PLAN
L serait difficile, aujourd'hui que le Havre comporte une superficie dépassant dix millions de mètres carrés, de reconstituer les cent mille mètres qui composaient la topographie de cette ville, au temps de François P% si M. Stéphano de Merval n'avait découvert trois documents complets et authentiques, qui nous éclairent entièrement sur ce point.
C'est d'abord : « la mesure des places et lieux « de la ville Françoise de Grâce, fieflés, dont « sont tenants les personnes ci-après nommées,
« etc.. Ensemble le nombre de pieds que <f contient chacune place, icelle mesure faite au « mois de septembre 1624, par Paquet de la (c Fosse, en exécution de Parrêt du i3 mai (( 1624 (1).
Ensuite : « un extrait du compte des rentes « et revenus de la terre et seigneurie de Graville (c et dépendances, pour Tannée 1 523- 1624, le dict (f compte rendu par Jehan de Marcelles, ecuier, (( et contenant l'état des nouvelles fieffés faites (( en la ville Françoise de Grâce. »
Enfin, ces documents sont complétés par un procès-verbal d'arpentage des terrains fieffés, rues, église, places communes, dressé le i5 octobre 1 532, par Philippe Le Prévost, mesureur juré à Montivilliers (2).
Sauf quelques divergences dans les noms, tels que la grande caque pour la grande crique, la rue du Bray pour la rue du Quay, le procèsverbal de mesurage de Paquet de la Fosse et rétat des fieffés de Jehan de Marcelles sont tout à fait concordants entre eux.
A Paide de ces trois documents, nous avons réussi à reconstituer le plan delà ville Françoise, placé en tête de ce livre, afin de mieux faire comprendre l'aspect de cette ville pendant le premier quart de siècle de son existence.
Ce territoire avait la forme d'un carré assez régulier, dont deux côtés étaient limités par les
quais du havre et de la grande crique -, un troisième côté était représenté par la muraille longeant la rue de la Gorderie actuelle (3) ^ nous n'avons pas figuré le quatrième côté, situé sur remplacement de la rue des Remparts, parce qu'alors, celte partie du territoire du Havre était restée dans son état primitif, c'est-à-dire en marécages (4).
Noms. — Ce terrain faisait partie du lieu de Grâce édifié d'une chapelle de Notre-Damede-Grâce, qui dépendait autrefois de Leure et d'Ingouville (5), d'où sont venues les dénominations du lieu de Grâce, havre de Grâce, par la même raison que l'on dit, à Honfleur, la côte de Grâce.
Au XIV® siècle, ce territoire, qui était habité, était désigné sous le nom de : havre de la mer ; mais à la fin du xv^ siècle, les habitations avaient disparu et on l'appelait le havre de Grâce (6).
Il existait, en effet, à cet endroit, une chapelle de la Vierge Marie, annexe de l'église paroissiale de Leure, qui avait été donnée en patronage, avec cette église, au prieuré de Longueville ; cette donation avait été confirmée, en 1269, par saint Louis. Les habitants de ce hameau obtinrent, en i3ii,à cause des difficultés qu'ils éprouvaient pour accéder à l'église paroissiale, l'autorisation de placer des fonts baptismaux et d'établir un
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cimetière près de cette chapelle, ainsi que le prouve une charte donnée par le Roi de France et dont voici la traduction, d'après M. Ch. de Beaurepaire (8) :
Philippe, roi P'rance, savoir faisons à tous présents et à venir, que nous, à la supplication des paroissiens de l'église de Saint-Nicolas de Leure près du rivage de la mer, demeurans au havre de la mer, pour parer au périls des personnes, que l'on dit arriver fréquemment par les inondations et flots de la mer, lorsque l'on porte les enfants à baptiser ou les corps des morts à enterrer en sépulture ecclésiastique à la dite église paroissiale de Saint-Nicolas, nous, de gracieux octroi de notre majesté, par les teneurs des présentes, concédons que, dans la chapelle de la Bienheureuse Marie, située, comme nous en sommes informés, au dict havre ^ en dedans des limites de l'église paroissiale de Saint-Nicolas et annexée, comme on dit, d'ancienneté, à la même église, il soit établi des fonts sacrés pour le baptême des enfants, et, près ou dans les environs de la dite chapelle, un cimetière où les corps morts recevront la sépulture ecclésiastique, sans que pour cela il nous soit acquis un droit nouveau au droit de patronage de la dite Chapelle ; le droit de patronage étant conservé à perpétuité au patron de la dite église Saint-Nicolas et de la chapelle son annexe, comme cela était au temps de la confection des présentes lettres, et comme cela avait été antérieurement, sauf en tout notre droit et celui d'autrui.
Afin que ce soit ferme à toujours, nous avons fait apposer notre sceau aux présentes lettres, à Fontainebleau, au mois de décembre mil trois cent onze. Signé sur le repli : Par le Roi, Jaq... (Grand sceau de cire verte).
On ignore à quelle époque ont disparu cette chapelle et les habitations qui Tentouraient. Mais au XVI® siècle, on avait conservé le souvenir de ces constructions, puisque deux témoins de Tenquête de i532 en font mention. Jean de la Mazure, âgé de 44 ans, parle « du temps que le « vieil havre estait édifié^ qui est à un trait d'arc « loin du neuf édifié. » Et Jean de Harcelles, âgé de 45 ans, en mentionnant le territoire des 24 acres litigieuses, dit qu^il était de peu de valeur, « parce que aucuns ni hantoient ni habitoient « excepté qu'à l'endroit du vieil havre qui estoit « en autre lieu que le havre neuf. » Il est vrai qu'un autre témoin, Jean Noël, dit qu'au « havre « ancien, il n'y avait lieu à tenir les pieds ou a audiences du seigneur de Graville, » mais cela n'exclut pas Fexistence d'habitations particulières.
Nous avons prouvé qu'il ne fallait pas dire le havre de Grasse , comme l'avait avancé M. Borély, supposant que ce titre provenait de gras ou grève. Cet auteur, revenant à la question, s'est appuyé, il est vrai, sur une délibération prise par le Conseil général de la commune du Havre, pendant la première révolution, et dans laquelle la municipalité avait demandé que le nom de « havre de Grâce w fut conservé, parce qu'il ne rappelait aucune idée de royauté ou de superstition et de féodalité.
Mais M. Borély a omis d'ajouter que cette
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opinion était si peu conforme à la tradition, que sur une pétition de plusieurs citoyens, le même Conseil général du Havre avait pris, le 14" jour du 2^ mois de la 2° année républicaine, une nouvelle résolution « pour rapporter la précé- « dente délibération, qui conservait à cette « commune son ancienne dénomination, et elle « émettait le vœu que cette commune portât à « Tavenir le nom de Havre-Marat. »
Et, en effet, quelques jours après, le nom de Havre de Grâce avait été remplacé par une désignation certainement laïque, celle du « Havre de « Marat !... »
On se borne aujourd'hui à dire le Havre tout court, mais c'est à lort, puisque cette dénomination peut s'appliquer à tous les ports en général qui sont aussi des havres.
Dans Porigine, on distinguait entre le havre
de Grâce et la ville Françoise. Par le Havre, on
entendait Tavant-port actuel et la grande crique
ou bassin du Roi avec toutes leurs dépendances,
telles que les jetées et la grosse tour. La ville
Françoise comprenait le sol, bâti ou non, appelé
aujourd'hui quartier Notre-Dame.
Ce nom de ville Françoise était celui de
son fondateur -, il apparaît pour la première fois dans la requête des bourgeois et habitants de la ville Françoise de Grâce, adressée à la Chambre des comptes, au mois de mars 1622 (9). Mais
ET TOPOGRAPHIQUE DU HAVRE l63
François P"" ne Ta eniiployé pour la première fois
qu'en i53o ; jusque-là il s'était servi, dans ses
chartes et ordonnances, du nom de « ville de
« Grâce, w
En effet, dans les lettres patentes, délivrées
au mois de janvier 1 53o, pour la suppression de
la prévôté de Leure et d'Harfleur, le Roi rappelle
qu'il a fait construire et édifier la « ville Françoise
(f de Grâce (lo). » Et dans le rapport dressé à
l'occasion de cette suppression, par Jean Lesueur
(i i), ce délégué, en adressant à l'assemblée du 6
avril i532, une petite allocution, n'avait pas
manqué de répéter que « le Roi avait à grands et
« somptueux frais fait construire et édifier la dicte
V ville et havre de Grâce et icelle ville nommée et
« voulu estre à perpétuité décorée de son nom,
« c'est à savoir : la ville Françoise. »
Mais cette dénomination n'avait pu prévaloir contre l'antique nom de Grâce; comme le fait remarquer M. du Bocage de Bléville (12), celui du havre de Grâce à toujours été préféré dans Tusage à celui de « ville Françoise ^),qui ne subsistait que dans les actes de l'Hôtel-de- Ville.
Notre ville n'est pas la seule dans tout l'univers qui porte ce nom de havre de Grâce -, il existe une autre ville ainsi dénommée dans l'Etat de Maryland, région orientale des Etats-Unis, comté de Hartford et à 5o kilomètres Nord-Est
de Baltimore. La position de cette ville sur la rive droite et à l'embouchure de la Susquehannah et de son canal latéral, est la même que celle du Havre à l'embouchure de la Seine, et nous sommes persuadé que ce sont des marins havrais qui ont donné à cette ville du nouveau monde, le nom de leur pays, nom qui a été conservé en entier par les amiricains, tandis que nous avons supprimé la moitié du nôtre.
Rues et égouts. — La distribution des rues de notre ville rappelle un peu celle adoptée par les américains pour leurs citées -, ce sont des rues droites, formant des îlots carrés où sont bâties les habitations et où se trouvent les places publiques.
Les quelques voies de communication qui figurent sur notre plan et qui existaient à Pépoque seigneuriale de la ville Françoise, c'est-à-dire jusqu'en 1541, se divisent, sous le rapport de la largeur et de la longueur, en rues principales et secondaires et en ruelles non habitées.
On peut classer dans la première catégorie la grande rue Saint-Adresse, la rue Saint-Michel, la rue de la Fontaine et la rue Françoise. C'est, en effet, sous le titre de grande et principale rue, que cette dernière est désignée dans les titres de propriété de l'ancien couvent des Ursulines. Dans la seconde, se trouvent les rues Saint-Julien,
Saint-Eloy, la rue Notre-Dame, celle du Pontdes-Barres et la rue de la Muraille. Enfin viennent la ruelle Saint- Adrien, la ruelle de PEsprit et la rue Saint-Martin, destinées à communiquer transversalement avec les grandes rues.
Toutes ces rues sont encore faciles à reconnaître parmi les voies actuelles, car elles ont seulement été élargies ou prolongées. Par une disposition aussi simple que bien comprise, ces rues aboutissaient toutes aux quais et aux bassins.
Trois des plus importantes, c^est-à-dire les rues Saint-Michel, Saint-Adresse, de la Fontaine et la rue de la Muraille, disposées en éventail, aboutissaient à la place principale, près de la grosse tour et de Tentrée du port.
Indépendamment de ces voies publiques, situées au Nord du havre, on remarquait, vers le Sud, plusieurs autres rues tracées en i524, mais ne portant aucune dénomination ; c'est ainsi que la place fieffée à Jean Descures était bornée d'un côté par « une rue qui mène de la rue de « dessus le quay à aller sur le perrey vers la « rivière de Seine (du Nord au Sud) ; d'autre (( costé une vide place, d'un bout la dicte rue de c( dessus le quay et d'autre bout une rue qui part « à venir de dessus le quay au long de la crique. » Ce sont donc trois rues tout à fait distinctes qui ont entièrement disparu.
Ces rues n'ayant été pavées qu'après l'année
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1648 (i3) étaient fort insalubres, à cause de la qualité défectueuse du sol vaseux, de Taccumulation et de la stagnation des eaux sur les parcelles de terrain qui n'avaient pas été surélevées avec les déblais du havre. Aussi, Guillaume de Harcelles avait constaté qu'il ne se passait guère d'été, sans qu'il y eût la peste ou autre dangereuse maladie dans la ville (14). C'est sans doute cette insalubrité qui éloignait de la nouvelle ville les fonctionnaires chargés d'y accomplir des missions permanentes ou temporaires.
Voici un exemple du danger qu'il y avait pour les fonctionnaires à séjourner au Havre lorsqu'ils n'étaient pas habitués au climat de ces marécages ; ils n'échappaient guère à cette fièvre de marais, tant redoutée par ceux qui doivent y habiter. Le délégué, Jean Lesueur, qui était venu au mois d'avril i532, appliquer l'arrêt du Parlement de Rouen relatif à la suppression de la prévôté de Leure, avait dû repartir brusquement du Havre pour cause de maladie. « Et pour ce « que fusmes pressé nous en retourner au dict « Rouen pour aucune maladie qui nous surce vint (i5).
L'ingénieur Bellamarto, chargé de tracer des rues nouvelles et de faire construire sur les terrains non encore concédés avant 1541 (au nord de la place du Vieux-Marché et de la rue de la Halle), ainsi que dans le nouveau quartier Saint-
François, avait reconnu la nécessité de faire disparaître Pinsalubrité des rues en y établissant tout un système d^égoùt. Aussi cet ingénieur obligeait les concessionnaires de terrains à contribuer à ces égouts et à remblayer le sol des rues en prenant le perray et les terres ou vases qui, en s^amoncelant dans le chenal du havre, arrêtaient le cours de Peau. En voici un exemple :
Le 1 5 octobre 1642, Bellamarto imposait à Tun des nouveaux propriétaires, M^ de Champeaulx, l'obligation « de payer sa part et portion « de la dépense d'un conduit sous terre qui « portera les immondices de sa maison jusqu'au « conduit public delà dite rue (de Saint- Adresse) « ainsi qu'à l'avenir le Roy peut le commander ce et ordonner (17). w
Ce passage est assez curieux à relever, puisqu'il nous révèle qu'à trois siècles de distance, on se proposait déjà, au Havre, d'appliquer le système du « tout à l'égout » que nous voyons préconrser aujourd'hui.
Guillaume de Marcelles avait rappelé, il est vrai, cette innovation tentée par Bellamarto pour le quartier Saint-François, sans parler du reste de la ville, puisqu'il rapporte « que derrière les (( rues du cooté des barres, qui sont belles, grandes « et larges, il aurait fait de petites ruettes pour « faire, à la mode d'Italie, des aqueducs pour,
l68 DESCRIPTION HISTORIQUE
(c au-dessous d'icelles, faire couler dans le havre, « les immondices des maisons et dites rues, les- (( quelles s^appelaient : la grande rue Royale, la « rue Dauphine, la rue Saint-François, etc. (18)» .
Ce projet ne fut pas exécuté ; mais il justifie les anciens architectes- voyers du reproche qui leur a été adressé au sujet de Texiguïté des rues, notamment de celles du Petit-Croissant, d'Edreville et Saint-Pierre. Dans la pensée de Bellamarto, ces ruellesparallèles aux larges voies connues sous les noms de rues Dauphine, du Grand-Croissant et rue de Paris, n'étaient pas destinées à recevoir des habitations, mais seulement des cours et magasins pour les grandes maisons construites en façade sur les rues larges et aérées ; le soussol de ces ruelles devant uniquement servir d'égout pour transmettre à la mer les eaux nuisibles.
A regard des autres voies étroites, telles que les rues du Cadran, de la Vierge et Saint-Honoré, qui viennent d^être élargies, on comprendra facilement qu'à Torigine du Havre et de leur tracé, il était inutile de donner à ces ruelles une plus grande largeur, puisque les six propriétaires des terrains limitrophes avaient tous des façades sur les rues de Paris, d'Estimauville et des Viviers, où les maisons étaient suffisamment claires et aérées.
Ce ne fut que plus tard, par suite de Taccroissement du commerce et de la marine, et de la nécessité de bâtir dans Penceinte fortifiée, que Ton construisit des maisons dans ces ruelles.
Contrairement à ce que Ton pourrait supposer, la rue Saint-xMichel, large de 1*3 mètres 5o, n^était pas la principale rue ; celle dite de Saint- Adresse, aujourd'hui rues d'Estimauville et de la Communauté^ était la plus large et la mieux habitée, puisque, dans cette grandVue (19), large de 16 mètres, on remarquait les maisons de M. du Chillou, de M. d'Emalleville, son greffier ou secrétaire, de M. d'Estimauville, son lieutenant. Ce dernier avait fait bâtir la maison aujourd'hui transformée en hôtel des armes de la ville, à Pangle de la rue Frédéric-Sauvage. Cette construction était assez remarquable, l'appareil de maçonnerie, dont on voyait encore, il y a quelques mois, une partie dans son état primitif, était formé d^assises de pierre et de carrés en silex noir parfaitement réguliers-, c'était le type pur de Tarchitecture du xvi* siècle.
La rue de la Fontaine, aujourd'hui dite des Viviers, à peu près parallèle à la rue de Sainte- Adresse, était un peu moins large, puisqu'elle n'avait que 12 mètres. Le receveur du Grenier à Sel avait établi son domicile à l'extrémité de cette rue, vers la grosse tour. Au nord, cette voie aboutissait au moulin à vent et à la grande
lyO DESCRIPTION HISTORIQUE
mare commune, vaste réservoir occupant une superficie de 3,ooo mètres carrés.
La rue Saint-Michel (actuellement rue de Paris), a été beaucoup élargie, puisqu'aujourd^hui elle présente une largeur moyenne de 20 mètres.
Transversalement à ces grandes artères nous retrouvons une ruelle sans nom, qui a formé ensuite les rues de la Vierge, du Cadran et de Saint-Honoré et, aujourd'hui, la rue Frédéric- Sauvage -, la ruelle de l'Esprit était tracée également en 1624 dans ses dimensions actuelles, pour communiquer entre les rues de la Fontaine et de la Muraille. On remarque aussi la ruelle Saint- Adrien, remplacée de nos jours par la rue de la Halle, dont la largeur est la même, puisqu'elle mesurait alors 8 mètres 60.
Si nous continuons cette énumération vers le côté Est de la ville, nous retrouvons une division très simple, c'est-à-dire des îlots presque rectangulaires, desservis par des rues droites et de largeur moyenne, telles que nous les voyons encore aujourd'hui. Ce sont : la rue Saint-Julien, qui avait 8 mètres 60 *, la rue Saint-Eloy (actuellement des Gallions), 6 mètres, puis la grande rue Françoise, large de 1 2 mètres, et remplacée par le nom vulgaire de : rue de la Gaffe. Ces trois rues aboutissaient : au Sud, à la rue du Quai, et au Nord, à la rue Saint-Jacques, appelée
alors : rue de TEglise ou rue Notre-Dame, qui avait une largeur de 8 mètres.
Au nord du cimetière et parallèlement à la rue Notre-Dame, se trouvait la rue du Pont-des- Barres, actuellement dite des Drapiers, et un peu moins large (8 mètres).
Les rues d^ Albanie et de THôpital n'étaient pas encore tracées au delà de la rue Notre-Dame, mais une petite ruelle, dite de Saint-Martin, conduisait de la rue Françoise aux Halles de la ville. Enfin, les quais Videcoq et Notre-Dame étaient désignés, le premier sous le nom de la rue d'Harfleur, et le second, sous celui du quai de la Grande Crique (20) et non pas de la Grande Caque, comme on Pa indiqué par erreur, dans le procès-verbal de mesurage des terrains, dressé au mois de septembre 1524(21).
L'origine de ces noms, donnés par le peuple, provenait de la disposition et de la situation des rues. Ainsi, la rue Saint-Michel conduisait à réglise paroissiale de Saint-Michel d'Ingouville ; Taxe de la rue de Saint-Adresse, se dirigeait vers le village de ce nom \ la rue de la Fontaine tirait son nom de la fontaine placée à l'extrémité sud de cette rue, vers la grosse tour; un coté de la rue de la Muraille était formé de la muraille closant la ville à l'ouest. La rue du Pont-des- Barres conduisait au pont de ce nom; la rue Notre-Dame ou de l'Eglise, longeait l'église de
Notre-Dame-de-Grâce. Quant à la rue Françoise, elle était ainsi appelée du nom du fondateur de la ville, et les noms de Saint- Eloy, Saint-Julien, Saint-Martin, s'expliquent par Pusage, autrefois constamment suivi, de donner aux rues les noms des saints de Péglise catholique."
Les noms de ces rues, n'ayant aucun caractère officiel, ont souvent varié, et Ton peut suivre ces changements dans Phistoire des rues du Havre, si complète, publiée par M. Ch. Vesque(22). Les principales rues n'avaient pas échappé à ces variations*, ainsi, à la fin du xvii® siècle, on avait substitué au nom de : rue d'Estimauville, la désignation plus que vulgaire de : rue du Chat-qui- Danse !... (2 3)-, la rue Saint-Michel est devenue la rue de Paris -, la ruelle Saint-Adrien était désignée, en i663, sous le nom de : rue venant de la place des Canniballesau rempart ^ en lyoS, on la désignait sous ces titres : « rue tendant du mar- « ché des Canniballes au bastion de Saintece Adresse, appelée rue de Limoge. »
La rue d'Albanie, désignée sous ce nom dans la seconde moitié du xvf siècle, prenait, en 161 5, le titre de rue de la Vieille-Halle, et en 1708, elle était indiquée sous le nom de rue du Pot-d'Etain. 1
La rue du Pont-des- Barres avait changé son nom avec celui de rue de Notre-Dame, donné à la voie qui lui était parallèle \ un contrat de l'année
ET TOPOGRAPHIQUE DU HAVRE lyS
1810 indique la rue Notre-Dame, appelée vulgairement rue des Drapiers.
Le quartier Saint-François, bâti au milieu du xvi^ siècle, renferme des rues dont le nom a disparu aujourd'hui, telles étaient les rues d^Orléans et du Porc-Espy (24) , mentionnées en 1 644, et dont les noms paraissent avoir une origine commune-, le porc-épic était un animal qui figurait dans les armes du duc d'Orléans (26).
Ponts et passages. — Les moyens de communication à travers la grande crique et le havre n'étaient pas plus faciles que les quelques chemins tracés dans la ville. Avant l'année i5i6, les habitants d'Ingouville et les pêcheurs qui arrivaient au vieil havre de Grâce, traversaient la grande crique par un pont jeté sur un bras de cette crique, vers le pont Lamblardie actuel -, c'est du moins ce qui résulte d'un passage des mémoires de Guillaume de Marcelles, où il cite un vieux pont vers les ramparts, c^est-à-dire au nord de la grande crique (26).
Ce témoignage est confirmé par un extrait du procès-verbal d^arpentage des terrains et rues de la ville, dressé en i532, où la rue Saint-Michel (rue de Paris), est indiquée comme commençant au marché et aboutissant au nord vers le pont (27).
Le seigneur deGraville, propriétaire du sol
du Havre, était loin d'accomplir les charges qui lui incombaient pour l'entretien de ces ponts et passages. Robert Mahieu, l'un des habitants de cette ville, disait à ce sujet en i532: « Si le sei- « gneur de Graville faisait son devoir, il devrait (V entretenir les ponts et passages; mais quand on (c en parle aux officiers, fermiers et procureurs, c< ils n'en veulent rien entendre (28). »
Jusqu'à ce que les bords de la grande crique fussent édifiés de maisons, ce premier pont était suffisant pour les communications d'une rive à l'autre, et un second pont mobile au milieu de la grande crique (entre les rues des Drapiers et la rue Royale) aurait été presque inutile et même onéreux.
« Pour passer et repasser par ce bras de mer, <( dit Guillaume de Marcelles, il y avait un fond de (c grandes planches assises l'une près de l'autre par « dessus lesquelles on passoit et repassoit à pied (( sec (à mer basse) et quand la mer étoit haute « on s'aydoit, pour se faire passer et repasser, (( de deux petites barques que conduisoient Guil- (c laume Ricouard et Denys Normant ayant chacun « sa barquette. »
Ces barques de passeurs servaient également aux ouvriers pour traverser le havre et communiquer du grand quai au terre-plein de la jetée du Sud. On les employait encore en i538, car un article du compte de l'armement des galéaces de
la Reine d'Ecosse mentionne le paiement de lo sols à Denis Normant, passager^ pour avoir w passé et repassé, durant douze jours, les (c charpentiers, mariniers et autres manouvriers « delà et deçà Teau du dit havre pour aller et « venir de la galeace la Reale (29).
Le pont dit de Notre-Dame était construit avant Tannée 1624 puisqu'il est mentionné sous le nom de Pont-des-Barres dans les arpentages des terrains déjà fieffés à cette date. Mais cet ouvrage ayant été reconnu trop difficile à manœuvrer, fut remplacé plus tard, dit Guillaume de Marcelles, par un autre grand pont couvert en ardoises.
Un troisième pont, appelé pont Huchon, du nom d'un habitant de la ville, fut construit en i532, ainsi que le constatent les articles des rôles de paiement des ouvriers qui y avaient travaillé, articles déjà cités (page 63).
Places. — Dans les premières années de la fondation de la ville Françoise et sans doute jusqu'en 15,41, il n'y avait que deux places communes, l'une située entre la tour et la maison de M. du Chillou,en face du musée actuel, et la place du Marché, formée par le carrefour des rues de Saint-Adresse et Saint-Mich el , contenant 700 mètres carrés.
Lors des grandes assemblées du peuple ces
deux places,' par leur contiguïté, ne formaient qu'un vaste emplacement qui était encore aug- mente par la largeur du quai du havre. m
Les deux places et tout le développement de ce quai jusqu'à celui de la grande crique, occupaient une surface totale de 9.200 mètres carrés, où se tenaient non seulement les marchés de chaque semaine, mais encore les deux foires annuelles instituées en i535 et les revues de troupe ou autres réunions publiques.
Une autre place dite des Halles, occupant une surface de 2.200 mètres carrés, avait été tracée, après 1624, au nord de la rue du Pont, sur remplacement actuel du Muséum, entre la place du Vieux-Marché et la rue de PHôpital.
La place dite aujourd'hui du Vieux-Marché, connue autrefois sous le nom de Cannibales, ne paraît pas avoir été tracée avant Tannée i 641, car en 1624, cette place, désignée sous le titre de fossés^ avait été retenue par le prieur de PAbbaye de Graville, qui se proposait peut-être d'établir, dans la ville Françoise, une dépendance de son monastère, de même que le prieur de l'Abbaye du Valasse s'était réservé une autre place à peu près à la jonction des rues de Paris et des Remparts.
Il est difficile de retrouver l'origine de ce nom de Cannibales, appliqué anciennement à la place du Vieux-Marché ; nous supposons que
fl
c'était à cause de la terre des Cannibales, désignation donnée à une partie de la côte d'Afrique, avec laquelle le port de Grâce était en relations commerciales. Ainsi, « en i564, Guillaume de « Berry, du Havre, était intéressé dans le navire « la Marie^ capitaine Guillaume Parey, faisant « le voyage du Brésil à Tamont et côte des Can- « niballes, et dans le Saumon^ appareillé pour « les mêmes régions (3o). »
Bassins. — Nous avons déjà fourni, dans le premier chapitre de cette étude, quelques renseignements sur les travaux d'art exécutés dans le havre, la grande crique et le canal de la grande barre; nous n'y reviendrons pas.
La ville était entourée d'eau de deux côtés, les navires pouvaient être amarrés à très peu de distance des habitations \ mais ces bassins paraissaient déjà insuffisants en i53i, puisque lors de son voyage au havre, le Roi de France avait conçu le projet de les compléter par un canal ou bassin long, autour des fortifications, vers Pouest et le nord, de manière à donner une plus grande surface d'abris pour les navires.
Ce projet est signalé dans l'enquête de i532 (3i) par M. de la Mazure, disant :« jouxte le « pourtrait et devis faict par le Roy, il y a un (f grand fossé, fort large qui circuira la ville « dedans lequel fossé, les navires pourront estrc
lyS DESCRIPTION HISTORIQUE
<c menés et conduits à sauveté. Par ce moyen « tous les endroits de la dite ville seront demandés « et édifiés et se sentiront de la commodité de la i( mer. »
Ce projet grandiose, qui a été renouvelé de nos jours, ne fut pas mis à exécution. Il est vrai que dix ans plus tard, l'ingénieur Bellamarto fit « clore de fossés larges et profonds de deux pieds « et demi, le circuit de la ville Françoise. (32);) Mais ce n'étaient plus des bassins pour les bateaux^c'étaient des douves pour compléter les forti- f< fications.
Les quais du havre et de la grande crique n'étaient pas construits avec la perfection que nous admirons aujourd'hui. On s^étaii contenté d'établir un soubassement en pierres, surmonté de quais en bois ou clayonnages dont les planches n'étaient pas hermétiquement jointes ; il en résultait que les terres des talus glissaient à travers les interstices et occasionnaient ainsi des excavations sur le bord des quais.
Pour remédier à ces inconvénients, on était obligé presque périodiquement de garnir avec du galet le terre-plein des quais.
En 1641, notamment, deux pionniers étaient entretenus, aux frais de la ville, à débarrasser le chenal du havre, le long de la jetée, et à rejeter les terres qui provenaient de ce curage derrière les quais et la jetée pour les consolider, ainsi que
l'indiquent plusieurs mandats de paiement, l'un en date du i5 décembre i54r : « Payez pour (c vider et oter les terres par dedans le havre le « long de la jetée et quai, et mettre et jeter der- « rière les dits quays et jetée pour icelle et iceux « les garnir, etc. (33) »
Mais à la fin du xvi^ siècle, ces inconvénients avaient disparu avec les quais de bois. Guillaume de Marcelles nous apprend en effet qu'à cette époque « les quays de la ville étaient tous de « pierres blanches les plus beaux et les plus « larges qui se pouvaient trouver. »
Le chenal du havre était souvent encombré par les vases et le galet, ce qui nécessitait des curages fréquents exécutés de main d'homme, sous le titre de corvées, comme l'écrit Guillaume de Marcelles : « Le havre est quelquefois bouché « de l'atÏÏuence du perré que la mer y conduit, qui « le comble de vent d'aval, lequel havre il « convient par nécessité desboucher tant à l'aide « du travail des bourgeois et habitants de la dite (c ville qu'à l'aide de la grande barre, etc. »
Comme on le voit, le titre de bourgeois du Havre avait ses inconvénients à côté des privilèges qui y étaient attachés.
Ajoutons que François P'", voulant, en 1540, améliorer le port d'Harfleur, privé d'un accès vers la mer, à cause de l'envasement de son havre (rivière de la Lézarde), avait résolu de
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mettre à exécution le projet tenté en ^ de faire passer cette rivière par le nouveau havre de Grâce. A cet effet, il fit procéder à une enquête sur les moj^ens d'y parvenir, comme le prouve une ordonnance de paiement des frais de séjour du commissaire enquêteur, délivrée par les administrateurs du Havre, le 22 mai 1641 : « Payez à « Nicolas Martel, demeurant en cette ville de « Grâce, la somme de 46 sols pour pareille « somme à lui due, pour dépenses faictes le 29 « mars {3^, en la compagnie de M. le Vicomte de « Montivilliers, venu en cette ville par le com- « mandement du Roy pour enquérir les moyens « de faire passer la rivière de Montivilliers par « le havre de Grâce, suivant le vouloir du dict « sire. M
Ce projet, qui aurait été défavorable au port du havre, n^'ayant pas été exécuté, les administrateurs d'Harfleur firent creuser, à travers les marais d'Orcher, en 1672, un canal perpendiculaire à la Seine.
Organisation du port. — Les comptes déjà cités pour Tarmement des trois galéaces de la Reine d'Ecosse, nous fournissent de curieux renseignements sur Porganisation du port de Grâce et les moyens primitifs dont on y disposait pour les réparations des navires. Ici encore nous
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avons recours à M. Jal, dont la compétence est incontestable dans cette matière (34).
On voit par ces comptes que les galéaces avaient dans le port du Havre chacune une place où elles faisaient leur souille , c'est-à-dire renfoncement formé dans la vase par un vaisseau qui y repose après que la mer Ta abandonné et l'y a laissé échoué ; c'est une espèce de lit dans lequel il s'enfonce profondément par l'effet de son poids, et auquel il imprime sa forme.
On tirait les navires de la souille pour les calfater, on les y ramenait pour achever leur radoub et leur armement, et le lieu où se faisait le calfattage était auprès de la tour.
Voici les passages sur lesquels il est bon de s'arrêter un moment :
(( A plusieurs mariniers qui ont amené en « temps fort la dite galleace (Saint-Jehan) de sa (( soulle (souille) en place près la tour du dit « havre pour lui prendre son fons et ramener « icelle en la dicte souille...
(c A Simon Bonnentin... pour leurs peines (.( et salaires d'avoir pris et mis hors l'eau qui « estoit entrée dedans le galion appelé le Dauphin f( près de sa quille par la fault de calfatz (faute « d'étoupe et de brai) afin de tirer et mettre cf arrière le dit galion pour plus aisément faire
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« sortir et entrer la dite galeace (le Saint-Pierre) « en sa souille quand il en a besoing...
(( A douze mariniers qui ont ramené la dite « galeace d'auprès de la dite tour du dit havre « de Grâce auquel lieu elle avait esté menée pour <f calfacter son fons jusques à sa souille, w
Il résulte de ces énonciations qu^une plage existait auprès de la tour du Havre et qu'on y conduisait et tirait les navires dont on devait réparer la carène. Où était cette plage ? En dedans de la tour François ? En dehors sur le bord de la mer ?
Ce n'est pas dans le port lui-même qu'était cette plage. Les mots « qui ont amené en temps « fort la dite galeace » font d'ailleurs connaître que cette place ne pouvait pas être en dedans de la tour où le vent et la mer ne se font pas sentir assez sensiblement pour que leur action dut rendre pénible l'œuvre des matelots qui remorquaient un navire d'un endroit du port à un autre.
Près de l'emplacement de la tour Vidame, il y avait bien un emplacement où l'on pouvait tirer au sec des navires, mais il était plus petit et moins commode que celui qui est en avant de la grosse tour, à droite de la jetée. C'est là, pense M. Jal, que l'on menait les bâtiments à la marée haute et qu'on les calfatait, malgré les envahissements du galet.
On ne pouvait pas empêcher la marée d'apporter des pierres et du sable autour des navires échoués -, mais on dégageait les carènes quand la mer se retirait, c'est ce que nous apprend la phrase suivante : a Michault Huert, Jehan « Lespée... mariniers, la somme de 36 sols pour i( avoir iceux durant i8 marées fouy et fossoyé « dessous la dicte galeace(le Saint-Pierre) pour « plus aisément la visiter et calfater le long de la « quille et gabords. »
Si Ton se rappelle qu'à Tépoque où nous reporte le compte de Palamy des Gontier, on ne faisait en général les radoubs et armements que pendant la belle saison, on verra que la supposition relative à ce que le manuscrit appelle « la place près de la tour du Havre » n'a rien de bien hasardé, la plage, dominée par la tour François I", étant généralement tranquille pendant les mois de mai, juin, juillet et août. Quant à la défense des navires carénés sur ce rivage, l'artillerie de la tour y pourvoyait, ainsi que les arquebusiers et arbalétriers qui guettaient sous le musoir et probablement aussi sur le bord de la mer.
Les trois derniers paragraphes du chapitre intitulé : « Voyaiges et taxations )), nous montrent que la mise en rade des navires était, déjà, l'office de marins étrangers aux équipages de ces bâtiments. Chacune des galéaces fut « hallée,
(c touée, mise hors du port et havre de Grâce et (c conduite jusques à la rade par 20 bons mari- « niers » à qui Ton donna pour ce service 46 sols, c'est-à-dire trois deniers tournois à chacun.
Enfin, il existait déjà un service de bateaux passagers entre le Havre et Honfieur, puisque Ton avait transporté, dans la première de ces villes, 24 boulets « de la munition du Roy au dict « lieu d'Honefleu à bord du passaiger. »
Fortifications. — Nous avons vu que malgré les prescriptions du Roi voulant achever les fortifications autour de la ville, cette clôture était encore bien imparfaite en i532, puisqu'une seule muraille avait été construite le long de la rue de ce nom, entre la tour et la mare commune.
Par sa charte donnée au mois de janvier i53o(35), le Roi exprimait encore de nouveau son regret « qu'à cause de plusieurs procès occa- « sionnés par la perception des droits de prevosté, (c entre les habitants et les fermiers de la prevosté, « les deniers que les dicts habitants ont coutume « de prendre et lever en vertu de nos dons et i< octro3^s pour convertir et employer aux forti- « fications et emparement de la ville, sont demeu- « rés séquestrés au grand préjudice d'iceux « habitants par le retardement des dictes fortifî- (( cations dont il pourrait y avoir grand inconvé- « nient. »
Les fortifications n'étaient pas plus avancées en i536, car, dit Guillaume de Harcelles, on craignait Tarrivée d'une armée de mer ennemie, et la ville étant encore mal close et fortifiée, on fit bâtir sur le perrey trois redoutes en tourbe et terre avec trois pièces d'artillerie de fer où les habitants et bourgeois du Havre furent obligés de monter la garde.
C'est seulement après l'année 1541, c'est-àdire lorsque l'ingénieur Bellamarto fut nommé commissaire du Roi pour les fortifications, que la ville fut enclose entièrement, comme cet ingénieur le rappelle dans ses autorisations de bâtir (36), délivrées aux particuliers « après avoir designé et (c marché le lieu où les portes de la ville seront « faictes et aussi marché les bouleverts et fiance ques chacun en son lieu dont ils sont composés « en observant le dessin approuvé par le Roy. »
Si la ville était mal enclose du côté de la terre, elle était mieux protégée vers le port et la mer par la grosse tour qui y avait été construite en même temps que le creusement du chenal et l'édification des jetées. Monseigneur Beaucaire, évêque de Metz (87), résume dans ces quelques mots le système de fortifications exécuté vers la fin du règne de François P'' : « Le Roi François « fonda une ville forte de forme quadrangulaire, fc et dans chaque angle, il éleva un bastion large <( et long, excepté à l'entrée du port où faict angle
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(c une tour fortifiée dont les pointes sont taillées « en pointes de diamant. »
Cette tour, dont la solidité est attestée par une durée de trois siècles et demi, fut démolie en 1860, parce que, placée moitié dans la passe et moitié dans le terre plein, elle gênait et obstruait rentrée du port devenu insuffisant par le développement de la navigation et les dimensions toujours croissantes des navires à vapeur et à voiles.
L'histoire de cette tour ayant été écrite avec soin au moment de sa démolition, par M. Tabbé Lecomte (38), nous nous bornerons à donner ici une désignation sommaire de cet édifice, le plus remarquable qui existait dans les premières années de la fondation de la ville et du port de Grâce.
Cette tour, haute de trente mètres environ, mesurait vingt-cinq mètres de diamètre, dont moitié en creux et moitié en maçonnerie du pourtour. Elle se composait d'abord de caves ou caveaux au-dessous du niveau du sol, servant à déposer les munitions de Tartillerie et celles des navires qui arrivaient au Havre (Sg). Au-dessus se trouvait une vaste salle avec arceaux voûtés et plusieurs cachots qui renfermèrent quelquefois des personnages considérables.
Une plate-forme, entourée de créneaux, surmontait le tout -, dans la suite, on y avait bâti,
dit Tabbé Pleuvry, deux petites maisons et même un oratoire. L'architecture de ce monument, à l'aspect sévère, était très sobre de décorations, si Ton excepte les pierres taillées en boules et en pointes de diamant qui ornaient les murailles à Textérieur. On remarquait, toutefois, au-dessus de la porte d'entrée, la statue équestre du fondateur du Havre -, mais cette ornementation était déjà en bien mauvais état, un demi-siècle après la construction de la tour. Guillaume de Marcelles rapporte en effet que « sur le dessus de l'huis de « l'entrée de la dicte tour, y avoit esté mis la (( figure et pourtraict de sa majesté (François P"") <f monté et armé, qui aujourd'hui en la plus part « est dégradé et endommagé à cause du gros air (f de la mer. »
Fontaine. — On remarquait à côté de cette tour un monument aux proportions beaucoup plus restreintes, mais dont l'ornementation devait être assez gracieuse- c'était la fontaine monumentale, élevée dès l'année i5i8, par les soins de M. du Chillou, pour procurer de l'eau douce aux habitants de la nouvelle ville.
Cette fontaine était une «belle et somptueuse « estanfiche garnie de bachin, le tout en pierre de « Vernon, taillée à l'antique, de la hauteur de (c bien demye lance, en laquelle il y avait un saint
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<y François portant les armes de France et pluf( sieurs autres images de pierre (40). »
Le mérite de cette oeuvre ne consistait pas seulement dans Térection de la fontaine, mais encore dans les travaux d^art souterrains qui avaient été exécutés depuis les sources de Vi tanval jusqu'au Havre, c'est-à-dire sur un parcours d'une lieue. Un aperçu de cet ouvrage, dont on a retrouvé quelques vestiges en 1884, permettra de juger de son importance et des difficultés qu'il y avait à surmonter pour terminer cette entreprise dans l'espace de huit mois.
L'entrepreneur devait creuser à la source, dans la roche, un bassin ou regard pour recueillir Teau et rendre le cours plus fort et plus puissant; puis il devait exécuter des tranchées depuis la source jusqu'au port, afin que « l'eau coule et (f passe facilement sans soy arrester le long (c d'icelles tranchées, dedans les tuyaux de terre « qui seront ordonnés et posés pour le passage de « l'eau ; et seront iceux tuyaux couchés en terre (c tout le long d'icelles tranchées sur bonne es- « poisse de chault et ciment revêtus, et à l'entour i( d'iceux, maçonnée de bonne et forte pierre « dure liée en bain de cyment portant demi-pied « d'épaisseur ainsi que le cas requiert (41).
A ces conduits correspondaient trente cuves ou petites citernes, contenant quatre pieds de
creux en un sens et trois en Tautre, pour recueillir les eaux et vérifier les interruptions dans le cours de Peau.
Ces travaux furent terminés et la réception officielle eut lieu le 14 septembre i5i8. Les experts y constatent k que les conduits ou tuyaux « par lesquels se conduit Teau depuis la source « jusqu'au dit havre de Grâce sont de terre bien « recuyte, cimentés tout autour et revestus de « pierre à chaux et ciment par dessus, ensem- « blablement (42). »
Or, au mois de septembre et octobre 1 884, des ouvriers, en exécutant des fouilles pour les nouveaux égouts des rues de Paris et Frédéric- Sauvage, ont découvert, à différents endroits, des aqueducs composés de doubles tuyaux en poterie grise.
Ces tuyaux étaient noyés dans une maçonnerie de ciment rouge, mêlé de galet, le tout recouvert d'une autre enveloppe de pierre à chaux liée en mortier. Presque à la jonction des rues de Paris et de la Halle se trouvait une sorte de citerne cimentée, communiquant avec les aqueducs.
Cette canalisation ne suit pas parallèlement toute la rue de Paris- à peu de distance de la galerie de ce nom, les aqueducs se perdent sous les maisons, en inclinant vers Pouest, et Pon
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assure que des vestiges ont été retrouvés rue du Perrey, près des chantiers de M. Normand.
Nous n'hésitons pas à reconnaître dans ces débris, la canalisation des eaux de Vitanval \ la description des ouvrages et leur direction s'appliquent parfaitement à cette assertion, qui est encore appuyée par une autre circonstance décisive.
En effet, ces aqueducs, établis sous les maisons de la rue de Paris, dont Taxe n'a jamais été déplacé, ont nécessairement précédé Tédification de celles-ci, dont la plus ancienne date de i5i9 ou i52o, d'après le témoignage de Robert Mahieu.
Cest ainsi que les aqueducs établis en i5i8 auront été creusés dans les terrains vagues qui entouraient alors les ville et havre de Grâce, sans tenir aucun compte des rues non encore tracées.
Eglise. — La ville Françoise, peu riche en édifices civils, était encore plus pauvre en monuments religieux, puisqu'il n'y avait eu, pendant plusieurs années, qu'une modeste chapelle et ensuite une église bien imparfaite, qui ne devint un monument qu'après la construction de son clocher.
Bien que les renseignements soient assez contradictoires à ce sujet, on peut s'en rapporter au témoignage de Guillaume de Marcelles,
lorsqu'il déclare « qu'au commencement où est « à présent Teglise Notre-Dame-de-Grace, il n'y « avait qu'une petite chapelle couverte de (c chaume, et d'autant que le territoire de la ville « estait encore si bas et peu haussé, de grand mer « elle entroit dans la dicte église, que Ton avait <f fait construire de bois assez petite.
« Qu'il était nécessaire d'avancer ou
« retarder le divin service avant la survenue de « marée, et si on faisoit autrement, on estoit i( contraint de se faire porter chacun en sa maison « par de petits basteaux ou des chevaux ; et les « gens d'esglise, durant que l'on disoit le service « divin, contraints monter sur les sièges, de peur « d'estre surpris de l'eau. »
Il est vrai qu'à l'époque où Guillaume de Harcelles écrivait ses mémoires, le seigneur de Gra ville alléguait, en i582, devant le Parlement de Rouen, au sujet de son droit de patronage sur les églises du Havre, « que dès la « construction du havre et de ses bâtiments, les « deux chapelles de Notre-Dame et de Saintce François avaient été construites en forme de « petits hangards où il y avait à chacun un autel « pour célébrer la messe. Toutefois, les sacrece ments n'y étaient point administrés*, seulement, « comme il arrivait que des enfants nés durant « la nuit ne pouvaient être portés sans danger à « Ingouville, le curé autorisait les chapelains de
« Notre-Dame et de Saint-François à y avoir des (( fonts (43). »
Rien ne confirme Pexistence de cette seconde chapelle, qui aurait été placée sous le vocable de Saint-François, et nous laissons à Pavocat du seigneur de Graville la responsabilité de cette assertion. Il avait sans doute confondu avec la chapelle de Saint-François, construite dans la grande nef Françoise^ où Ton célébrait, tous les dimanches, la messe à laquelle assistaient les italiens et autres manouvriers français qui travaillaient à ce navire (44).
Il est difficile de préciser Tannée de la construction de la chapelle de Notre-Dame-de- Grâce sur l'emplacement de Téglise actuelle.
Ce n'était sans doute pas avant l'année 1 620, puisqu'il n'y avait encore aucune maison dans la ville Françoise et que la première habitation, celle de Robert Mahieu, avait été construite vers i5i9 ou i52o. Mais il ne faut pas oublier que, d'après le récit de Guillaume de Harcelles, cette chapelle avait été bâtie sur un terrain resté à son niveau primitif, avant l'exhaussement fourni par les déblais du havre \ or, tous les terrains fieffés en 1624 étaient remblayés jusqu'à la place du Vieux-Marché actuelle, et ils étaient à l'abri des inondations dans les grandes marées. Ce serait donc vers l'année 1620 que la chapelle provisoire de Notre-Dame aurait été construite.
Dans tous les cas, on lit dans les conclusions qui avaient précédé Tarrêt intervenu, le i3 mai 1624, entre M. du Chillou et le seigneur de Graville (45) « que Téglise faicte et encommencée « sur les vingt-quatre acres (de terrain litigieux), « est à la présentation du Roi et y avoit desjà « présenté Tun des chapelains de Madame la (c Régente mère du dict seigneur (Roi). » Il faut donc en conclure que cet édifice existait avant Tannée i523.
Cette chapelle resta dans son état primitif jusqu^en i536, époque où de grandes améliorations y furent apportées. C'est encore Guillaume de Marcelles qui nous apprend avec plaisir que la charpente de bois de la chapelle fut remplacée par des piliers de pierre « qui avaient esté allongés « et augmentés par feu son père, lors trésorier c( principal en la dicte église, en Pan 1 536, parce (c que le peuple croissait, etc. »
La première pierre du clocher, posée en 1539, a été retrouvée il y a peu de temps ; elle porte récusson de Claude de Montmorency avec cette inscription : « La première pierre a assis de <.( ceste tour le bon baron de Fosseulx et sy y a mis « ses armes, dignes de regnon, Pan i539 le dis « du mois d'avril. )>
L'église Notre-Dame actuelle n'a été commencée qu'après l'année 1672, à la suite d'une délibération prise le 9 mars de cette même année,
par les habitants du havre réunis en assemblée générale (46).
Clergé. — Les origines du clergé paroissial de la ville Françoise ne sont pas moins obscures à démêler que celles des édifices paroissiaux. On possède, il est vrai, une liste des curés de la paroisse dlngouville, pendant le xvi* siècle, paroisse de laquelle ont dépendu jusqu^à la révolution les églises succursales de Notre-Dame et de Saint-François. Cette liste, dressée en i 582, par le seigneur de Graville, en vue de son procès au sujet de son droit de patronage contesté devant le Parlement de Rouen, est certainement exacte pour Ingouville ; mais il nous paraît difficile de rappliquer entièrement à la ville Françoise.
On a vu que jusqu^en Tannée i524, le seigneur de Graville n'avait exercé aucun droit seigneurial laïque ou ecclésiastique dans l'étendue de la ville Françoise, et qu'au contraire, Tun des premiers chapelains de la chapelle de Notre- Dame avait été désigné à ce poste par la famille royale. On ne connaît pas le nom de ce chapelain ; mais c'était sans doute Tun des trois ecclésiastiques qui possédaient des maisons autour de la chapelle de Notre-Dame-de-Grâce*, run,Messire Jehan Le Bourgeois, était propriétaire d'une maison sise rue de Saint- Adresse ; Jean Boucher, prêtre décédé avant 1624^ en possédait
une rue de Paris, et Jacques Jouen avait fait construire une maison contre la chapelle, c'est-àdire rue du Pont (rue des Drapiers).
Nous pensons même que ce chapelain était Messire Jehan Le Bourgeois qui, par son testament du 12 mai i525, donna au trésor ou fabrique de Péglise, la maison dite du moine-vert^ près de Timage de Saint-Georges, et une rente de 7 livres lo sols (47).
L'arrêt du i3 mai 1624, en attribuant à la seigneurie de Graville le territoire de la ville de Grâce, avait eu pour conséquence d'adjoindre à la cure de Saint-Michel d'Ingouville, sur laquelle le seigneur de Graville avait droit de patronage, la chapelle de.Notre-Dame-de-Grâce,etdès lors, les curés de Saint-Michel d'Ingouville devinrent curés du Havre de Grâce. Etienne de Rains,run d'eux, nommé en i52i et mort en 1648, devrait donc être considéré comme le premier curé après Tadministration de M. Jehan Le Bourgeois, premier chapelain, décédé vers Tannée i525.
Edifices civils. — La maison de M. du Chillou, construite vers 1620, était devenue plus tard un édifice public sous les titres d'Hôtel-de- Ville et de Logis du Roi \ c'était une construction assez remarquable pour la ville et qui se composait d'un grand bâtiment rectangulaire
ayant un rez-de-chaussée, un étage et de vastes combles, avec deux tourelles octogones destinées à racheter la lourdeur de la toiture.
Après le départ de M. du Chillou,sa maison continua à être affectée à la juridiction maritime et à Padministration municipale, ainsi que nous Pavons vu en i528, lors de la réunion des habitants pour Télection de leur procureur général (page 46), et en i532, à l'occasion de Penquête préparatoire pour exproprier le seigneur de Gravilie des terrains formant le territoire de la ville (page 57) -, on l'appelait déjà la « maison de Ville (48). )j Ce fut également dans cet édifice que Jean Lesueur avait convoqué, le 6 avril i532, tous les habitants du Havre pour la suppression des droits de prévôté (page 54).
Le nom de « logis du Roi » qui avait été donné à cette construction, ne veut pas dire qu'elle était destinée à loger le chef de l'Etat ; il y avait dans chacun des arsenaux maritimes un hôtel portant ce nom qui était comme le siège du gouvernement du port et ou se traitaient toutes les affaires relatives à l'administration de la marine \ c'était quelque chose d'analogue à ce qui est aujourd'hui l'Hôtel de la Préfecture (49).
Les administrateurs de la ville Françoise f, avaient d'abord projeté d'établir THôtel-de-Ville dans le quartier Saint-François, qui venait d'être ;, tracé, et à cet effet, ils avaient acheté, en i55o,
une maison située rue du Croissant, mais ce projet ayant été abandonné, ils demandèrent au Roi l'autorisation d'acquérir la maison de M. du Chillou (5o).
Le Roi Henri II avait accédé à ce vœu en reconnaissant que les « élus et habitants de la « ville n'avaient hostel de Ville ni logis où ils (c puissent loger le capitaine de la ville ni même « recueillir les notablespersonnes allant par devers « eux pour le service du Roy. »
Et en effet, par contrat du 2 février i55i, les héritiers de M. du Chillou vendirent la maison de celui-ci aux habitants de la ville Françoise, moyennant le prix de 2. 5oo livres tournois, représentant une valeur actuelle de 5o.ooo francs.
D'après Martin Paré, Tun des témoins de l'enquête de i532 (5i), le seigneur de Graville aurait, après l'arrêt de i524, construit dans la ville Françoise plusieurs édifices publics pour l'administration de la justice et la perception des redevances qui lui avaient été attribuées. Martin Paré déclare qu' « il connaît bien les maisons (( construites et basties en la ville Françoise par « le sieur de Graville, lesquelles sont de grosse fc valeur. y>
C'était sans doute des halles, dont Martin Paré voulait parler, puisque d'une part, en 1624, ainsi que Tindique notre plan, l'emplacement des halles est encore un terrain vague longeant
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au sud la rue du Pont ; et que, d'autre part, Jean de Harcelles, autre témoin de la même enquête, déclare « au regard de la halle au bled et grains, « est vrai que le sieur de Graville Ta fait faire de « nouveau mais personne n'y fréquente et n'en « revient aucune chose. »
Cet état d'abandon contraste beaucoup avec la situation décrite un demi-siècle après par Guillaume de Marcelles qui nous apprend « qu'il c( y a belle grande halle sur laquelle est le pre- « toire et cohue du Roy et là es jours de marché « se apporte bon nombre de toutes sortes de « grains qui se 3^ vendent et distribuent au « peuple. ))
Mais cette nouvelle halle n'était pas celle qui avait été construite par le seigneur de Graville, en 1572-, on l'avait en effet reconstruite avec le prétoire (sur l'emplacement du Muséum), et comme on désirait cette fois faire un bâtiment assez solide et assez grand pour y installer les juridictions du baillage et de la vicomte et que cette construction menaçait de coûter un peu cher, le Parlement de Rouen, par arrêt du 6 mars 1673, s'y qpposaen ordonnant une enquête pour savoir « quels moyens ont les habitants du « Havre pour faire bastir une maison tant pour « y tenir la juridiction que pour loger et incara cerer seurement les prisonniers. » ^^
Néanmoins, la construction fut commencée.
mais les fonds ayant manqué, il fallut suspendre les travaux et s'adresser au Roi pour obtenir un secours, lequel fut accordé seulement en 1687 par lettres patentes enregistrées au Parlement ; cellesci octroyaient aux habitants « un don de 1.333 « écus pour la construction d'un lieu pour tenir « et administrer la justice et servir de prison (52).
Justice. — La justice seigneuriale, qui avait appartenu au seigneur de Graville de 1524 a 1541, était rendue au Havre dans une audience désignée sous le nom de plés ou pieds, qui était tenue tous les quinze jours, le mardi, par un sénéchal, un procureur, Pavocat, le receveur de la seigneurie et un sergent.
Si Ton apprécie Pimportance de ces fonctions avec le chiffre des appointements que recevaient les titulaires, on reconnaîtra ceux-ci n^étaient guère occupés. Ainsi, le sénéchal touchait, par année, 7 livres 10 sols (i5o fr.), le procureur avait droit à 60 sols (60 fr.), Pavocat touchait 100 sols (100 fr.)*, mais le receveur, dont les fonctions étaient plus compliquées, prélevait 60 livres ou 1.200 fr., valeur actuelle (53).
A cette époque et jusqu'en 1 540, il n'}^ avait pas de tabellionnage au Havre -, les premiers tabellions royaux qui aient été institués dans cette ville furent MM. Preudhomme de Norval et Sebastien de Champeaulx -, ce dernier avait
installé son étude rue de Saint-Adresse, en vertu d'une concession de terrain qui lui avait été faite par l'ingénieur Bellamarto, le 14 octobre 1542, pour (c y demeurer et habiter. ))
Il ne faut pas s'étonner de cette organisation judiciaire toute primitive, car l'ancienne ville de Leure, dont la population était, au xiv^ siècle, deux fois plus importante que celle de la ville de Grâce, concentrait cette organisation dans une prévôté tout à la fois fiscale et judiciaire. Voici un fait qui le prouve assez :
Guillaume Godefroy, demeurant en la paroisse de Leure, avait été chargé par Etienne du Moustier de garder la nef royale Sainte-Marie^ et il avait reçu pour ses gages de Tannée i352i353, la somme de 72 livres 12 sols tournois, à raison de 4 sous par jour, dont il avait donné quittance. Mais, Et. du Moustier ayant égaré ses pièces de comptabilité « aucunes des quittances « perdues par les ennemis du royaume «, il fit appeler Godefroy « en jugement », le 10 février i358, pour attester qu'il avait bien reçu ses gages. La déclaration fut reçue par le prévôt qui apposa son sceau sur une expédition de cet acte conservée aujourd'hui dans la collection de M. E. Seguin, du Havre.
Fisc. — L'administration du grenier à sel, qui dépendait du Roi et non de la seigneurie de
Graville, avait été instituée en i5i7 ; elle se composait d'un grenetier aux appointements annuels de cent livres tournois (2.000 fr.), d'un contrôleur qui touchait 60 livres (1.200 fr.) et d'un ou plusieurs mesureurs (54). Leurs résidence et magasins établis après Tannée 1624, étaient, avons-nous dit, installés à l'extrémité de la rue de la Fontaine et place de la Tour.
Aspect du terrain. — Tout ceci prouve déjà le peu d'importance de la ville Françoise dans la période seigneuriale ; cela résulte encore du chiffre restreint de la population et de la pauvreté des habitations, médiocrité compensée, il est vrai, par les mouvements du port assez considérables, mais qui profitaient plutôt aux marchands armateurs des villes voisines qu'à celle de François P'".
Pour apprécier la transformation qui s'était opérée de iSiy à 1541 sur le territoire de la ville de Grâce, il faut se représenter l'aspect du terrain à la première de ces dates.
Sans répéter ici la description que nous avons déjà donnée (55) d'après les dépositions des témoins entendus dans l'enquête de i532, nous rappellerons ici, d'après le témoignage de Jean Petit « que sur les vingt-quatre acres « de prairies cédées à M. du Ghillou par les « habitants dlngouville, il y avait des fossés,
« des criques et courants d'eau, du perroy de la <c mer en aucune partie (56). »
C'était en effet un vaste marais où se dessinait Pancien havre de Grâce, creusé naturellement, et dont Tembouchure se trouvait à peu de distance de Téglise de Leure *, le chenal de ce havre conduisait d'abord à la grande crique (actuellement bassin du Roi), puis dans Tavant port actuel jusqu'à une fosse s'arrêtant à l'emplacement du Musée-bibliothèque.
Ainsi que le déclarait Jean Noël (Sy) : « il « n'y avait aucune maison au temps passé (( (avant la construction du nouveau port) ; il n'y « avait havre ni maison où grand navire peut « estre recueilli, c'estoit comme lieuchampestre. A (c la même époque, le sieur de Graville tenait ses (c plés (audiences judiciaires) à Graville, car il (( n'y avait lieu à les tenir au dict ancien havre. »
Jean Petit déclarait également : « que du « temps de sa jeunesse ce n'était pas grand chose, a car il n'y avait ni maison ni lieu à soi retirer. »
Ces témoignages sont confirmés par cette circonstance, qu'au moment où les travaux du havre avaient commencé, en 1 5 17, il n^'y avait pas un bâtiment pour y déposer les outils des ouvriers, puisque l'on avait payé dès le 16 mai i5i7, « à Michault Tanquerel, demeurant à « Montivilliers, la somme de 20 livres pour
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« la petite maison à garder les outils qu'il a faite « au havre » (58).
D'ailleurs, cet endroit était bien peu propice aux édifices • le sol avait subi tant d'altérations à sa surface, ainsi que le révèlent les couches alternatives de tourbe et de vase que Ton y rencontre, qu'il fallait le concours d'une grande entreprise telle que la construction d'un port pour approprier, ce terrain en vue des habitations. Les témoins de Tenquête de i532 sont unanimes sur ce point pour nous indiquer la différence de niveau entre le terrain primitif et celui qui, par sa proximité du havre, avait profité des terres de déblais, pour l'exhaussement du sol et le mettre à l'abri des inondations.
L'un de ces témoins, Martin Paré, déclarait « qu'aux places qui sont encore à fiefïer, une « grande mer y peut passer par dessus -, tandis « que les maisons basties près du havre sont hors «de danger-, la mer n'y saurait monter et y « nuire (69). »
Un autre, Jean Noël, déposait que : « es « lieux encore à fieffer, la terre est basse, comme « en sa première nature, sujette aux grands flots « de la mer, qui y survient souvent des grandes « marées, pourquoi il faudra les hausser (60). »
Jean Petit n'est pas moins précis : « Les « terrains à fiefïer sont bassières où la mer vient
« encore d'une hault eau. »
Et Robert Mahieu avait fait remarquer « que (c ceux qui avaient commencé avaient pris et « choisi las meilleures places près du havre et de (c la mer et plus à main pour les marchands... « le reste des communes ne se pourroit appro- « prier, pour en percevoir profit ou utilité, sans « grand despence et sans haulser les terres d'une u toise de haut (2 mètres) dont le coust et la mise « passerait trop plus que le principal (61). »
Cette situation fut lente à se modifier pendant les années i5i7, i5i8et i5i9, aucun habitant ne s'était hasardé à construire sur ce sol nouveau et malsain. M. du Chillou, lui-même, le promoteur de la nouvelle ville, restait prudemment à Honfleur, comme le démontre sa correspondance et les actes émanés de lui et retrouvés par M. S. de Merval. D'ailleurs, il était titulaire de la ferme du guet d'Honfleur, dont le produit était considérable-, le 22 février 1617, M. du Chillou écrivait une lettre datée d'Honfleur, le 5 janvier i5i8, il avait entrepris la canalisation et la fontaine du Havre et il avait signé la quittance par actes devant les notaires d'Honfleur ; enfin, le 16 mars i5ig, M. Thomas Bohier adressait une lettre à Monseigneur du Chillou avec cette souscription : « vis-amiral à Honfleur (62). »
On peut, d'après ces indications, retrouver l'altitude primitive du sol de la ville avant sa fondation. En effet, les grandes marées qui
couvraient souvent ces terrains, étaient évidemment les hautes mers de vive eau, dont la hauteur moyenne au-dessus du zéro des cartes marines, est de 7 m. 85. Donc, le sol était audessous de cette cote d'altitude.
En outre, d'après Robert Mahieu, il était nécessaire de surélever de 2 mètres le niveau des terrains non bâtis pour obtenir celui des quais du havre qui sont à la cote de 9 m. 1 5. En retranchant deux mètres de cette altitude, il reste, pour le sol primitif du Havre, une cote de 6 m. 85 au-dessus du zéro des cartes correspondant à Taltitude de 2 m. 57 du nivellement général de la France.
Population et maisons. — A partir de Tannée i520 jusqu'en 1524, un certain nombre de terrains avaient été fieffés à des particuliers pour y établir, soit des chantiers, soit des magasins ou des maisons. Le prix des concessions, relativement peu élevé, consistait dans une rente foncière sur le taux d'un sol par pied carré ; aussi les aquéreurs, n'ayant pas de capital à débourser, avaient acheté des parcelles assez grandes dont une seulement était inférieure à cent mètres carrés.
Sur cent places fieffées avant 1 524, nous avons compté, en traduisant les pieds en mètres carrés :
I de o à 100 mètres carrés.
24 de 100 à 200 —
3i de 200 à 3oo —
20 de 3oo à 400 —
i5 de 400 à 5oo —
7 de 5oo à 600 —
I de 65o mètres carrés.
I de 1400 —
Ces deux dernières appartenaient, la première à Jacques d'Estimauville et la seconde à Jean Clerice.
Le premier recensement de la ville Françoise, datant de 1624, donne les résultats suivants, basés sur Pétat des fiefïes et le procès-verbal de mesurage des terrains (63).
Les concessions ou fieffés s'élevaient au nombre de 1 12, mais quatre-vingt-huit seulement des propriétaires avaient fait construire au nord du havre et à Touest de la grande crique.
D'après ces documents, une seule concession aurait été faite, au sud du havre, à Jean Descures, mais il y en avait d'autres, ainsi que nous Pavons indiqué (page 43).
En admettant que chaque maison fut habitée par une famille composée de cinq personnes, la population fixe de la ville n'aurait pas atteint 5oo habitants^ nous laissons de côté, bien entendu, la population flottante des ouvriers du port qui ne peut être une base certaine.
Un second recensement fait au commencement de Tannée 1 532, c'est-à-dire lors de rassemblée des habitants et bourgeois de la ville Françoise, convoquée par Jean Lesueur, fournit des résultats à peu près identiques^ sauf une augmentation d'un sixième sur le chiffre de la population fixe. Il résulte en effet du rapport de ce délégué (64), que 78 habitants avaient répondu à sa convocation et que 32 s'étaient abstenus *, c'est-àdire un total de i 20 habitants ou chefs de maison. En multipliant ce chiffre par 5, on obtient un total de 600 habitants.
Indépendamment des causes que nous avons énumérées (page 47), plusieurs considérations appuient ces chiffres, sinon certains, du moins très probables.
C'est d'abord le chiffre très restreint du produit des droits de reliefs et de treizièmes perçus par le seigneur de Graville, à raison de 3 sols, chaque fois qu'il y avait mutation d'homme. D'après M. de la Mazure et Jean de Harcelles, ces droits n'avaient produit que 3 à 4 livres en moyenne, chaque année, de 1626 à i532 (65).
Puis, en rapprochant les listes des propriétaires et habitants, de 1524 et i532, on retrouve, il est vrai, une soixantaine de noms nouveaux, mais 64 des noms anciens ne s'y retrouvent plus, d'où résulte une compensation. Les comptes de la seigneurie de Graville pour les années 1528-29
{66)^ mentionnent, en effet , quelques changements de propriétaires, tels que Jean Stuart, rue Saint-Julien, et Jean Leboulangcr, rue Saint- Adrien, qui n^avaient pas encore bâti en 1624, et étaient remplacés par Nicolas Broise et Michel Lelibost. Et Michel Champagne avait succédé à Cardin Fouquet, etc.
Cet état stationnaire résulte encore de la comparaison entre les comptes des différents fermiers de la seigneurie de Graville pour les recettes des fieffés faites en la ville Françoise (67):
En 1 523-1 524, ces recettes étaient de 290 1. 7 s. 6 d.
En 1527-1528, — — 3oo I. 3 s. 4 d.
En 1528-1529, — — 304I.18S. 4d.
En i532 — — 320 1.
En voit que Taugmentation n'était guère sensible avant i532 et que Taccroissement d^un sixième provenait plutôt du morcellement de quelques propriétés, puisque M. de la Mazure et les autres témoins de Tenquête estiment au tiers la partie des 24 acres qui n'était encore ni fieffée ni bâtie à cette époque.
A la suite des améliorations et des encouragements dus au voyage de François P*" en ^3^^^ la population de la ville s^était quelque peu accrue. M. de la Mazure affirme « que la ville de « Grâce se peuple de sorte et y afflue si grand « nombre de marchands, que chacun y désire « avoir place. »
Mais cette progression notait pas celle qu^avait rêvée François I", puisque dix ans après « il voulait encore rendre ci-après, la ville « mieux et plus abondamment peuplée et habitée (c qu^elle n^estait » (68).
Quoique le quartier Saint-François n^eût été ni tracé ni bâti avant la mission donnée en i54i, à ringénieur Bellamarto, il ne faut ^pas supposer que ce territoire, formant une presqu'île avant le creusement du bassin du Commerce, ait été entièrement inhabité avant la moitié du xvi^ siècle. Il devait y exister quelques habitations, indépendamment de la maison des Barres, qui était achevée déjà en i523.
On retrouve en efïet les traces de deux maisons antérieures à 1541 et disparues aujourd'hui; Tune est citée par M. Ch. Vesque (69), d'après un document conservé aux archives municipales du Havre, où cet historien a lu : « qu'en lySo, (( en pavant la rue Royale, on renversa une « vieille maison portant le millésime de ibij, « Elle était située près du corps de garde de la « Barrière, en face les Capucins, au coin de la rue « et du quai de la Barre. »
A l'autre extrémité de la rue Royale, à peu près sur l'emplacement actuel de la maison portant le n** 5 (70), se trouvait la maison dite du Passeur^ qui était tout à la fois une auberge et l'habitation du passeur, qui, avec sa barque,
fournissait la communication soit à travers la grande crique, soit d'une rive à l'autre du havre, c'est à dire entre le quartier de Notre-Dame et celui de la jetée du sud, ainsi que nous l'avons indiqué.
Cette maison, construire en colombage, portait sur le poteau, situé à l'angle de la rue delà Crique, deux sculptures assez grossièrement exécutées. L'une représentait une barque et un batelier pour indiquer qu'on trouvait là le passeur, et de Fautre, un homme à cheval indiquait qu'on logeait dans l'auberge du rez-de-chaussée.
Il ne faut pas s'étonner de la présence de ces deux habitations isolées, puisqu'elles se trouvaient toutes deux dans Taxe du chemin de la ville Françoise au village de Leure.
Il est difficile de savoir si cette maison du passeur existait avant la fondation de la ville de Grâce, les témoins de l'enquête de i532 n'en faisant aucunement mention ; mais, quarante ans après cette investigation, lors du procès au sujet du patronage des églises du Havre, le seigneur de Gra ville invoquait ce fait à Tappui de sa prétention (.< que de toute ancienneté il y avait « une maison bastie à usage de taverne, où les « mariniers venaient prendre leurs ratïraichisse- « ments, et que ce lieu s'appelait une crique (71).»
Cette maison, de même que les autres qui avaient été bâties dans la ville Françoise, de
i520 à i53o, était d^assez pauvre apparence, puisque, notamment en 1629, un délégué du Parlement de Rouen avait constaté que c'était plutôt des cabanes (page 47). Il faut excepter toutefois de cette appréciation , les maisons des principaux habitants, tels que MM. du Chillou et Jacques d'Estimauville.
Le Roi éprouvait déjà assez de difficultés pour recruter une population quelle qu'elle fut, sans imposer aux nouveaux propriétaires des conditions onéreuses dans Part de bâtir, comme il le fit après 1628, en fixant un minimum de 4 à 5oo livres pour la valeur des maisons appartenant aux bourgeois de cette ville.
La superficie de la majeure partie des terrains fieffés avant i532, était en moyenne de 3oo mètres carrés. Si Ton évalue au tiers de chaque propriété, la surface bâtie, occupée par Phabitation et ses dépendances, et le surplus en jardins ou chantiers, on reconnaîtra facilement que cette ville ne présentait pas une agglomération compacte de maisons, mais au contraire un village ou un faubourg de grande ville, où les terrains non bâtis, forment la plus grande étendue. Bien longtemps après la fondation de la ville, on retrouve encore la mention de jardins autour des maisons, notamment dans le titre de propriété d'une maison sise rue du Croissant, daté du i5 juillet iSiy. Cet aspect rural plutôt qu'urbain
se révélait encore par la rue du cimetière, occupant une surface d'environ 3. 5oo mètres carrés, où Ton avait planté un certain nombre d'arbres de haut jet dont Tébranchage se vendait au profit de l'église, dès l'année 1569 et postérieurement (72).
Hôtelleries. — D'ailleurs, l'existence dans la ville Françoise d'une seule boucherie (yS) et de trois hôtelleries pour une population fixe de 5 à 600 habitants, indique beaucoup plus une ville où l'on venait pour affaires, qu'un endroit agréable à habiter. La principale de ces auberges, tenue alors par Jean Delaporte, était celle de la Salamandre^ située sur le grand quai, où le délégué Jean Lesueur n'avait pu loger au mois d'avril i532, parce qu'il n'y avait point déplace, (page 5.4). La seconde, celle du Lyon d'Or^ tenue par Guillaume Larcher, était située rue St-Michel (actuellement rue de Paris, hôtel de V Aigle d'Or)^ Jean Lesueur y alla demeurer pendant son séjour au havre, qui dura une semaine. Enfin, Michault Fauquerel, témoin de l'enquête de 1 532, demeurait au havre, où il tenait aussi une hôtellerie (74).
La plus importante de ces auberges, celle de la Salamandre^ était loin d'égaler nos luxueux hôtels havrais actuels.
Voici la désignation de cet établissement, telle qu'elle existait encore en 1574 (75).
<f Un tenement de maisons et fonds d'heri-
« tage, basli en plusieurs corps de maisons, « consistant en seulles, estables aux chevaux et « autres estages etbastiments, comprenant la cour « et le jardin, le tout assis en cette dicte ville de « Grâce, tant sur le quay du dit lieu que sur (c l'arrière que tenait pour lors à louage Thomas « Alorge, hostelier, locataire, moyennant 80 « livres par an, Jean Nieulet, mercier, et Estienne « de Creteville.
« Ainsi que le tout se poursuit et pourporte (( de long en lay et de fond en comble, tenant « d'un costé, les dits quay et pavement du Roy, « d'autre costé les hoirs de Audrien Houguer, (c d'un bout, les hoirs d'un surnommé Huchon- « Guillelme Berthelot et M^ Sence Castel, et d'au- « tre bout, une ruelle ou allée, nommée l'allée « du Val, et voisine de la dite allée.
(( Comme le tout appartient à Jehan Feray, cf sieur de Vauchouquet, bourgeois, demeurant (i en la ville de Honnefleur.
Il faut croire que les gourmets auraient difficilement trouvé dans cet établissement et dans les autres semblables de quoi satisfaire leurs goûts culinaires, car un demi-siècle après, André de Brancars de Villars, nommé gouverneur du havre, voulant offrir un banquet aux autorités et aux principaux de la ville, alla à Rouen chercher un rôtisseur capable de fournir tout le
nécessaire ; il avait passé devant les notaires le curieux marché suivant (76) :
« Du 20 août 1684, André de Lyvey, rotis- « seur de Rouen, s'engage à livrer au Havre, (( pour le souper du mercredi 22 courant heure « de midi : 2 cochonnets, 4 courrieurs, 4 pance neaux, 2 levreaux, 2 marcassins, 8 perdreaux, (( 12 teurtres, 12 cailles, 4 poulets d'Inde, 2 « oisons gras, i 2 bécassines, 8 rameaux, 4 lapins <(. de garenne, 4 levreaux francs, 4 guelinotes à « fleur, I chevreuil, 4 sarcelles, 12 petits poulets, c( 1 2 pigeonneaux. Et pour le dîner du lendemain, « même quantité de viande, le tout lardé et accom- « mode prêt à mettre en broche pour le prix de (c 5o écus deux tiers. »
Si le riche ne pouvait se satisfaire au gré de son estomac, le pauvre aurait difficilement trouvé aide et assistance dans cette ville à Pétat d'embryon ; il lui aurait fallu parcourir deux ou trois lieues avant d'arriver à son but. Nous en trouvons un exemple remontant à l'année i522 : Un petit enfant avait été trouvé auprès du havre ; mais personnes n'ayant voulu s'en charger, on fut obligé de l'envoyer à l'hôpital de Montivilliers, ainsi que l'atteste un article du compte du trésorier de cet établissement, pour l'année i 622 : « Pour un petit enfant qui avait été apporté du « hable dont a esté dépensé et donné tant à ceux « qui ont cherché à qui estoit le dit enfant et pour
« le reporter que pour avoir nourri cet enfant : « dix sols (77). w
Prescriptions pour les constructions après 1541. — Cette organisation incomplète aurait sans doute duré encore longtemps si le Roi n'avait pris résolument, en 1641, le parti d'écarter le seigneur de Graville dont les représentants laissaient aller les choses au gré de chacun sans préoccupations de Tavenir.
En effet, à Torigine de la ville, les habitants avaient été laissés à leur guise, bâtissant suivant leurs caprices ou les nécessités de leur commerce. Jean de Marcelles s'était installé à l'angle de la rue dés Gallions et de la rue Saint-Jacques où est né son fils Guillaume de Marcelles. Jean Stuard, officier de la ville d'Harrieur, avait acquis un terrain rue Saint-Julien, mais il l'avait abandonné en i528. Nicolas Raoullin, écuyer, aïeul des trois victimes de Villars, était concessionnaire d'un vaste terrain rue Saint-Jacques.
François P^' voulant donner à sa ville un caractère plus monumental, avait choisi un de ces architectes de l'Italie dont on vantait avec raison l'habileté et le goût. Jérôme Bellamarto, gentilhomme toscan et noble génois « pour déco- « rer et orner la ville Françoise de Grâce, de « beaux édifices, grandes rues et maisons faites • « selon le dessin qu'il lui soumettait. »
2l6 DESCRIPTION HISTORIQUE
Bellamarto vint donc au Havre, ei dès le 5 septembre 1642, M' Sebastien de Champeaux, tabellion royal, sollicitait un terrain, pour y bâtir son habitation, de la valeur de 400 livres représentant environ 8.000 fr. (78).
Un mois après, M. de Champeaulx obtenait la cession d'un « terrain sis rue de Saintece Adresse, de neuf mètres de façade sur i3 ce mètres de profondeur. » Malgré les prescriptions imposées aux acquéreurs, on s'estimerait encore très heureux de devenir propriétaire aux mêmes conditions, puisque Ton ne payait qu'une rente de trois sols (3 francs) destinée à racquitter le terri- m toire du Havre au seigneur de Graville (79). X C^était un véritable cadeau ; aussi Guillaume de Marcelles fait observer « que le Roy n'avait voulu (( prendre ni recueillir aucun émolument pour la « cession de ces terrains. »
Les acquéreurs devaient bâtir dans le délai de 3 ans, sur toute la façade, d'après un plan visé par Bellamarto ; et à défaut de construction, le terrain retournait au Roi. Indépendamment de leur contribution aux frais de l'égout et au nivellement de la rue, les nouveaux propriétaires devaient i. contribuer aux dépenses d^une citerne ^commune. |
Si ces prescriptions avaient été exécutées, \ les vieilles maisons de notre ville ne présenteraient pas cet aspect si disparate que nous voyons aujourd'hui.
(CHAPITRE ler (pages 2 a 27)
(i) Documents sur la fondation du Havre par Stephano de Merval, iSyS, page 206. — (2) Annales maritimes, article de M. Jal, 1842. — (3) Documents sur la marine marchande au xvi° siècle, par Gosselin, 1875, p. 12. — (4) Les Navigateurs français au xvi« siècle, par Margry, 1867, p. 275. — (5) Journal d'un bourgeois de Paris, p. 60. Mémoires de la Société de l'histoire de France, — (6) Doc. S. de Merval, p. 206.
— (7) Origines du Havre, par A. Martin, t. i^"", et Histoire d'Harfleur, par Dumont et Léger. — (8) Origines du Havre, par A. Martin, t. 2, p. 20. — (9) Archives municipales de Rouen, Registre des délibérations. — (10) L'année commençait à Pâques, c'est-à-dire le 12 avril i5i7 ; les doubles dates figurent l'ancien et le nouveau calendrier. — (11) Voir sur l'orthographe de ces noms, le t. i^*" de nos Origines du Havre, p. 256. — (12) Doc. S. de Merval, p. 9. — (i3) Mémoires de G. de Marcelles, p. 5. — (14) idem, p. 12. — (i3) idem, p. 12. — (16) idem, p. 2. — (17) idem, p. 14. — (18) idem, p. 24. (19) idem, p. 24. — (20) idem, p. 3o. — (21) idem^ p. 47.
— (22) idem, p. 88. — (23) idem, p. 1 16. — (24) idem, p. 37. — (25) idem, p. 43. — (26) idem, p. 45. — (27) idem, p. 71. — (28) idem, p. 75. — (29) idem, p. 118.
— (3o) idem, p. 99. — (3i) idem, p. 93. — (32) Doc. aux Archives de Pont-Audemer, publiés par Canel dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, 1 85 1 . — (33) Doc. de Merval, p. 94. — (34) idem, p. 107. — (35) idem. p. 93. — (36) Histoire du Havre, par M. Borély, t. i^r, p. 167. — (37) Doc. de Merval, pp. 129 et 141. — (38) idem, p. i23. — (39) idem, p. 264. — (40) Mémoires de Guillaume de Marcelles,
p. 8 et Origines du Havre, par A. Martin, t. 2 p. 27. —
(41) Doc. de Merval, pp. 193, 198, 202 et 221. —
(42) idem, pp. 216, 221 et 226. — (43) idem, p. 224. — (44) Bibliothèque Nationale, Doat, vol. 117, f» 206, v» cité par M. E. de Fréville dans ses documents sur le Commerce de Rouen, t. 2 p. 408.