VALEUR DE Ç
INCLINAISON
VALEUR DE p
Oo
On voit, en résumé, que la traversée, déjà réduite au 1/5 de sa valeur à 30 degrés, ne varie plus sensiblement à partir de 30 degrés d'inclinaison; mais il est juste d'ajouter que, par compensation , les corps circulant dans ces conditions se sont trouvés en contact avec les couches les plus denses,
celles voisines des régions centrales.
1 V. n» 75, p. 172, et fig. 67.
Il suit de ces remarques nouvelles que les comètes à courte période doivent augmenter en nombre à mesure que nous approchons des faibles inclinaisons ; c'est bien d'ailleurs ce que confirme l'observation ; obligées en effet à tourner dans un milieu résistant, leur grand axe a diminué comme leur excentricité (V. n°* 32 et 3o et fig. 9o).
Fi^. 95 montrant les trajectoires successives parcourues autour du Soleil S par un amas décrivant primitivement une orbite dans un plan oblique. L'inclinaison du plan RmR' diminue peu à peu.
Mais tandis que ce milieu résistant à mouvement direct favorisait, jusqu'à un certain point, les comètes tournant dans le même sens que lui, il tendait sans cesse, en raison des chocs, à supprimer celles qui, pénétrant dans ces régions, étaient animées d'un mouvement rétrograde, et l'on comprend que cette tendance diminuait d'autant plus qu'augmentait l'inclinaison.
Consultons nos Tableaux , nous allons vérifier toutes ces remarques : Sur les 19 comètes périodiques, dites de la famille de Jupiter, 2 seulement ont une inclinaison inférieure à 4 degrés, celles-là doivent être de formation récente; ou bien ce sont les perturbations qui les ont jetées
sur des orbites aussi voisines du plan du maximum des aires, car, d'une façon générale, les branches spiraloïdes ont tout balayé sur leur passage. L'ensemble de ces comètes à courte période nous donne 14 degrés, comme inclinaison moyenne; toutes sont directes (fig. 94 et 96, pi. IX et X).
En étendant notre champ d'investigation jusqu'à une distance aphélie un peu supérieure à celle de Neptune, nous découvrons 9 comètes dont la moyenne des inclinaisons atteint 41 degrés et, déjà, 2 sont rétrogrades.
Pour les 22 qui suivent et dont les aphélies s'étagent entre 48 et 20o unités astronomiques, soit 7 fois environ la distance de Neptune au Soleil, la moyenne des inclinaisons passe à 32 degrés.
Nous pouvons constater, cette fois, que la loi du sens de circulation s'affirme de plus en plus; un tiers, en effet, de ces comètes sont rétrogrades, et la proportion augmenterait si notre statistique portait sur les comètes plus voisines des hautes latitudes.
Les inclinaisons de 90 degrés ou proches de cet angle sont, avons- nous dit, peu nombreuses. D'où provient une telle particularité que personne n"a encore expliquée? D'une cause, au demeurant, assez facile à concevoir dans notre théorie : Imaginez des ellipses identiques dont les plans perpendiculaires à l'écliptique soient orientés dans toutes les directions; supposez maintenant toutes ces orbites parcourues par des corps tournant indifféremment dans le sens direct ou dans le sens rétrograde : les chocs auront nécessairement heu au pôle même, c'est-à-dire au point commun de croisement et finalement les matériaux seront précipités vers le centre ; le maxinmm d'effet se fait sentir aux deux pôles, où aucune circulation ne devient possible. Dès qu'on s'éloigne de ces points, les aphélies se répartissent sur des cercles parallèles d'autant plus grands qu'on approche davantage de l'écliptique ; la gène dans la circulation disparaît donc de plus en plus.
Ainsi s évanouissent une à une les singularités que semblaient présenter les comètes. La genèse de ces astres va
l'i.ANcMii; X
Fij;-. 96. — Comète Borelly |15 Août 1903). (Dessin de l'Abbé Moreux, pris à l'Observatoire de Bourges.)
nous permettre maintenant de mieux comprendre la formation des astéroïdes auxquels elles s'apparentent; mais avant d'aborder cette nouvelle étude, nous ne saurions passer sous silence une cause d'excentricité qui est loin d'être négligeable pour le monde cométaire.
Il n'est pas invraisemblable de supposer qu'un grand nombre de comètes, surtout celles à longue période, moins sujettes par conséquent aux perturbations de lîi part des planètes dont elles n'approchaient que rarement, de supposer, dis-je, que de telles comètes ont pris naissance au début même de la formation de notre nébuleuse ; mais alors il nous faut admettre qu'en ces temps reculés, la masse centrale était plus faible qu'aujourd'hui.
Elle s'est grossie, depuis, de tous les météores captés, et nous avons vu que dans ces conditions (n" 40) rexcenlricité a dû s'accroître régulièrement au cours de l'évolution nébulaire.
98. Origine et tonnulioii des astéroïdrs. — L'impossibilité pour les branches spirales de la nébuleuse de provoquer une cassure entre Jupiter et Mars expli([ue facilement, nous l'avons vu (n" G.'V) , l'absence d'une grosse planète à la distance 2,8.
Arrivés en cet endroit, les matériaux ont eu tendance à glisser vers le centre par des spires plus ou moins pressées. Toutefois, dans cette sorte de couronne plate, de petites agglomérations, que prévoyait la théorie de Maxwell, ont pu se produire.
Mais, notons-le, ces formations ne pouvaient dès lors s effectuer que sur le plan du maximum des aires, tout au moins dans son voisinage immédiat; et l'observation va nous montrer tout le contraire. Distribués avec parcimonie aux abords de l'écliptique, nos astéroïdes, comme l'indiquent les figures 72 et 73 , semblent plutôt se complaire entre les plans inclinés de 3 à 12 degrés, sans compter les nombreuses petites planètes dont les orbites ont des inclinaisons notablement supérieures.
On avait bien dit autrefois que la moyenne des inclinaisons était de S degrés; mais ce chiffre était basé sur des statistiques déjà anciennes; il y aurait lieu de refaire les calculs, besogne, au reste, fort délicate et qui, en raison des perturbations, ne paraît guère susceptible de précision.
Une évaluation sommaire, dans laquelle j'ai tenu compte des annexions récentes, m'a donné pour l'inclinaison moj'enne de l'ensemble un nombre un peu plus élevé et très voisin de 1 1 degrés.
Et puis , le chiffre exact importe peu ; l'ordre de grandeur seul offre ici quelque intérêt, et de toute façon nous ne pouvons échapper à cette conclusion qu'étant donné la forte inclinaison de l'ensemble du groupe des astéroïdes, nous nous trouvons en face d'une cause générale qu'il nous faut découvrir si nous voulons expliquer une aussi singulière répartition.
Cette cause, vous allez l'entrevoir en vous reportant à la figure 2o : elle réside entièrement dans la présence autour de la masse centrale du petit ellipsoïde de révolution qui prolongeait cette masse et formait une condensation distincte de la grande nébuleuse. Nous avons vu (n" 59) par quel mécanisme les deux ellipsoïdes, très inclinés l'un par rapport à l'autre au début, ont sans cesse tendu, par un mouvement de bascule de l'équateur solaire, à rapprocher leurs axes. L'angle que formaient entre eux les deux plans équatoriaux était encore d'une dizaine de degrés au moment de la naissance de Jupiter, et il est tout à fait vraisemblable de croire que le mouvement, amorcé depuis l'origine, s'est continué lentement jusqu'à la fin de la condensation.
A l'époque où Mars prenait forme, notre ellipsoïde intérieur EE' (représenté en coupe sur la figure 97) avait vu son plan équatorial s'abaisser jusqu'à 8 degrés environ du plan général de la nébuleuse, ou plan du maximum des aires MM'.
Et maintenant tout s'explique : la circulation des météores, très nombreux dans l'ellipsoïde intérieur, ne pouvait s'effectuer au voisinage des pôles pour une raison analogue
à celle qui en a supprimé les comètes. Des amas n'ont donc pu circuler que dans les secteurs voisins du plan équatorial EE'. Remarquons on outre que ceux dont l'orbite était égale ou inférieure à celle de Mars sont venus grossir, à leurs nœuds, les portions des branches spiraloïdes attachées au Soleil. Seuls ceux qui circulaient dans le vide relatif Mars- Jupiter ont eu quelque chance de subsister et eut formé nos
Fig. 97. — Positions réciproques des deux ellipsoïdes de condensation au moment de la formation des jîetites planètes. MM', plan principal du grand ellipsoïde de la nébuleuse ; EE', plan princi[)al du petit ellipsoïde intérieur qui bascule peu à peu ; les secteurs ombrés sont ceux où prennent naissancL- les astéroïdes.
astéroïdes actuels. Le mouvement de bascule de l'ellipsoïde EE' n'a pu que favoriser la genèse de ces petits corps, et ici, comme pour les comètes périodiques, on conçoit fort bien ([ue les grandes inclinaisons soient associées aux fortes excentricités.
Pour privilégiée qu'ait été la zone comprise entre Mars et Jupiter au point de vue de la formation des petites planètes, et en raison des circonstances envisagées, il semble bien toutefois qu'elle n'ait pas été seule à fournir une poussière de mondicules tournoyant autour du Soleil. L'observation montre en effet qu'il existe des astéroïdes épars en dehors de celte zone et sur ses confins; mais la théorie permet de
prévoir la formation de corps semblables beaucoup plus loin et beaucoup plus près de la masse centrale, dans les vides relatifs laissés entre les amas destinés aux grosses planètes.
Malheureusement ces astéroïdes sont si éloignés et si difficiles à saisir, qu'il nous faudra peut-être attendre longtemps encore avant que nos plaques photographiques puissent en déceler la présence.
Ces considérations éclairent aussi d'un jour nouveau le fait que certaines comètes périodiques ont leurs aphélies dans un rayon voisin de quelques distances planétaires. Supposons en effet une comète pénétrant autrefois à 1 intérieur du petit ellipsoïde central : la densité d'un tel milieu aura vite fait d'agir sur la trajectoire, de réduire le grand axe et l'excentricité. Dès lors, ou bien l'astre imprudent sera pris au piège et sera précipité vers le Soleil, ou bien, s'il subsiste, ce ne sera que pour circuler sur les bords de l'ellipsoïde, où la faible densité du milieu atténue la résistance. C'est là sans doute qu'il faut chercher la raison de ces comètes à courte période surtout nombreuses au voisinage de Jupiter, précisément aux confins de la zone où la formation des astéroïdes a eu son maximum d'effet. La grosse planète n'est probablement pour rien dans l'accumulation des comètes au-dessus de son orbite; car, encore une fois, si nous comprenons à la rigueur son action sur celles dont les inclinaisons sont faibles, celle-ci devient tout à fait imaginaire pour les astres dont les plans de circulation atteignent ou dépassent 30 degrés d'inclinaison.
Ces contradictions disparaissent dans notre théorie et l'on conçoit même comment il se fait que la comète de Tuttle, avec son inclinaison de 55°, a vu son aphélie s'arrêter exactement au-dessus du groupe jovien, auquel personne n'a encore eu l'idée de l'associer. (Se reporter à la figure 78.)
99. Étoiles filantes et lumière zodiacale. — La genèse des étoiles filantes, telle qu'elle résulte des travaux récents, exposés au chapitre vu (2e partie), s'accorde admirablement avec ma théorie cosmogonique : elle résulte, en dernière ana-
ORIGINE ET FOmiATION DES METEORES
lyse, de la désagrégation des noyaux cométaires, et tout le problème consiste à l'heure actuelle à imaginer le mécanisme avant permis aux comètes de se former dans l'espace; c'est ce que nous verrons au paragraphe suivant.
Terminons par quelques mots sur la lumière zodiacale. Celle-ci, le lecteur l'a déjà pressenti, est tout ce qui reste
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Fii.'. 98.
Alternance des couches à faible et à forte densité autour du Soleil.
de ce fameux ellipsoïde central dont les dimensions ont diminué avec le temps. A l'heure actuelle, tout l'ensemble forme une immense lentille biconvexe très aplatie et dont les bords s'étendent probablement un peu plus loin que la Terre. Les météores circulant dans son sein, tous de petites dimensions, pourraient fort bien manifester leur présence par ces étoiles filantes sporadiques que signalent à chaque instant les observateurs , et qui paraissent ne se rattacher à aucun essaim caractérisé.
La distribution autour du Soleil des particules de la lumière zodiacale semble soumise aux mêmes lois que celles qui régissent la répartition de la matière cométaire et asté-
roïdale. Nous devons y rencontrer des couches à densités alternativement fortes et faibles, dont l'effet peut se faire sentir sur la condensation du Soleil (fig. 98). Depuis que j'ai émis ces idées pour la première fois dans le Problème solaire\ j'ai été amené à les modifier quelque peu; elles sont exposées dans un volume plus récent : Où en est l'Astronomie. Je me permets d'y renvoyer le lecteur-.
En tout cas, et je maintiens cette aflirmation , c'est dans la condensation du milieu entourant le Soleil qu il faut chercher l'explication de la loi particulière de rotation de notre astre central. La lumière zodiacale doit, d'après mes vues, en se condensant, donner lieu à la couronne extérieure du Soleil, visible pendant les éclipses totales. Cette sorte de milieu poussiéreux se combine avec les matériaux éjectés j^ar les protubérances et aussi par la pression de radiation et contribue à l'alimentation continuelle de la chute des météores à la surface de l'astre ; l'effet maximum a lieu dans les rég-ions équatoriales qui, de ce fait, tournent plus rapidement que les portions de la photosphère situées dans les latitudes plus élevées.
Dans ces conditions, nous devrions constater une orientation très nette de la couronne extérieure, non sur l'écliptique, mais sur l'équateur solaire. Malheureusement, les données sont peu nombreuses et c est pour corroborer ces idées qu'en 1903, au cours d'une mission dont m'avait chargé le Bureau des Longitudes pour étudier l'éclipsé totale du 30 Août visible en Tunisie, je résolus de tenter la photographie de cette fameuse couronne extérieure. Les résultats obtenus avec des objectifs très lumineux (f : 4,3), sur des plaques 18X^4 rapides, ont dépassé mes espérances. Les courbes isophotiques ont délimité très nettement dans le ciel une sorte d'ellipsoïde plus ou moins déformé dont le grand axe s'étendait sur un espace 24 fois supérieur au diamètre
1 V. chap. V, l""» édition.
^ Th. Moreux : On en est l'Astronomie, ch. i (Gauthier- Villars, Paris,
lunaire (fi^. 99). La position du Soleil était dissymétrique par rapport à l'ensemble. Le grand axe de lellipsoide mesurait 13° 7' et le petit axe 7° 49'; la couronne enfin s'étendait davantage à l'Ouest et au Nord, qu'à l'Est et au Sud'. Ce jour-là, léquateur solaire se projetait presque sur
Fig:. 99. — Délimitation de la couronne extérieure du Soleil, d'après les clichés de la Mission Moreux pris au cours de l'Eclipsc totale de 1903;' la couronne intérieure plus dense est en pointillé.
l'écliptique. Eh bien! l'axe de la couronne extérieure ne se confondait ni avec l'un, ni avec l'autre; il était penché sur l'équateur du Soleil d'environ 5 degrés et semblait plutôt continuer la lumière zodiacale. Ce chiffre de o degrés saccorde trop bien, en effet, avec les observations anciennes de Heis (V. fig. 84) et les miennes, plus récentes, pour que le doute puisse subsister.
Ainsi, non seulement tout nous porte à croire que la couronne extérieure du Soleil n'est que la continuation de la lumière zodiacale, mais nous pouvons affirmer que cette dernière a son grand axe sur un plan incliné de 4 ou o degrés
1 V. dans Tîer. des Quest. scient., L'Éclipsé totale de Soleil du 30 Août 1905, n» de Janvier 1906, p. 277, et Bull. Soc. Aslr. de Fr., Nov. 1905, p. 476.
seulement sur l'écliptique. Cela résulte probablement de la fusion des deux ellipsoïdes déjà considérés; celui qui s'étendait dans le plan du maximum des aires et l'ellipsoïde intérieur orienté autrefois suivant l'équateur du Soleil.
Donc, à ne regarder que le point de vue mécanique et cosmogonique, rien ne s'oppose à l'identité des météores cosmiques. Les amas du début se seraient agglomérés en masses plus ou moins grosses pour former des comètes; celles-ci, en se désagrégeant, auraient donné naissance aux essaims d'étoiles fdantes et aux bolides. Quant aux astéroïdes, ils auraient été formés des mêmes matériaux, mais dans un milieu plus dense, et représenteraient un tvpe de transition entre les ,.osses plan.es e. .es ...o^es.- ^
Ces vues théoriques, on le sent, auraient besoin toutefois d être étayées sur d'autres preuves d'ordre expérimental. Il nous faut donc maintenant rassembler toutes les données que la science met actuellement à notre disposition sur ces corps quelque peu mystérieux et rechercher s'il existe entre les comètes, les bolides et les étoiles filantes un véritable lien de parenté physique.
100. La genèse physique et chimique des météores cosmiques. — Nous allons commencer notre examen par les bolides ou météorites. Nous avons là une matière tangible que le chimiste peut peser et analyser dans son laboratoire. A l'heure actuelle, nous possédons dans nos collections bien près de 300 échantillons authentiques, et il faut bien se garder de tabler sur des masses de fer souvent recueillies après coup, comme la météorite de Caille trouvée en 1876 à la porte de l'église de cette localité, ou comme celle de Pallas ramenée de Sibérie et que les Tartares considéraient comme une relique sacrée, tombée du ciel à une époque qui se perd dans la nuit des temps.
Rien, dans les météorites qu'on a vu tomber, ne décèle une origine extra-terrestre, et c'est pourquoi il faut être très difficile sur les preuves d'authenticité.
Il existe une telle variété de ces pierres, que chaque chute en crée le plus souvent une nouvelle. Cependant, au premier abord, on est tenté de les répartir en deux classes; car tantôt les météorites paraissent de nature pierreuse et tantôt elles semblent purement métalliques. Mais, en y regardant de plus près, on ne tarde pas à s'apercevoir qu'entre ces deux genres, il y a toute une gamme à degrés insensibles. Le mieux est donc de rejeter toute sorte de classification et de rechercher les substances que renferment ces corps célestes.
Nous allons énumérer ces dernières dans Tordre décroissant de leur importance.
Toutes les météorites contiennent du fer, souvent à l'état natif ou à l'état de sulfure; les météorites pierreuses le possèdent à 1 état oxydé.
Puis vient le magnésium, généralement sous forme de silicate, parfois à l'état de phosphure.
Silicium et oxygène y sont en grande abondance.
Le nickel et le chrome accompagnent souvent le fer; le cobalt n'est guère plus rare que les deux substances précédentes. Viennent ensuite le manganèse, le titane, l'étain et le cuivre. L'aluminium, le potassium, le sodium et le calcium s"y remarquent aussi sous forme de silicates. Enfin, l'arsenic, le phosphore, Tazote, le soufre, le chlore, le carbone, 1 hydrogène, l'argon et l'hélium, en combinaisons variées, complètent la liste précédente.
En résumé, les trois corps prédominants sur notre globe, fer, silicium, oxygène, sont ceux que nous retrouvons le plus abondamment dans les météorites, et ceci prouve déjà qu'il n'y a pas deux chimies différentes dans le grand laboratoire de l'Univers.
Autre constatation de première valeur : rien , dans les météorites, qui ressemble aux matériaux de nos terrains stratifiés ; ni calcaires-, ni roches arénacées ou fossilifères rappelant l'action des océans ou la présence de la vie.
Dune manière plus générale, si Ion compare les météorites aux roches terrestres non stratifiées formant les assises
1 7 — Cosmogonie.
des terrains sédimentaires . on constate là encore des différences essentielles : ni granit, ni gneiss, ni mica, ni quartz, ni tourmaline.
La ressemblance ne commence que si nous allons chercher des matériaux dans ces régions profondes de la Terre dites infragranitiques; dans les roches silicatées basiques, dans les laves où nous retrouvons du pyroxène, du feldspath anorthite, propres à certaines météorites; dans ces basaltes ou ces trachytes qui sont remontés des entrailles terrestres riches en minerai natif'.
Ces considérations sont bien propres déjà à exclure toute idée de rupture d'une ancienne planète, dont les bolides seraient les débris. Quel singulier hasard, en effet, aurait présidé à la distribution des morceaux dun monde analogue au nôtre, et dont nous n'aurions reçu que des échantillons provenant de lintérieur I
11 reste donc au chimiste et au géologue à nous dire comment sest opérée la formation des corps trouvés dans les météorites. Tout le monde parait daccord pour aftirmer que nous ne sommes pas en présence de bombes vomies par des ^ volcans, et nous avons vu que c'est précisément la raison pour laquelle M. Belot avait imaginé un volcanisme hydrique, stratagème bien puéril pour éluder une telle difficulté. D'autres, comme M. Stanislas Meunier, pensent que ces échantillons célestes n'ont jamais été fondus. Je veux bien le croire ; cependant il est bon de remarquer que si nos météorites sont des débris de comètes, certaines d'entre elles ont dû subir des températures énormes. Cela résulte en effet des chocs occasionnés par les grandes vitesses dont les matériaux cométaires sont animés sur leurs trajectoires et aussi du fait qu'à leur périhélie, un grand nombre de comètes approchent fort près du Soleil. N'a-t-on pas vu la belle comète de 1843 traverser dans ces conditions la couronne solaire? Le 29 Février en eilet, 1 astre contourna le Soleil à la vitesse de ooO kilomètres à la seconde, décri-
1 V. Daubrée : Et. synth. de Géoloijie expérimentale et Les météorites et la constilation du globe terrestre.
vant un arc de 180° en 2 heures 11 minutes; la plus proche distance du centre du noyau à la surface solaire atteignit tout juste 171000 kilomètres, tandis que les particules situées sur les bords extrêmes frôlèrent la chromosphère à moins de 40 000 kilomètres.
On comprend, dès lors, les températures élevées auxquelles sont parfois soumis ces astres errants dont une partie de la masse est fondue et volatilisée. Et nous aurions ainsi l'explication de cette sorte de métamorphisme remarqué dans les météorites. Réduites à l'état de vapeurs, certaines substances auraient injecté les interstices et les fissures des blocs ayant résisté à la fusion complète, et c'est ainsi que se seraient déposés à l'intérieur ces grains de graphite ou de carbone cristallisé ressemblant à de minuscules diamants noirs.
On a objecté à cette manière de voir le fait que dans des astres à masse aussi faible que celle des comètes , dont les plus importantes ne dépassent pas la cent-millième partie de la Terre, les pressions ne sauraient atteindre celles que suppose la formation du diamant. Mais ici, nous marchons sur un terrain tout à fait inconsistant. Sommes -nous sûrs que ces fortes pressions soient nécessaires pour agglomérer les atomes du carbone? M. Moissan l'a prétendu; mais nous avons vu, en 1908, M. de Boismenu réaliser la solidification de cette substance à l'aide de carbures, par le four électrique et sans pressions inusitées'.
Et lorsqu'on nous parle de métamorphisme, il faudrait s'entendre sur la signification de ce mot magique : l'unanimité est loin d'être faite à ce sujet parmi les géologues, et c'est un de leurs plus célèbres représentants, M. Termier, qui nous l'affirme. Après avoir montré qu'à toutes les époques, les séries sédimentaires ont pu fournir des roches cristallophylliennes, Téminent géologue ajoute : « Mais dès qu'on veut savoir quel est le processus et ce que c'est que le métamorphisme , on est prodigieusement embarrassé et
' V. E. DE BoisME.-su : Fabrication synthétique du diamant, Paris, B. Tignol, éditeur.
l'on voit naître et se heurter des opinions fort diverses* ». Un peu plus loin, M. Termier esquisse sa théorie personnelle et fait intervenir les hautes températures provoquant •des colonnes filtrantes de vapeurs; d'où échanges chimiques, fusion plus ou moins complète des substances atteintes et parfois métamorphisme incomplet. A la lumière de ces vues nouvelles, le métamorphisme constaté dans les pierres tombées du ciel cesserait d'être le phénomène mystérieux qui avait laissé supposer tout un ensemble géologique (fig. 100, pi. XI).
Maintenant, si nous considérons que, malgré sa petitesse, le noyau d'une comète de moyenne grandeur correspond encore, comme masse, à une sphère d'acier de 160 iiilomètres de diamètre, il paraîtra moins étonnant qu'un morceau d'une telle comète, nous arrivant sous forme de bolide, puisse, dans sa structure intérieure, nous montrer des indices de fortes pressions.
D'autre part, quelle est la composition chimique des comètes? Je parle des parties lumineuses qui brillent par elles-mêmes et non des morceaux solides composant le noyau et la tête. Dès que l'astre pénètre dans nos parages, les gaz dont le noyau est entouré augmentent en volume, deviennent lumineux, et nous pouvons en fixer le spectre: un peu plus près du Soleil, l'émission s'accroît et il est vraisemblable de croire qu'à ce moment elle s'augmente encore des gaz occlus dans la masse.
N'est-ce pas ce qui se passe dans nos laboratoires lorsque nous soumettons nos aérolithes à de hautes températures? Eh bien! des deux côtés le résultat paraît être le même. Gomme pour les météorites, nous constatons dans le spectre des comètes les raies du sodium , du magnésium et du fer ; le carbone s'y trouve aussi en grande quantité, non sous forme d'hydrocarbures, comme on le croyait il y a quelques
'P. Tbbmier : Les grandes Énigmes de la Oéolngie. dans Rev. des Quesl. scienl. , Janv. 1920, p. 69.
années, mais plutôt à l'état de composés oxygénés'. Le cyanogène ou quelque chose d'analogue et le carbone ne paraissent guère se rencontrer en dehors du noyau, tandis que l'azote à basse pression et le carbone se montrent aussi bien dans la queue que dans la tète.
Et c'est précisément ce que nous voyons lorsque nous chaulions nos météorites. Les gaz les plus légers s'en vont les premiers; il y a d'abord production d'hydrogène et aussi d'hélium ; puis vient la gamme complète des autres substances.
L'identité se poursuit dans le domaine à peine exploré des étoiles lilantes ; les quelques données réunies jusqu'à ce jour montrent dans ces corps aux lueurs fugitives la présence du sodium, du magnésium, en même temps qu'un grand nombre de raies non encore dûment identifiées nous avertissent que nous avons a (faire à des composés complexes du carbone. Quant au substratum même de ces corpuscules, nous le retrouvons souvent au sommet des montagnes, sur la couche neigeuse; il est toujours représenté par des poussières métalliques contenant, comme nos météorites, principalement du fer magnétique oxydé, du nickel et même du cobalt.
Ainsi, de quelque côté que nous envisagions la question, il reste établi qu'il existe un réel degré de parenté entre les comètes, les météorites et les étoiles filantes, et nous ne pouvons dès lors échapper aux conclusions suivantes :
1" Ou bien les étoiles filantes, par une lente agrégation, ont contribué à former les blocs cométaires, comme les météorites ;
2'' Ou bien elles représentent à nos yeux, soit des noyaux cométaires fragmentés, soit des poussières produites au cours des collisions entre les parties constituantes de ces mêmes noyaux.
Au reste, les deux hypothèses ne s'excluent nullement; mais la première seule, remarquons -le, est de nature à
I Bull. Soc. Astr. de Fr., Févr. 1912, p. 59.
épuiser le sujet. Bon gré, mal g'i"é, nous sommes ramenés k la question irritante de l'origine et de l'évolution de la substance matérielle.
Sans vouloir prétendre donner une réponse définitive à cette énio^me redoutable, qu'il me soit permis de jeter dans le débat quelques idées inspirées par le sujet même de ce chapitre.
Tout d'abord, il n'est pas invraisemblable de croire que la poussière dont étaient formés au début nos amas de météores, aussi bien que les nuag'es de matière cosmique épars dans la Voie lactée, autour de certaines nébuleuses et en d'autres endroits du ciel, que cette poussière, dis- je, devait et doit encore ressembler aux étoiles filantes bombardant journellement notre atmosphère par millions. Toute la question reviendrait donc à rechercher comment cette poussière a pris naissance.
Examinons certaines météorites; peut-être allons-nous entrevoir le mystérieux mécanisme de cette formation. Nordenskiold, qui avait beaucoup étudié la structure des aérolithes, nous affirma que la plupart de ces corps « consistent en un tissu extrêmement fin de divers alliag-es métalliques. La masse du fer météorique est si poreuse, qu'elle s'oxyde au contact de l'air comme une éponge de fer...
« Tout semble indiquer que ces masses de fer cosmique se sont constituées dans les espaces célestes : les atomes de fer, de nickel, de phosphore, etc., se sont ajoutés à d'autres atomes, à peu près comme dans une solution métallique le courant galvanique sépare atome après atome en le précipitant. La plupart des météorites pierreuses montrent les mêmes caractères. La pierre est souvent , — sauf pour l'enveloppe extérieure, fondue comme un laitier, — si poreuse et si peu compacte, qu'elle pourrait servir de pierre filtrante et qu'elle s'écrase aisément sous la pression des doigts ^ »
Dans certains cas, on a l'impression d'une formation lente de cristaux dans un milieu homog-ène et non agité; tels ces
' Cité par Svante Arrhénius, dans ï Evolution des Mondes, p. 119.
beaux échantillons s'accroissant régulièrement dans une solution saline. Dans certaines météorites ferrugineuses, on découvre au microscope de magnifiques cristaux octaédriques dont l'assemblage forme encore un cristal de même forme, au point qu'on pourrait croire à une création artificielle due à quelque habile chimiste travaillant dans son laboratoire*.
Ainsi, dès l'origine, nos météores auraient pu prendre naissance dans un milieu froid, sous l'empire de l'attraction gravitique ou électrique mutuelle des atomes ou des molécules. Les chocs et la chaleur, intervenant plus tard, auraient amené des fusions partielles entre constituants qui sont volatilisables à des températures relativement basses, tels le magnésium, le manganèse, le fer et le sodium.
Les météores plus gros auraient formé les noyaux de nos comètes dont les météorites peuvent être aussi bien parties constituantes que détachées. Résidus des désagrégations cométaires, les étoiles filantes pourraient provenir, soit de la pulvérisation des matériaux voués à de fréquentes collisions, soit de la reconstitution de météores plus petits provenant des substances expulsées des noyaux par la pression de radiation qui provcxjue la formation de la chevelure et de la queue.
Un brassage plus intime de tous ces météores amenant une fusion complète des éléments d'abord, puis une nouvelle phase gazeuse, aurait caractérisé les premiers stades de l'évolution solaire et planétaire. Nés dans les régions centrales déjà fortement condensées, nos astéroïdes se distingueraient des comètes par leurs masses plus compactes, plus agglomérées ; mais, en raison de leur faible volume, ils auraient évolué plus vite que les grosses planètes et auraient tôt perdu leur atmosphère, à l'instar de la Lune et de quelques autres satellites.
Telle est, résumée à grands traits, la façon dont j'imagine
' V. Th. Moreux : Sur l'Origine et l'Erolution des Météores, dans Revue du Ciel, Dec. 1919 et Avril 1920.
l'évolution des corps célestes à partir des météores. Pourrions-nous remonter plus avant? Dans l'état actuel de la science, je ne le crois pas. S.ms doute, la matière dont sont formés nos météores représente déjà un stade avancé de la substance matérielle. Atomes ou molécules y sont déjà différenciés ; de quel état primordial provenaient- ils? Nul ne saurait le dire, et c'est aux chimistes à nous l'apprendre. Si l'évolution inorganique n'est pas un vain mot, tôt ou tard nous arriverons à en découvrir les lois et notre science de la Cosmogonie ne pourra qu'y gagner.