POEME
Titre du 'premier chant ou du premier travail.
Victoire d'Hercule remportée sur le lion de Némée.
Deuxième mois.
Passage du Soleil au signe de la vierge, marqué par le couclier total de l'hydre céleste, appelée hydre de Leme, et dont la tête renaît le matin avec le cancer.
Deuccième travail.
Hercule défait l'hydre de Lerne, dont les têtes renaissaient; tandis qu'une écrevisse ou cancer le gêne dans son travail.
Troisième mois.
Passage du Soleil au signe de ■ la balance , à l'entrée de l'automne, fixé par le lever du centaure céleste, celui qui donna l'hospilalité à Hercule. Celte constellation est représentée aux cieux avec une outre pleine de vin , et un thyrse orné de pampres et de raisins, image des
.Troisième travail.
Hospitalité donnée à Hercule par un centaure, et combat des centaures pour un tonneau de vin; victoii'e d'Hercule sur eux; défaite d'un affreux sanglier, qui ravageait les forêts d'Erymanthe.
productions de la saison. Alors se lève le soir l'ourse céleste, appelée par d'autres le porc et l'animal d'Erymanthe.
Quatrième mois.
Passage du Soleil 'au signe du scorpion, fixé par le coucher de Cassiopée, constellation dans laquelle on peignit autrefois une biche.
Cinquième mois.
Passage du Soleil au signe du sagittaire, consacré à la déesse Diane qui avait • son temple à Stymphale, dans lequel on voyait les oiseaux stymphalides. Ce passage est fixé par le lever de trois oiseaux, le vautour, le cygne et l'aigle percé de la flèche d'Hercule.
Quatrième travail.
Triomphe d'Hercule sur une
biche aux cornes d'or, et aux
pieds d'airain , qu'Hercule prit
sur les bords de la mer où elle se reposait.
Cinquième travail.
Hercule, près de Stymphale, donne la chasse à des oiseaux, connus sous le nom d'oiseaux du lac Stymphale, lesquels sont représentés au nombre de trois dans les médailles de Périnthe.
Sixième mois.
Passage du Soleil au signe du bouc ou du capricorne, fils de Neptune suivant les uns; petitfils du Soleil suivant les autres.
Ce passage est marqué par le coucher du fleuve du verseau qui coule sous la case du capricorne, et dont la sourcee est entre les mains d'Aristée, fils du fleuve Penée.
Septième mois.
Passage du Soleil au signe du verseau, et au lieu du ciel, où se trouvait tous les ans la pleine Lune, qui servait d'époque à la célébration des jeux olympiques.
Ce passage était marqué par le vautour placé dans le ciel à côté
Sixième travail.
Hercule nettoie les étables d'Augias , fils du Soleil , ou suivant d'autres, fils de Neptune.
Il fait couler le fleuve Penée. .
Septième travail.
Hercule arrive en Elide. Il était monté sur le cheval Arion ; il amène avec lui le taureau de Crète, qu'avait aimé Pasiphaë, et qui ravagea ensuite les plaines de Marathon. Il fait célébrer les jeux olympiques qu'il institue,
de la constellation , qu'on nomme Prométliée , en même temps que le taureau céleste appelé taureau de Pasiphaë et de Marathon, culminait au méridien, au couclier du cheval Arion ou de Pégase.
et où il combat le premier; il tue le vautour de Prométhée.
Huitième mois.
Passage du Soleil aux poissons, fixé par le lever du matin du cheval, céleste, qui porte sa tête sur Aristée ou sur Je verseau, fils de Cyrène.
Neuvième mois.
Passage du Soleil au signe du bélier consaci'é à Mars, et qu'on nomme encore le bélier à toison d'or. Ce passage est marqué par le lever du navir'e Argo; par le coucher d'Andromède ou de la femme céleste et de sa ceinture ; par celui de la baleine; par le lever de Méduse , et par le coucher de la reine Gassiopée.
Dixième mois.
Le. Soleil quitte le bélier de Phryi'us, et entre sous le taureau. Ce passage est marqué par le coucher d'Orion , qui fut amoureux des Atlantides ou des Pléiades; par celui du bouvier conducteur des bœufs d'Icare; par celui du fleuve Eridan; par le lever des Atlanlides, et par celui de la chèvre, femme de Faune. •
Huitième travail.
Conquête que fait Hercule des chevaux de Diomède, fils de Cyrène,,
Neuvième travail.
Hercule s'embarque sur le vaisseau Argo , pour aller à la , conquête du bélier à toison d'or; il combat des femmes guerrières, filles de Mars , à qui il ravit une superbe ceinture ; il délivre une jeune fille exposée à une baleine ou à un monstre marin, tel que celui auquel fut exposée Andromède, fille de Gassiopée.
Dixième travail.
Hercule, après le voyage qu'il fit avec les Argonautes pour conquérir le bélier, revient en Hespérie , à la conquête 'des bœufs de Géryon; il tue aussi un prince cruel, qui poursuivait les Atlantides, et il arrive en Italie chez Faune, au lever desPléiades.
Onzième mois.
Passage du Soleil aux gémeaux indiqué par le coucher du chien
Onzième travail.
Hercule triomphe d'un chien affreux, dont la queue était un
Procyon; par le lever cosmique du grand cMen, à la suite duquel s'allonge l'hydre, et par le lever du soir du cygne céleste,
Douzième mois.
Le Soleil entre au signe du cancer, auquel répondait le dernier mois; au coucher du fleuve du Verseau et du centaure; au lever du berger et de ses moutons ; AU moment où la constellation de l'Hercule ingéniculus descend vers les régions occidentales, appelées Hespérie^ suivi du dragon du pôle, gardien des pommes du jardin dés Hespéridës, dragon qu'il foule aux pieds dans la sphère^ et qui tombe près de lui vers le couchant.
serpent, et dont la tête était hérissée de serpents; il défait aussi Cycnus ou le prince Cygne, au moment où la canicule vient brûler la terre de ses feux.
Douzième travail.
Hercule voyage en Hespérie, .pour y cueillir des pommes d'or que gardait le dragon, qui dans nos sphères est près du pôle; suivant d'autres pour enlever des brebis à toison d'or. Il se dispose à faire un sacrifice, et se revêt d'une robe teinte du sang d'un centaure, qu'il avait tué au passage d'un fleuve. Cette robe le brûle de feux; il meurt, et finit ainsi sa carrière mortelle pour reprendre sa jeunesse aux cieux, et y jouir de l'immortalité'.
Voilà le tableau comparatif des chants du poëme des douze travaux, et des aspects célestes durant les douze mois de la révolution annuelle qu'achève le Soleil, sous le nom de i'infatigahle Hercule. C'est au lecteur à juger des rapports, et à voir jusqu'à quel point le poëme et le calendrier s'accordent. Il nous suffit de dire que nous n'avons point interverti la série des douze travaux; qu'elle est ici telle que la rapporte Diodore de Sicile. Quant aux tableaux célestes, chacun peut les vérifier avec une sphère, en faisant passer le colure des solstices par le lion et le verseau, et celui des équinoxes parle taureau et le scorpion, position qu'avait la sphère à l'époque où le lion ouvrait l'année solsticiale, environ deux mille quatre cents ans avant notre ère.
Quand, même les anciens ne nous auraient pas dit qu'Hercule était le Soleil ; quand même l'universalité de son culte ne nous avertirait pas qu'un petit prince grec n'a jamais dû faire une aussi étonnante fortune dans le
monde religieux, et qu'une aussi haute destinée n'appartient point à un mortel, mais au dieu, dont tout l'univers éprouvé les bienfaits; il suffirait de bien saisir l'ensemble de tous les rapports de ce double tableau pour conclure avec la plus grande vraisemblance que le héros du poëme est le dieu qui mesure le temps, qui conduit l'année, qui règle les saisons et les mois et qui distribue la lumière, la chaleur et.la vie à toute la nature. C'est une histoire monstrueuse qui ne s'accorde avec aucune chronologie, et qui offre partout des contradictions quand on y cherche les aventures d'un homme ou d'un prince; c'est un poëme vaste et ingénieux, quand on y voit le dieu qui féconde l'univers. Tout y est mouvement, tout y est vie. Le soleil du solstice y est représenté avec tous les attributs de la force qu'il a acquise à cette époque et que contient en lui le dépositaire de la force universelle du monde ; il est revêtu de la peau du lion et armé de la massue. Il s'élance fièrement dans la carrière qu'il est obligé de parcourir par l'ordre éternel de la nature. Ce n'est pas le signe du lion qu'il parcourt, c'est un lion affreux qui ravage les campagnes qu'il va combattre ; il l'attaque, il se mesure avec lui, il l'étouffé dans ses bras et se pare des dépouilles de l'animal vaincu ; puis il s'achemine à une seconde victoire. L'hydre céleste est le second monstre qui présente un obslaele à la course du héros. La poésie la représente comme un serpent à cent têtes, qui sans cesse renaissent de leurs blessures. Hercule les brûle de ses feux puissants. Les ravages que fait cet animal redoutable, l'effroi des habitants des campa^ gnes voisines des marais qu'habite le monstre ; les horribles sifflements des cent têtes; d'un autre côté, l'air d'abord assuré du vainqueur du lion de Némée, ensuite son embarras, lorsqu'il voit renaître les lêtes qu'il a coupées, tout y est peint à peu près comme Virgile nous a décrit la victoire de ce même, héros sur le monstre Gacus. Tous les animaux célestes mis en scène dans ce poëme y paraissent avec un caractère qui sort des bornes ordinaires de
la nature; les chevaux de Diomède dévorent les, hommes, les femmes s'élèvent au-dessus de la timidité de leur sexe et sont des héroïnes redoutables dans les combats; les pommes y sont d'or ; la biche a des pieds d'airain ; le chien Cerbère est hérissé de serpents; tout jusqu'à l'écrevisse y est formidable. Car tout est grand dans la nature comme dans les symboles sacrés qui en expriment les forces diverses.
On sent quel développement un poëte a pu donner à toutes ces idées physiques et astronomiques, auxquelles durent s'en joindre d'autres, empruntées, soit de l'agriculture, soit de la géographie, soit de la politique et de la morale. Car tous ces buts particuliers entraient dans le système général des premiers poètes philosophes qui chantèrent les dieux et qui introduisirent les hommes dans le sanctuaire de la nature, qui semblait leur avoir révélé ses mystères. Que de morceaux épisodiques perdus pour nous,, et qui devaient se lier au sujet principal de chaque chant du poëme, dans lequel le génie allégorique et poétique avait la liberté de tout oser et de tout feindre? Car rien n'est impossible à la puissance des dieux ; c'est à eux seuls qu'il appartient d'étonner les hommes par l'appareil magique de leur pouvoir. Quelle carrière pour le génie que celle qui lui ouvre la nature elle-même, qui lui met sous les yeux ses plus trillants tableaux, pour être imités dans ses chants. C'était bien là véritablement l'âge d'or de la poésie, fille du ciel et des dieux. Depuis ces temps antiques, elle est bien restée audessous de cette hauteur sublime, qu'un essor hardi lui avait fait atteindre, lorsqu'elle était soutenue de toutes les forces que le génie puise dans la contemplation de l'univers ou du grand Dieu, dont les poètes furent les premiers oracles et les premiers prêtres. Quel vaste champ à nos conjectures, sur l'antiquité du monde et sur sa civilisation, quand on réfléchit que la position des cieux donnée par ces poëmes, où les constellations jouent un si grand rôle, ne nous permet pas d'en rapprocher de notre
ère les auteurs, de plus de deux mille cinq cents ans? Estce bien sur les débris du monde, sorti à peine des eaux d'un déluge, que les arts du génie planaient aussi haut?
Il est encore une conséquence que nous devons tirer dé ce tableau comparatif, qui nous a prouvé qu'Hercule n'était point un mortel élevé au rang des dieux par son courage et ses bienfaits envers les hommes, ni les événements de sa prétendue vie des faits historiques, mais bien des faits astronomiques. Cette conséquence est que le témoignage de plusieurs siècles et de plusieurs peuples en faveur de l'existence, comme hommes, des héros des différentes religions, dont la mémoire est consacrée par un culte, par des ppëmes ou des légendes, n'est pas toujours un sûr garant de leur réalité historique. L'exemple d'Hercule met cette conséquence dans toute son évidence. Les Grecs croyaient assez généralement à l'existence d'Hercule, comme à celle d'un prince qui était né, qui avait vécu et qui était mort chez eux après avoir parcouru l'univers.
On lui donnait plusieurs femmes, des enfants, et on le faisait chef d'une famille d'Héraclides ou de princes qui se disaient descendre d'Hercule, comme les Incas du Pérou se disaient descendants du Soleil. Partout l'on montrait des preuves de l'existence d'Hercule, jusque dans les traces de ses pas, qui décelaient sa taille colossale. On avait conservé son signalement, copime les chrétiens' ont la sainte face de leur dieu Soleil, Christ. Il était maigre, nerveux, basané ; il avait le nez aquilin, les cheveux crépus ; il était d'une santé robuste.
On montrait en Italie, en Grèce et dans divers lieux de la terre, les villes qu'il avait fondées, les canaux qu'il avait creusés, les rochers qu'il avait séparés, les colonnes qu'il avait posées, les pierres que Jupiter avait fait tomber du ciel, pour remplacer les traits qui lui manquaient dans son combat contre les Liguriens. Des temples, dçs statues, dés autels, des fêtes, des jeux solennels, des hymnes, des
traditions sacrées, répandues en différents pays, rappelaient à tous les G-recs les hauts faits du héros de Tirynthe, du fameux fils de Jupiter et d'Alcmène, ainsi que les bienfaits dont il avait comblé l'univers en général et en particulier les Grecs. Et néanmoins nous venons de voir que le grand Hercule, le héros des douze travaux, celuilà même à qui les Grecs attribuaient tant d'actions merveilleuses et qu'ils honoraient sous les formes d'un héros, vêtu de la peau du lion et armé de la massue, est le grand dieu de tous les peuples; ce Soleil fort et fécond qui engendre les saisons et qui mesure le temps, dans le cercle annuel du zodiaque partagé en douze divisions, que marquent et auxquelles se lient les divers animaux figurés dans les constellations, les seuls monstres que le héros du poëme ait combattus.
Quelle matière à réflexions pour ceux qui tirent un grand argument de la croyance d'un ou de plusieurs peuples et de plusieurs siècles, pour établir la vérité d'un fait historique, surtout en matière de religion, où le premier devoir est de croire sans examen. La philosophie d'un seul homme en ce cas, vaut mieux que l'opinion de plusieurs milliers d'hommes, et de plusieurs siècles de crédulité. Ces réflexions trouveront leur application dans la fable solaire, faite sur le chef des douze apôtres ou sur le héros de la légende des chrétiens, et dix-huit siècles d'imposture et d'ignorance ne détruiront pas les rapports frappants qu'a cette fable avec les autres romans sacrés faits sur le Soleil, que Platon appelle le fils unique de Dieu. Le bienfaiteur universel du monde, en quittant la peau du lion solstitial, pour prendre celle de l'agneau équinoxial du printemps, n'échappera pas k nos recherches sous ce nouveau déguisement, et le lion de la tribu de Judas sera encore le Soleil, qui a son domicile au signe du lion céleste et son exaltation dans celui de l'agneau ou du bélier printanier. Mais ne devançons pas l'instant où les chrétiens seront forcés de reconnaître leur dieu dans l'astre qui régénère la nature tous les ans, au
moment de la célébration de leur pâque. Passons aux fictions sacrées faites sur la Lune.