‹ Origine et progrès de la réformation a La Rochelle; précédé d'une notice sur Philippe VincentChapitre 14 sur 15 · GUILLAUME RIVET, PASTEUR A TAILLEBOURG · texte numérisé non relu

GUILLAUME RIVET, PASTEUR A TAILLEBOURG

André Rivet , mon fils aîné , a été soigneusement élevé et entretenu par moi , ayant été entretenu près de moi en ce lieu , et sous précepteur à lui affecté , puis tenu quelques années à La Rochefoucauld , chez M. Robertson , principal du collège. Il fut envoyé en Hollande à mon frère (1) , chez lequel il demeura deux ans , à cinquante livres de pension ; puis deux ans à Rotterdam , à deux cents livres ; puis six ans à Leyden , à deux cent cinquante livres de pension , où, après avoir étudié plus de deux ans en théologie, selon que je l'avais dédié au saint ministère , il témoigna aimer le présent siècle , ayant quitté cette sainte étude , pour s'adonner à celle de la médecine , en laquelle il fut passé docteur à Leyden en l'an 1631, puis metant revenu et majeur, m'obligea de lui donner la part qui lui échéait du bien de sa mère , voulant s'établir à Paris ou en Hollande et disant que l'air subtil et chaud de ce pays était insupportable à sa poitrine. J ajoutai encore cinq cents livres du mien, mais étant allé à Paris, il ménagea son fait si mal qu'il en est venu à bout en deux ans. 11 eut encore recours à moi qui lui portai cent livres l'an 1634 , puis s'établit à Saint-Denis , où il a exercé la médecine jusqu'au commencement de cette année 1650. Il a reçu de moi , à diverses fois , quatre ou cinq cents livres.

(1) André Rivet (1573-1651), théologien et écrivain distingué qui, après de brillantes études au collège de la Rochelle, fut pasteur à Thouars , puis professeur à l'Université de Leyde , en 1620.

Enfin, l'an 1649, il déserta de la profession de la vérité pour se marier inconsidérément , de quoi je ne fus informé que quatre mois après par mon neveu Constant, qui l'avait vu à Saint-Denis. Ce qui mayant été en grande douleur et amertume , je le retins par devers moi , tant que je pus , content de m'adresser à Dieu par prières continuelles et jugeant qu'un homme instruit en la théologie si longtemps par mon frère et qui avait ouï les prêches de Charenton , plus de dixsept ans , durant, ne pouvait ignorer la vérité et assurément retournerait, s'il était des élus de Dieu.

Enfin me vint une lettre de M. Mestrezat (1) écrite de Paris , le 26 janvier de cette année 1G50 , par laquelle il me donne avis que Dieu avait fait la grâce à ce mien fils de retourner à Lui et à son Eglise, et qu'ayant été frappé de sa main par la maladie , il eut le cœur touché pour envoyer prier le Consistoire de l'Eglise de Paris de le faire visiter par un pasteur, que M. Aubertin (2) , qui lors était de semaine, fut député pour cela , qu'il le vit en toute liberté et ouit les saintes paroles à sa repentance et foi , avec grande édification de toute la compagnie , en quoi il persévéra jusqu'à la fin, ayant rendu son esprit au Seigneur en bon chrétien , et s 'étant trouvé que lors M. Salis-Grizon , capitaine aux gardes, ayant là sa compagnie de Suisses, et lui étant de la religion , le protégea à ce qu'il ne fut molesté par ceux de l'Eglise romaine. M. Vincent (3) m'écrit de Paris , du même jour , me confirmant le tout et ajoutant qu'il ne laisse pas d'enfant après soi.

C'est un second degré de grâce d'être relevé de telle chute et lin premier d'en être contregardé. 0 Seigneur ! qui as donné le moindre à ce mien fils, confère le premier à tous mes autres enfants.

Celui-ci a vécu quarante- quatre ans et deux mois.

(Extrait d'un journal intime inédit de Guillaume Rivet.)

(1) Jean Mestrezat (1592-1657) orateur éminent, auteur de nombreux ouvrages religieux.

(2) Edme Aubertin (1595-1652) , un des plus savants pasteurs de son siècle.

(3) Philippe Vincent.

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