CONCLAVE
Cette question n'est pas rigoureusement parlant liturgique. M.iis comme elle se rattache a l'élection du chef suprême de l'Eglise catholique, nous ne pouvions nous dispenser d'entrer dans quelques détails à ce sujet. On n'est pas d'accord sur l'époque de son établissement. Quelques auteurs en fixent l'origine à un fait historique qui se passa après la mort de Clément IV. Ce pontife étant décédé à Vitrrbc en 1268. Les cardinaux ne pouvant s'entendre sur le choix deson successeur se séparèrent. Les habitants de Viterbe où celte tentative infructueuse d'élection avait eu lieu apprenant que les cardinaux se disposaient à quitter la ville sans avoir élu un nouveau pape, fermèrent les por'es de leur cité par le conseil de saint Bonaventnre et emprisonnèrent les cardinaux dans le palais en leur faisant savoirqu ils n'en sortiraient pas avant que l'élection n'eût été consommée. D'autres auteurs font remonter l'institution du conclave an pape Honorius III en Tan 1216. Les papes Innocent III et après lui Grégoire X ont réglé la forme du conclave. Anciennement il y avait quatre manières diffère ni es d'élire un pape, savoir par compromis, par adoration.parscrui in, et par accessit ou accès. Lorsque les cardinaux ne pouvaient s'entendre ils donnaient pouvoir à quatre un cinq d'entre eux d'élire un souverain pontife, el c'est ce qu'on nommait le compromis. Quand les deux tiers des membres du sacré collège étaient tombés d'accord sur le choix d'un sujet, ils allaient comme par inspiration le reconnaître chef de l'Eglise, et c'est l'adoration qu'on a aussi appelée l'inspiration. Lorsqu'au scrutin quelq ucs voix seulement manquaient pour que l'élection fût valide, les cardinaux allaient i l'accès qtii consistait en cé què ces voix étaient suppléées, séance tenante, par des billets qui portaient ces mots : Accedo al vif m. Entin lé scrutin est le seul mode d'élection depuis Grégoire XV, qui par une bulle ex-
presse l'a ainsi ordonné. Nous entrerons dans le développement de ce mode, en son lieu.
La réunion des cardinaux pour l'élection du pape peut s'opérer en tout lieu, mais ordinairement c'est à Rome dan« lo palais du Vatican attenant a l'éplisc de Saint-Pierre que s'établit le conclave. Dix jours après la mort du pape, c'esl-à-dire le lendemain du dernier jour des obsèques, novendiale cseqvir, on dit une Messe du Saint-Esprit au chœur des chanoines de Saint-Pierre, pour implorer les lumières célestes. Un prélat prononce ensuite undiscours latin dans lequel l'oraleurexhorto les cardinaux à choisir un pontife «elon lo cœur de Dieu. Après la Messe les cardinaux entrent procéssionnellemenl dansleronr/nré, deux à deux selon leur rang, pendant queleS musiciens rhantent le Yeni Creator. Quand ils sont arrivés à la chapcllt* Pauline, on fait la lecture des Bulles concernant l'élection du pape. Le doyen du sacré collège expose cnsuileà l'assemblée l'importancede l'exécution de ce qui est prescrit pnr les Bulles. Les cardinaux peuvent a Ter dîner ce jonr-là à leurs palais pourvu qu'ils rentrent, le soir, dans lo conclave a trois ou quatre heures de nuit.
Mais en quoi consiste matériellement lo conclavel on bâtit dans les appartements du Vatican autant de chambres ou cellules qu'il y a de cardinaux : ceux-ci les tirent au sort, cl chacune est marquée de son numéro. Ces cellules sont faites de bois de sapin. Elles sont modestement meublées d'une serge verte, et chaque cardinal fait mettre ses armes sur la porte de la sienne, chacune des cellules csl distribuée de manière à loger auprès du cardinal deux conclavistes, dont l'un d'épée et l'autre d église. Quelquefois, si le cardinal est prince, on lui accorde un troisième conclaviste. Ces sortes d'acolytes vont prendre à un tour destiné à cet effet les vivres du caidinal qu'ils servent à table et ils sont charges de tenir la cellule dans nnn grande propreté. Pour les usages les plus communs on emploie des valets qui portent des casaques violettes. Les conclavistes sont retélus d'une robe de chambre de même parure. Nous négligeons rie parler de quclquesaulres particularités moins importantes, telles que le cérémonial avec lequel on porte les vivres au tour, etc. Plusieurs prélats sont destinés à la surveillance de ce tour pour empêcher qu'avec les vi;:uries on n'introduise des lettres ou billets pour les cardinaux, parce que toute correspondance leur est interdite. L ne garde nombreuse est distribuée dans l'intérieur et autour du lieu où se lient le conclave. Pendant toute sa durée les diverses églises de Home font alternativement des Proei ssions autour du Vatican en chantant le Veni sancte tpiritus el des prières analogues pour attirer sur le contlav les lumières divines.
Cn maître des cérémonies parcourt tons les jours, a six heures du malin el à deux heures le soir , tout lè conclave en agitant une sonnette et en disant : Ad cnpeflam Domini. Au dernier coup, qui a lieu , pour le
malin a sept heures et pour lo soir à trois heures, chaque cardinal sort de sa (ellule accompagné de si s conclavistes, et s* rend à la chapelle Sixlinc. Au milieu de celle chapelle est une table où doivent se placer les trois scrutateur!} qui ont été lires au sort. Sur la lable est la formule du serment qui doit élrc fait par chaque cardinal avant de déposer son vole. En voici la teneur : Testor Christ um Dominum qui me judienturus est rligere quem srcundum Deum judico eligere debere, et quod idem in accessu propstabu. « Je « promets à Jésus-Christ Noire-Seigneur qui <■ doit me juger d'élire celui que je crois sc- « Ion Dieu devoir élre élu, et de faire la mémo « chose à Yaccessit. » Sur cette môme lablc est un calice destiné à recevoir les bulletins des cardinaux qui vont au scrutin. Le conrlavisle est chargé du soin de préparer ce bulletin. On plie une grande feuille de papier que Ton coupe au pli du milieu. On prend ensuite un des deux côtés qui est plié de la largeur d'un doigt, et après avoir roulé le reste du papier jusqu'à l'endroit qui est plié on le coupe au huitième pli. Ce papier étant ainsi disposé, Iecardinalécrilson nom a l'extrémité par-dessous en celte forme , par exemple: Burtholomeus cardinalis Pacca ? Cela élant fait, le conclavistc roule encore le bout de papier , jusqu'à ce qu'il ail atteint l'autre. On met ensuite sur ce troisième pli un peu de cire d'Espagne ou du pain à cacheter sur lequel on imprime deux cachets différents qui ont été faits exprès, car le cardinal ne se sert pas en celle circonstance du sceau de »cs armes. Sur les deux autres plis qui sont restés vides par le haul , le cardinal fait écrire par son conclavistc le nom du personnage auquel il donne sou suffrage : Ego tligo in s.tmmum pontificem reverendissimum et eminenlissimum dominum tneum cardinulcm Capellari, « J'élis poursoi.v^rain Ponlife le trôs- « révérend et très émincnl monseigneur le caraï diual Capellari, » ou tel autre. Les cardinaux n'écrivent point de leur main ce vole, à moins qu'ils ne sachent parfaitement déguiser leur caractère, de peur qu'on ne le reconnaisse^ ne veulent point qu'on sache à qui ils ont donne leur voix. Quand le bulletin est plié, le cardinal y fait écrire par dehors une devise, par exemple .* Spet mea, Deus. Les bulletins sont portés en ordre par les cardinaux à la table dont nous avons parlé et sont mis dans un calice destiné à cet usage. Les infirmiers vont recueillir les bulletins des cardinaux malades dans leur cellule, et ils sont déposés dans un coffret qui n'a qu'une étroite ouverture sur le couvercle. Quand les infirmiers sont retournés à la chapelle, le coffret est ouvert en présence des scrutateurs et des réviseurs , et les bulletins ainsi recueillis sont déposés dans le calice. Ensuite un des cardinaux chefs d'ordre renverse le calice sur la table et l'un des scrutateurs ouvre chacun des bulletins par l'endroit où est écrit le suffrage , puis il lit tout haul le nom qui y est porté. S'il arrive que le cardinal proposé pour la papauté réunisse les deux tiers des suffrages, il est censéélu canonique-
ment, et aussitôt on ouvre les bulletins par le bas afin de connaître les noms des cardinaux qui ont voté pour l'élection. Dans le cas contraire on brûle tous les bulletins. A ce sujet nous sera-t-il permis de rappeler une particularité? Les habitants de Rome, dans leur empressement de connaître si l'élection a élé consommée, tiennent leurs yeux atlenlifs sur la cheminée de l'appartement où les bulletins sont consumés. S'il en sort une fumée c'est pour eux le signal de l'invalidité du scrutin. Si au contraire aucune fumée ne s en échappe à l'heure où l'on pense que le scrutin doit élre terminé , il s'élève une joyeuse rumeur, et l'on attend avec impatience la promulgation du nouveau pontife.
Avant l'opération du scrutin, il se dit une Messe du Saint-Esprit. Après la Messe on fait sortir les conclavistes, et la porte de la chapelle est fermée. Puis on récite les sept Psaumes de la pénitence et les Litanies des saints, et ce n'est qu'après une aussi sainte préparation que l'on prorède au scrutin.
Lorsque le pape est élu, qu'il a accepté le pontifical cl déclaré le nom qu'il veut prendre, tous les cardinaux vont lui faire la première adoration. Le premier cardinal diacre, accompagné d'un maître des cérémonies qui porte une croix, se montre au balcon, d'où le pape donne la Bénédiction le Jeudi saint , et annonce à très-haute voix au peuple romain l'élection du nouveau pape en ces termes : Ânnuntio vobis gaudiutn magnum, habemus papam e minent issimum et reverendissimum dominum Nt qui sibi nomen elegil ut N in po$terum vocetur. « Je vous fais pari d une • grande et heureuse nouvelle : nous avons « pour pape le très-éminenl et très-révé- « rend seigneur N, qui a pris le nom de N, « par lequel il sera désigné à l'avenir. » A l'instant le château Saint-Ange tire des salves d'artillerie, auxquelles se mébï le bruit des tambours, des trompettes et des timbales. Le peuple fait entendre de joyeux applaudissements ; la porte de la chapelle est ouverte , on y f.iil entrer le maître des cérémonies, qui revêt le nouveau pape des ornements pontificaux, et les cardinaux l'adorent pour la seconde fois. Puis on le porte en Procession dans son siège pontifical, à Saint- Pierre, sur l'autel des saints Apôtres, où il csl adoré des ambassadeurs, des princes et do tout le peuple.
Nous avons puisé ces documents dans le discours qui précède le livre intitulé : Histoire des Conclaves, imprimé à Cologne, en 1705. Nous les croyons très-dignes de foi, sur l'assurance qui nous en a été donnée par des ecclésiastiques distingués qui ont été euxmêmes conclavistes dans les élections qui ont eu lieu au dix-neuvième siècle.
VAlUfcTès.
Le quinzième Ordre romain contient on paragraphe, qui en esl lel W, sous le titre de Rubriea deConclavi. On y trouve les prescriptions que nous venons de faire connaître. Cet Ordre a été écril sous le pontificat de
Grégoire XI, ce qui le fait remonter au quatorzième siècle. Nous en citerons quelques passages curieux surtout par le style de l'époque : Ilem ait una capella cujus portœ et fenestra omnes sint clauses de bono muro.-.ln hac capella omni die cardinales Missam debent audire omnes insimul, non tamen cantando, ted basse. Item in dicta capella semper débet esse corpus Christi cum candela accensa ad omnem ecentum.... Item sciendum tjxtod modernis temporibus domini cardinales debent intrare quilibet ipsorum cum presbylero et uno famulo.
Nous parlons dans l'article pape du cérémonial qui est observé pour le couronnement et l'exaltation du nouveau chef de l'Eglise.
L'histoire des conclaves fait connaître un très -grand nombre de circonstances pleines d'intérêt qui ont accompagné ces assemblées électives depuis Clément V, jusqu'à Clément XI, qui fut élu le 20 novembre 1700. On y voit clairement que, malgré les intrigues trop humaines qui se sont formées dans ces réunions solennelles , très-fréquemment l'influence du Saint-Esprit s'est manifestée en élevant sur la chaire pontificale plusieurs personnages qui semblaient en être placés à une grande distance. Ce n'est pas ici le lieu de traiter ce sujet, et nous croyons devoir nous borner aux documents qui procèdent.