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ORIGINE INTESTINALE

Les remarquables travaux de MM. CALMETTE et GUÉRIN, CALMETTE, VANSTENBERGHE et GRYsEz sur l’origine intestinale de la pneumonie et d’autres infections phlegmasiques du poumon chez l'homme et chez les animaux, sont encore présents à toutes les mémoires. :

CaLMETTE et GUÉRIN sont arrivés à tuberculiser de jeunes chevreaux par le lait de mères infectées et par l’ingestion de cultures tuberculeuses. Ils sont arrivés de même à provoquer la tuberculose pulmonaire chez des chèvres adultes par ingestion de divers produits contenant le bacille de Koch. Ils. ont conclu de leurs expériences à l’origine intestinale de la tuberculose pulmonaire et ont montré que le rôle de l’inhalation des poussières dans la propagation de la tuberculose « a été manifestement exagéré et que ces poussières sont infectantes non parce qu'on les respire, mais parce qu'on les déglutit. »

Ces faits ont donné lieu, comme on le sait, à denombreuses discussions, et il ne nous appartient pas de départager les diverses opinions quise sont fait jour à ce sujet.

MM. CALMETTE, VANSTENBERGHE et GRYsEz ont eu l’idée d'essayer parallèlement la voie intestinale comme moyen d'introduction du pneumocoque dans l'organisme, en vue d'oblenir la pneumonie expérimentale.

Is se sont servis d’un pneumocoque virulent pour la souris etle cobaye, isolé de l'expectoration d’un malade au deuxième Jour d'une pneumonie franche. Les cultures obtenues en bouillon-sérum de lapin ont été introduites à l'aide de la sonde œæsophagienne dans l'estomac de cobayes et de lapins.

Lorsqu'on fait ainsi absorber quelques centimètres cubes de cultures virulentes aux cobayes et qu'on les sacrifie après vingt-quatre heures, on trouve, disent ces auteurs, les deux poumons fortement congestionnés et les frottis de parenchyme pulmonaire renfermant du pneumocoque en abondance. Chez les lapins traités dans les mêmes conditions, les lésions congestives sont peu intenses, mais les frottis du poumon montrent également de nombreux pneumocoques à l’état pur. Dans aucun cas cependant, on n'a pu observer les lésions histologiques si caractéristiques de la pneumonie lobaire chez l'homme.

CALMETTE à vainement tenté de faire apparaître celle-ci en mettant les animaux, après l’ingestion de culture virulente, dans les différentes conditions qui en pathologie humaine, comme nous l'avons vu, sont considérées parmi les causes occasionnelles de la pneumonie. Il a soumis les lapins et cobayes en expérience au refroidissement brusque par pulvérisation d’éther sur le thorax préalablement rasé ou par l'immersion prolongée dans l'eau glacée. On se rappelle qu'une expérience ancienne de FEINBERG avait montré la possibilité de déterminer une myélite infectieuse par ce procédé. CALMETTE a constamment saisi le passage du pneumocoque dans le poumon avec congestion des plus intense dans ces organes, mais sans pneumonie vraie, et les animaux non sacrifiés guérissaient au bout de quelques jours.

Donc, le pneumocoque introduitdans letube digestif paraît tout aumoins, d’après les expériences de ces auteurs, passer à travers la muqueuse épithéliale de l'intestin et cheminer avec la lymphe par le canal thoracique, arriver au cœur droit et jusqu'aux vaisseaux capillaires du poumon.

ILest probable, dit CALMETTE, quenormalement, les microbes qui suivent ce trajet ont le temps d'être détruits ou tout au moins atténués en chemin par les leucocytes polynucléaires et par l'action bactéricide des humeurs. Mais lorsque ces actions phagocytaires sont empêchées par des imfluences

diverses (refroidissement, surmenage, intoxication ou infection concomittante), les pneumocoques, transportés, jusque dans les capillaires du poumon, y produisent des désordres qui se manifestent par la formation de foyers de pneumonie lobaire. « ES

MM. Rocer et GARNIER, en poursuivant leurs recherches expérimentales sur l'ocelusion intestinale, ont également montré le passage à travers les parois de l'intestin, d'un certain nombre de microbes et en particulier d’anaérobies, dont on pouvait déceler parles ensemencements massifs la présence dans le sang.

Nous avons, M. CAUSsADE et nous-mêmes, cherché à déterminer dans quelles conditions les microbes contenus à l'intérieur de l'intestin passaient dans la circulation sanguine, et en particulier nous avons cherché à reproduire expérimentalement les diverses lésions organiques (foie, reins, poumons) que l’on voit survenir chez les individus atteints d'occlusion intestinale.

Nous avons été ainsiamenés à évaluer la perméabilité d'une anse d'intestin grêle étranglée, après avoir rétabli le cours des matières par entéro-anastomose.

Nos expériences ont toutes porté sur des chiens vigoureux et en parfait état de santé. Les ligatures de l'intestin sont, on le sait, particulièrement difficiles à réaliser de façon complète chez l'animal, puisqu'un simple fil estcapable de pénétrer peu à peu dans les parois jusqu’à l’intérieur de l'intestin dont la lumière est ainsi rétablie. Nous avons dans ces cas employé deux procédés. Le premier consiste à ne placer la ligature que sur un tuyau de caoutchouc entourant l'intestin et disposé de manière à ne pouvoir ni s’inclure complètement, ni gêner la circulation mésentérique. Le second procédé est celui de l'écrasement avec la pince de Souricoux : ligature de la portion écrasée et suture séro-séreuse des deux bouts. Ce dernier mode d’occlusion donne d'excellents résultats si on sacrifie les animaux de bonne heure. Les

entéro-anastomoses ont été pratiquées suivant le procédé classique.

Nous avons analysé ce qui se passe dans l’anse intestinale quand on la laisse seulement avec les matières qu'elle contient. Nous avons injecté à l'intérieur de l’anse étranglée des poudres colorantes (bleu de méthylène et carmin), des toxines chimiques comme la strychnine, divers microbes et toxines bactériennes (colibacille, pneumocoque, streptocoque, bacille de Nicoraïer, toxines diphtériques et tétaniques). Le bleu de méthylène ne passe dans les différents organes et dans les urines que quarante-huit heures après l'opération. La poudre de carmin reste à l’intérieur de l’anse, où on peut la retrouver en sacrifiant l'animal cinq jours après l'opération. La toxine tétanique, dont le pouvoir de toxicité avait été au préalable déterminé, ayant causé la mort d'un cobaye de 300 grammes en douze heures, à la dose de six gouttes, paraît avoir perdu sa virulence. L'animal survit pendant sept jours et succombe sans avoir présenté letableau net du tétanos.

En pratiquant la même opération sur un chien de grande taille et en injectant dans l’anse des cultures virulentes de tuberculose fournie par M. VAazLée, D'ALFORT, nous avons obtenu une survie de trois mois, et après avoir sacrifié l’animal, on ne put constater aucune lésion tuberculeuse.

Dans un cas seulement, le passage dans le sang du colibacille fut révélé par un ensemencement de sang : il y avait chez l'animal, qui mourut de septicémie, du colibacille dans tous les organes et une congestion pulmonaire manifeste.

Ces expériences paraissent démontrer que les microbes et les toxines éprouvent une certaine difficulté à traverser les parois intestinales, même lorsqu'on se place dans des conditions pathologiques.

ABSENCE DE LÉSIONS PULMONAIRES APRÈS INHALATION DE POUSSIÈRES MICROBIENNES.

Restait un dernier point à élucider. On.sait que l'on peut aisément provoquer des lésions du parenchyme pulmonaire en injectant des pneumocoques directement dans la trachée, mais c'est se placer ainsi dans des conditions d’expérimentation singulièrement différentes de ce qui se passe en clinique courante. Nous avons cherché, en réalisant une expérience plus normale, à provoquer ces mêmes lésions. Après avoir désséché dans le vide des cultures de pneumocoque virulent et avoir réduiten poudre fine l'extrait ainsi produit, nous l'avons fait priser à des chiens ; auparavant, la virulence de la poudre ainsi obtenue avait été éprouvée par l’injection sous-cutanée à la souris qu'elle tuait rapidement.

Ces chiens furent ensuite soumis au refroidissement brusque, puis sacrifiés. Le poumon non seulement ne présentait aucune lésion, mais l’'ensemencement de l'organe nous montrait que le pneumocoque n’était pas arrivé jusqu’à lui.

Ces faits, d’ailleurs, sont d'accord avec l'anatomie pathologique, qui nous a montré dans les cas de pneumonie la parfaite intégrité de l'épithélium des voies respiratoires supérieures.

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