Conséquences de l'influence rétrograde
Rappelons que l'influence rétrograde s'est imposée, dès l'origine de la formation d'un système planétaire, par l'irruption damas circulant sur des orbites voisines. L'action a dû commencer par la périphérie, où le phénomène a atteint son maximum d'intensité. Moins denses en ces régions, les matériaux y ont davantage subi l'entraînement des amas qui leur apportaient de fortes vitesses; mais, peu à peu, l'influence rétrograde a envahi même les parties centrales.
Le premier résultat a été d'atténuer et de retarder la rotation directe en voie de s'établir; toutefois, la conséquence la plus importante s'est manifestée d'autre façon. Rappelons-
nous le théorème de la composition des rotations (no 58) : il est infiniment probable que toutes nos lentilles planétaires possédaient au début une rotation directe amorcée sur un axe changeant de position à chaque instant; un axe qui, par conséquent, ne coïncidait pas rigoureusement avec la perpendiculaire au plan principal soumis, lui aussi, à de perpétuelles oscillations, en raison des apports incessants venus de toutes les directions. Imaginez maintenant un ensemble d'amas à circulation rétrograde pénétrant au sein même de ce milieu éminemment instable, et vous compren-
Fig. 108. — Formation des satellites sous l'influence rétrograde :
1) Lentille planétaire dans sa position primitive.
2) Sous linfluence rétrograde, l'axe bascule et la marée tend à détacher un double satellite a et a'. Les amas non entraînés sont visibles en 2 et 3.
^ 3) Le mouvement de bascule continue : a et a' sont détachés et une nouvelle protubérance se forme en h.
drez (|u'il n'en fallut pas davantage pour provoquer un mouvement de bascule, accentué surtout dans la région centrale déjà fortement condensée (fig. 108).
Un temps notable dut s'écouler pour permettre à l'entrainement, parti du centre, de parvenir jusqu'aux bords extrêmes de la formation planétaire, si tant est qu'il y parvint. Le plus souvent, l'incorporation de nouveaux amas rétrogrades accentuait encore l'inclinaison déjà commencée, tandis que le premier bourrelet dû à la marée solaire, continuant sa marche sur son ancienne trajectoire, se détachait nécessairement du reste de la lentille, qui basculait de plus en plus.
Parfois, comme pour les planètes, il y eut une double cassure ; les deux protubérances provoquées par la marée
solaire étant diamétralement opposées, le décrochag'e eut lieu presque en même temps; cest ce qui se produisit, par exemple, pour les satellites VI et VII de Jupiter, qui sont jumelés, pour ainsi dire, et tournent sur des orbites voisines (fig. 108, 2 et 3).
Il est impossible, dans un exposé g-énéral, de rendre compte de tous les cas dont on imagine aisément lénorme variété; l'étude particulière de chaque système, au chapitre suivant, complétera nos idées sur le mécanisme du fractionnement ayant présidé à la naissance des satellites.