‹ Origines catholiques du théatre moderneChapitre 16 sur 69 · TE DEUM LAUDAMUS · texte numérisé non relu

TE DEUM LAUDAMUS

Cette pièce ne manque certainement pas de gian(h'ui' dans sa sobriété, dans sa simplicité grave. Pouilant, non seulement l'auteur ne s'est pas

élevé, ce qui ne saurait surj)rendre, à la liautcur du récit de l'Ecriture, mais même il n'en a pas reproduit, autant qu'il l'aurait pu faire, la vérité si vivante et si dramatique. Il n'a pas su s'en ins])irer aussi profondément ([uc Ta fait, pour la paraiiole des vierges sages et des vierges folles, l'auteur du beau drame de VÉpoiix^ contenu dans le manuscrit de Saint-Martial de Limoges. Peut-être le caractère un peu trop symétrique de la versification qu'il a adoptée lui a-t-il été une gêne. Sa pièce est en vers latins rythmiques de dix syllabes, rimes deux par deux, et régulièrement groupés en couplets de quatre vers, la parole ou réplique de chaque personnage formant toujours un couplet au moins. Cette symétrie s'explique, d'ailleurs, par la raison que la pièce était chantée tout entière, sans que cette raison juslifie (Tailleurs l'excès de celte symétrie.

On [)eut ranger la ('onversion de srtinl Paul du manuscrit de Saint-Benoit-sur-Loire au nondjre des drames qui, comme nous l'avons indiqué naguère, à propos d'un Miracle de saint Nicolas, sont peutêtre de nature à nous donner quelque idée de la façon dont le caractère di'amati(jue pouvait apparailre dans les dilhyi-andies lragi(]ues de l'ancicime Grèce, alors que le chœur des fêtes dionysiaques (Ml l'oiirnissail uniipiement le ])ersonnel. La lrou[)e d(> noire drame est constituée, en elVet, })our ainsi dire, par un cIiomu' d'éludianls, subdivisé en

groupes et en personnages. Ici, toutefois, ce (pi'on nous permettra trappeler Vindividnalion des acteurs, est poussée bien plus avant qu'elle ne le fut jamais, sans doute, dans les clneurs tragiques de la Grèce, et nous apercevons ainsi une dilîérence à noter dans lexamcn compare des origines et des développements du drame religieux, en Grèce, aux temps antiques, et dans l'Fluropc occidentale, au moyen âge.

Les acteurs de notre drame sont donc des étudiants, et peut-être avec eux un ou deux de leurs maîtres. Les spectateurs étaient tout le personnel du monastère, depuis l'abbé jusqu'au moindre frère servant, au plus jeune écolier, au plus pauvre serf de l'abbaye, et de plus les pai-ents des écoliers et généralement les populations environnantes. La pièce était, il est vrai, en latin, mais en latin liturgique, soutenu ])ar des notes de plain-cliant, et avait ainsi, même sur les paysans les plus illettrés, le puissant effet des beaux offices de l'Eglise. L'action, d ailleurs, s'expliquait d'elle-même à des Ames familières dès l'enfance avec les grandes scènes de l'histoire du christianisme.

C'est par cette présence de spectateurs laïques aux pièces représentées dans les églises et les monastères que l'on s'explique aisément la naissance du drame en langue vulgaire qui, dès la seconde moitié du douzième siècle pour le moins, se montre eu b'rance à côté des jeux latins d'étudiants. Un avait

DRAiMES LITURGIQUES ET JEUX SCOLAIRES H7}

pris goùL li CCS jeux, et parmi les spectaleurs ignoranls du laLin, les uns désirèrent devenir acteurs, les autres aspirèrent à des représentations dont la langue elle-même leur fût entièrement intelligible. Les confréries pieuses, nées de besoins et pour des objets divers, qui, à partir de cette époque, se constituèrent en grand nombre, sous le patronage des évèques, des curés, des moines, à l'ombre, [»our ainsi dire, des églises et des monastères, qui leur servirent de centres et de lieux de réunion, donnèrent satisfaction à cette double aspiration dramatique des auditoires séculiers.

L'abbaye de Sainte-Geneviève de Paris, si célèl)re et si puissante au moyeu âge, fut assurément l'un des centres importants des confréries parisiennes. C'est sans doute pour l'une de ces confréries que fut écrite, ou peut-être récrite, dans le courant du quatorzième siècle, un drame français <le la Conversion desainl P««/(l),dont la première origine peut se rattaclier à quelque drame latin au- Irefois représenté par les écoliers de ral)bayo, et analogue au drame de Saint-Benoît-sur-Loire. Mais d'ailleurs l'auteur français s'est directement servi, pour composer sa pièce, du texte de rLcriture. Cette pièce, comparée au jeu de Sainl-Benoîl, est (l'une ('tendue à peu pi'ès tri[)le. Maliieureuscmcnl ,

(1) Publié par Achille .lubinol dans le recueil inlilulé : Myx- /('/■f.s incdils du (jidnzicme siècle, l. l,p[). 'iG et suiv. (Paris, Teclieiier, 1S37, iu-S".)

c-c que railleur a surlout développé, ce sont ces tlclails insigniliants de la vie el de la conversation couununes, au moyen desquels il est toujours aisé d'étendre n'importe quel sujet. Nous citerons, en rajeunissant la langue, le début et la fin de cette œuvre trop vulgaire. EUecommence ainsi :

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