÉROÏDES ET DES MÉTÉORES

J'ai déjà eu l'occasion dans la première partie de cet ouvrage (n° 27) (res([uisser le mécanisme de la formation des corps cométaires ; les données accumulées dans les trois derniers chapitres vont maintenant nous permettre de serrer la question de plus près.

94. Doultlo nspocl du pntblôme. — Le problème comporte , au reste , deux genres de solutions (jui doivent se compléter. La première est pour ainsi dire d'ordre mécanique : dès lors qu'à l'heure actuelle nous regardons les comètes comme des membres permanents du système solaire, il nous faut trouver une explication de ce qui, en elles, parut aux anciens astronomes de véritables singularités : distribution à peu près régulière par rapport à Técliptique , inégalité des axes et des excentricités, eu égard aux inclinaisons, etc.. Il nous faut enfin préciser le genre de relations paraissant exister entre comètes, planètes et astéroïdes.

Aussi intéressante que soit notre réponse à ces diverses questions, puisque personne jusqu'à ce jour n'a su nous la fournir, nous n'aurons élucidé, en la présentant, que la partie purement géométrique et mécanique du problème : étoiles filantes et bolides semblent dériver des noyaux cométaires; mais ces derniers que sont-ils? Par quel procédé ont-ils pu se former ? La même question se posera pour les astéroïdes : nous ne croyons plus à l'hypothèse de la planète morcelée, c'est entendu; mais alors par quoi la remplacer?

On le voit, le champ s'étend et touche aux confins des sciences les plus diverses. Sans Tavoir cherché, nous voilà ramenés aux problèmes de la genèse des éléments et de l'évolution de la matière, sujets encore bien mystérieux pour nos chimistes et nos physiciens.

93. La Cosmogonie des comètes. — Remontons au moment de la rencontre de la masse centrale avec le nuage cosmique formé de météores. Le flux de ces derniers, nous l'avons démontré, a produit en arrière de cette masse une agglomération filiforme qui s'est immédiatement incurvée pour donner naissance aux branches spirales (no 22). Mais la portion de l'axe de symétrie sur laquelle se sont rencontrés les météores définitivement annexés a été énorme dès le début. Le Tableau de la page 113 nous fournit seulement l'ordre de grandeur que nous devons envisager pour une masse donnée. Notre Soleil actuel étend son action sur une sphère de 100 000 unités astronomiques, à peu près. A l'époque où nous remontons, sa masse était moindre, mais nous pouvons vraisemblablement supposer que sa puissance d'attraction se faisait encore nettement sentir à la moitié de la distance correspondant à son état actueL Dans ces conditions, les derniers météores captés auraient pu circuler dans des régions 1 600 fois plus éloignées que l'aphélie de Neptune; et ce champ d'action n'a pu que reculer, en raison du développement de la masse centrale, au cours de l'évolution nébulaire.

La densité des matériaux se rencontrant sur un rayon aussi développé a dû nécessairement être faible et on aurait pu compter de nombreux vides. Une petite portion seule des météores fut donc captée au début ; parmi les autres , un grand nombre continuèrent leur marche en avant sur des trajectoires hyperboliques plus ou moins incurvées et furent à jamais perdus pour la nébuleuse ; ils contribuèrent plus loin à la formation d'un autre système, peut-être, ou s'accrochèrent à quelque lointain Soleil.

Cependant, beaucoup d'entre eux qui avaient réussi à

échapper aux chocs sur l'axe de symétrie n'eurent pas le h)isir d'atteindre la limite de la sphère d'activité. Dans l'enchevêtrement des trajectoires se croisant en tout sens au delà de la masse centrale, les rencontres furent à chaque

Fig. 85. — Choc sur Taxe de symétrie d'amas de masse différente. Ce cas a dû être extrêmement fréquent.

Fig. 86. — Choc entre amas en dehors de l'axe de symétrie.

instant la règle; mais dès lors que les chocs n'avaient plus lieu sur l'axe de symétrie, les déviations se firent dans tous les sens et une infinité de cas durent se présenter. La rencontre de masses inégales, soit sur Taxe de symétrie, soit en dehors, dut amener des résultats analogues : toutes les fois que la vitesse résultante après le choc demeura insuffisante

pour jfaire franchir à la masse totale la limite de la sphère d'activité, l'incorporation au système devint fatale. Les figures 8o et 86 résument les cas les plus typiques; mais on en pourrait imaginer une infinité d'autres dans lesquels il y eut rencontres successives de plusieurs groupes inégaux ,

Fi^. 87. — Képarlilion de la matière cométaire par rapport au plan de lécliplique SE. On remarque des mhiima très nets au pôle et près de récliplique.

(Fiar. extraite du Prublème solaire.)

heurts violents entre les amas dont les trajectoires étaient déjà amorcées, les nouveaux arrivants semant le désordre dans la foule déjà compacte tournoyant autour de la masse centrale.

Dans tous les cas, les plans d'orientation des orbites décrites ont pu varier de tout en tout; les circulations se sont effectuées aussi bien dans le sens rétrograde que dans

le sens direct et l'on comprend que toutes les excentricités ont dû se produire.

Ces chocs infiniment répétés ne s'effectuaient pas d'ailleurs sans perte de force vive, donc changements et rétrécissements des trajectoires, avec précipitation plus ou moins accentuée des amas vers le centre.

Et ce fut ainsi que les météores échappés miraculeusement à la captation par les branches spiraloïdes contribuèrent largement, eux aussi, à l'accroissement de la masse nébulaire centrale.

Fifr. 88 indiquant le mode de répartition des matériaux dans l'ellipsoïde nébulaire, suivant des nappes diversement inclinées par rapport au plan princi|)al SA.

Fii.'. extraite du Problème solaire.)

90. Répiiililion de lu nuilière cométaire. — J ai indiqué autrefois dans le Problème solaire (p. 120) la répartition de la matière cométaire dans l'espace autour du Soleil ! Tig. 87). Bien que mes idées aient évolué depuis, au point de vue cosmogonique, l'explication de la distribution des matériaux à l'intérieur de la masse nébulaire reste sensiblement la même. Tout d'abord, les régions voisines de l'écliptique, ou mieux du plan du maximum des aires, nous présentent très peu de comètes ; la circulation planétaire et les branches spirales ont à peu près tout balayé, et cette action

s'est fait sentir dans les plans inclinés de quelques degrés seulement.

Il y a donc eu tendance à un maximum relatif sur une nappe à inclinaison plus prononcée, puis un nouveau minimum, et ainsi de suite jusqu'aux pôles du plan de référence

C'est bien d'ailleurs ce que vérifie l'observation, et la fig. (S7

Fig-. 89 montrant la répartition des matériaux par couches concentriques autour du Soleil. La courbe du bas indique la variation de densité en approchant du centre.

(Fi^. extraite du Problème solaire.)

fait comprendre à merveille cette loi de répartition. Mais ce n'est pas tout : le même raisonnement doit pouvoir s'appliquer à la distribution des matériaux en partant du centre pour aller à la périphérie ; il a dû se créer autour du Soleil des enveloppes à densités alternativement fortes et faibles*, groupant des amas dans des orbites voisines (fig. 89).

La combinaison de ces maxima et de ces minima relatifs a donné lieu finalement à la disposition que montre la figure 90 purement schématique.

Reste à expliquer le vide de matière cométaire aux pôles, nous y reviendrons un peu plus loin ; mais déjà nous pouvons faire remarquer l'analogie qui existe entre cette double

1 V. Th. Morelx : Le Problème solaire, l^» édition, chap. v.

distribution radiale et angulaire des comètes et celle que nous montre la ligure 1)1 relative aux astéroïdes : le mode de répartition est régi par les mêmes lois.

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