‹ Origins de tous les cultes; ou Religion universelle [microform]Chapitre 63 sur 64 · CHAPITRE XIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIL

Explication abrégée d'un ouvrage apocalyptique dés initiés aux mystères de la lumière et du Soleil, adoré sous le symbole de l'Agneau du printemps ou du Bélier céleste.

L'ouvragé connu sous le nom d'Apocalypèé n'a paru jusqu'ici inintelligible, que parce qu'on s'est obstiné à y voir une prédiction réelle de l'avenir, que chacun à expliquée à sa manière, et dans laquelle on a toujours trouvé ce qu'on a voulu, c'est-à-dire, toute autre chose que ce que ce livre renfermait. Newton et Bossuet ont eu besoin d'une grande gloire déjà acquise, pour qu'on ne taxât pas de folie les tentatives infructueuses qu'ils ont faites pour nous en donner l'explication. Tous deux partirent d'une hypothèse fausse, savoir que c'était un livre inspiré. Aujourd'hui' qu'il est reconnu par tous les bons esprits, qu'il n'y a pas de livres inspirés, et que tous les livres portent le caractère soit de la sagesse, soit de la sottise humaine, nous analyserons celui de l'Apocalypse, d'après les principes de la scietice sacrée, et d'après le génie bien connu de la mystàgogie des Orientaux, dont cet ouvrage est une prôductioii.

Les disciples de Zoroastre ou les mages, dont les Juifs et les chrétiens, comme nous l'avons vu dans notre chapitre sur la religion chrétienne, empruntèrent leurs principaux dogmes, enseignaient que les deux principes, Oromaze et Ahriman, chefs, l'un de lumière et de bien, l'autre de ténèbres et de mal, ayant chacun sous eux leurs génies secondaires ou anges, et leurs partisans, ou

leur peuple favori, se combattaient dans ce inonde, et détruisaient réciproquement leurs ouvrages; mais qu'à la fin le peuple d'Ahrimân serait vaincu, que le dieu de lumière et son peuple triompheraient. Alors les biens et les maux devaient retourner à leur principe, et chacun des deux chefs habiter avec son peuple, l'un dans la lumière première, et l'autre dans les ténèbres premières d'où ils étaient sortis. Il devait donc venir un temps, marqué par les destins, dit Théopompe, II Ahriman, après, avoir amené là peste et la famine, serait entièrement détruit. Alors la terre sans inégalités, devait être le séjour d'hommes heureux, vivant sous la même loi, et revêtus de corps transparents; c'est là qu'ils devaient jouir d'un bonheur inaltérable, sous l'empire d'Ormusd ou du dieu de la lumière.

Qu'on lise l'Apocalypse et l'on se convaincra que c'est là l'idée théologique qui fait la base de tout cet ouvrage. Tous les détails mystérieux qui l'enveloppent, ne sont que l'échafaudage de cet unique dogme, mis en action, et comme en spectacle dans les sanctuaires des initiés aux mystères de la lumière ou d'Ormusd. Toute cette décoration théâtrale et merveilleuse, est empruntée des images du ciel ou des constellations qui président aux révolutions du temps, et qui ornent le monde visible, des ruines duquel la baguette du prêtre va faire sortir le monde lutnineux dans lequel passeront. les initiés, ou la terre Siàinte et la Jérusalem céleste. Au milieu de la nuit, dit l'initié aux mystères d'Isis, le Soleil m'a paru briller d'une lumière éclatante, et après avoir foulé aux pieds le seuil de Proserpiné, et avoir passé à travers les éléments, je me suis trouvé eu présence des dieux.

Dans les mystères d'Êle.usis, on donnait à l'initié une jouissance anticipée de cette félicité future, et une idée de l'état auquel l'iiiitiation élevait l'âme après la mort. On faisait succéder aux ténèbres profondes, dans lesquelles oil le tenait quelque temps, et qui étaient une image de celles de cette vie, iihe lumière vive, '^qui tout à coup

l'investissait desqn éclat, et qui lui découvrait la statue, du dieu aux mystères duquel on l'initiait. Ici c'est l'Agneau qui est la grande divinité, dont l'image se reproduit dans tout cet ouvrage apocalyptique. Il est placé à la tête de la ville céleste, qui a douze divisions comme le zodiaque, dont Arles ou l'Agneau est aussi le chef. Voilà à quoi se réduit tout l'ouvrage de l'Apocalypse. Pour en comparer les traits avec ceux de la sphère, et analyser dans les détails les divers tableaux qu'il offre, il ne faut rien moijQS que l'explication que nous en donnons dans notre grand ouvrage, et que le planisphère qui y est annexé. Gepeur dant nous tracerons ici un précis de ce travail, qui suffira au lecteur pour lui donner une idée de la correspondance qui existe entre les tableaux de l'Apocalypse, et ceux du ciel et de ses divisions.

Deux choses d'abord frappent tout lecteur attentif, c'est la répétition fréquente que l'ajateur a faite dans son livre, des nombres sept et douze , nombres sacrés dans toutes les théologies, parce qu'ils expriment deux grandes divisions du monde , celle du système planétaire, et celle du zodiaque ou celle des signes, les deux grands instruments de la fatalité, et les deux bases de la science astrologique, qui a présidé à la composition de cet ouvrage. Le nombre sept y est répété, vingt-quatre fois, et le nombre douze, quatorze.

Le système planétaire y est désigné sans aucune espèce d'équivoque, par un chandelier à sept branches, ou par sept chandeliers, et par sept étoiles, que tient dans la main un génie lumineux, semblable au dieu principe de lumière, ou à Ormusd adoré par les Perses. C'était sous cet emblème que l'on figurait les sept grands corps célestes, dans lesquels se distribue la lumière incréée, et au centre desquels brille le Soleil, son principal foyer. C'est l'ange du Soleil qui, sous la forme d'un génie resplendissant de lumière, apparaît à Jean et lui découvre les mystères qu'il doit révéler aux initiés. Ce sont les écrivains juifs et chrétiens qui nous fournissent eux-mêmes l'ex-

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plîcation que nous donnons des sept chandeliers, qui n'expriment ici que la même idée cpsmogonique, indiquée par le symbole du chandelier à sept branches, placé dans le temple de Jérusalem. Clément, évêque d'Alexandrie, prétend que le chandelier k sept branches, qni était au milieu de l'autel des parfums, représentait les sept planètes. De chaque côté s'étendaient trois branches surmontées chacune d'une lampe. Au milieu était la lampe du Soleil, au centre des six autres branches, parce que cet astre, placé au milieu du système planétaire, communique sa lumière aux planètes qui sont au-dessous, et à celles qui sont au-dessus, suivant les lois de son action divine et harmonique. Josephe et Philon, deux écrivains juifs donnent la même explication.

Les sept enceintes du temple représentaient la même chose. Ce sont là aussi les sept yeux du Seigneur, désignés par les espfits, qui reposent sur la verge qui s'élève de la racine de Jessé, continue toujours Clément d'Alexandrie . On remarquera que l'auteur de l'Apocalypse dit aussi, que les sept cornes de l'Agneau sont les sept esprits de Dieu; et conséquemment qu'ils représentent le système planétaire qui reçoit son impulsion (fAries ou de l'Agneau, le premier des signes.

Dans le monument de la religion des Perses, ou de Mithra, on retrouve également sept étoiles, destinées à représenter le système planétaire ; et auprès de chacune d'elles, on voit l'attribut caractéristique de la planète que l'étoile représente. L'auteur de l'Apocalypse n'a donc fait ici qu'employer un emblème reçu, pour exprimer le système harmonique de l'univers, dans le sanctuaire duquel l'initiation introduisait l'homme, comme on peut le voir dans notre chapitre sur les mystères.

On se convaincra encore mieux de cette vérité, quand on réfléchira que ce même emblème désignait sept Églises, dont la première était Éphèse, où l'on adorait la première des sept planètes ou la Lune, sous le nom de Diane.

A la suite du système planétaire, le mystagogue nous présente le tableau- du ciel des fixes, et les quatre figures célestes qui étaient placées aux quatre angles du ciel, suivant le système astrologique.

Ces quatre figures étaient le lion, le taureau, l'horame du Verseau, et l'aigle qui partageaient tout le zodiaque en quatre parties ou de trois signes en trois signes, daiis les points de la sphère appelés fixes et solides. Les étoiles qui y répondaient s'appelaient les quatre étoiles royales. •

Dans les mystères de Mithra, outre les sept portes destinées à représenter les sept planètes, il y en avait une huitième qui répondait au ciel des fixes. Aussi l'auteur de l'Apocalypse dit qu'il vit une porte ouverte dans le ciel, et qu'on l'invita k y monter , pour voir les choses qui devaient arriver à l'avenir. Il suit de là, en partant des principes de l'astrologie, ou. de la science qui dévoile les secrets de l'avenir, que l'auteur, après avoir mis sous nos yeux le système planétaire, sous l'emblème des sept chandeliers, a dû attacher ensuite nos regards sur le huitième ciel et sur le zodiaque, qui, avec les planètes, concourt à révéler les prétendus secrets de la divination. Le mystagogue n'a rien fait ici que ce que devait faire un astrologue, qui s'annonçait comme devant dévoiler les destinées du monde, et prédire les malheurs qui menaçaient la terre, et qui étaient les avant-coureurs de sa destruction* Il établit la sphère sur les quatre points cardinaux des déterminations astrologiques, et il présente aux yeux les quatre figures qui divisaient en quatre parties égales le cercle de la fatalité. Ces figures étaient distribuées à des distances égales autour du trône de Dieu, c'està-dire du firmament, au-dessus duquel on plaçait la Divinité. Les vingt-quatre parties du temps, qui divisent la révolution du ciel^ y ' sont appelées vingt-quatre vieillards, comme le Temps lui-même, ou Saturne, a toujours été appelé.

Ces heures, prises six par six, sont aussi appelées des

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ailes, et Ton sait qûêTon en a toujours donné au Temps. Voilà pourquoi les animaux célestes, divisant le zodiaque de six heures en six heures, sont censés avoir chacun six ailes. Ces figures d*animaux, que nous trouvons placées dans le ciel des fixes, et distribuées dans le même ordre, suivant lequel l'Apocalypse les nomme, sont des figures de chérubins, les mêmes que nous voyons dans Ézéchiel. Or, les Ghaldéens et les Syriens appelaient le ciel des fixes, le ciel des chérubins; et ils plaçaient au-dessus la grande mer, ou les eaux supérieures et le ciel de cristal. L'auteur de l'Apocalypse parle donc absolument le même langage que Tastrologie orientale.

Les écrivains chrétiens justifient encore ici nos explications. Clément d'Alexandrie, entre ailtres, dit formellement que les ailes des chérubins désignaient le temps qui circule dans le zodiaque. Donc les figures du zodiaque, qui répondent exactement aux quatre divisions données par les ailes, ne peuvent être que les chérubins, à qui ces ailes sont attachées, puisque ce sont absolument les mêmes figures d'animaux. Pourquoi les chercher dans un ciel idéal, lorsqu'on les trouve dans le ciel réel, ou astronomique, le seul où l'on voie des figures d'animaux, appelés communément les animaux célestes ? L'auteur dit souvent, je vis au ciel ; eh bien, regardons avec lui au ciel.

Ces mêmes figures sont celles des quatre animaux affectés aux évangelistes. Ce sont aussi celles des quatre anges qui, chez les Perses, doivent sonner la trompette à la fin du monde. Les anciens Perses révéraient quatre étoiles principales, qui veillaient aux quatre coins du monde, et ces quatre étoiles répondaient aux quatre animaux célestes qui ont les mêmes figures que ceux de l'Apocalypse. On retrouve ces quatre astres chez les Chinois; ils y servent à désigner les quatre saisons, qùij du temps d'Iao, répondaient à ces points du ciel.

L'astrologue qui a composé l'Apocalypse n'a donc fait que répéter ce qui se trouvait dans tous les anciens livres de l'astrologie orientale.

C'est après avoir ainsi assuré sa sphère sur ses points cardinaux, qu'il ouvre le livre des destinées du monde, appelé ici allégoriquement le livre fermé de sept sceaux, et dont l'ouverture est confiée au premier des signes Arles, ou à l'Agneau.

Nonnus, dans ses Dionysiaques, se sert d'une expression à peu près semblable pour désigner le livre de la fatalité ; il l'appelle le livre des sept tablettes où étaient écrites les destinées. Chaque tablette porte le nom d'une planète. Ainsi ir est aisé de reconnaître dans le livre aux sept sceaux, le livre de la fatalité, que consulte celui qui se charge d'annoncer ici ce qui va arriver au monde. Aussi le chapitre VI", jusqu'au XP inclusivement, contient-il toutes les prédictions qui renferment la série des maux dont l'univers est menacé, tels que la guerre, la famine, lamortahlé, etc. Les traits de tous ces tableaux sont assez arbitraires et le fruit d'une imagination exaltée.

Il serait peut-être aussi difficile de les analyser, d'après les principes de la science, que de rendre raison des rêves d'un malade en délire. Au reste la doctrine des mages enseignait, qu'avant qu'Ahiman fût détruit, la peste, la famine et d'autres fléaux désolaient la terre. Les devins toscans publiaient aussi, que lorsque l'univers serait dissous pour prendre une forme nouvelle, on entendrait la trompette dans les airs, et que des signes paraît traient au ciel et sur la terre. Ce sont ces dogmes de la théologie des Perses et des Toscans, qui ont fourni la matière de l'amplification du prêtre auteur de l'Apocalypse ; voilà le canevas qu'il a brodé à sa manière dans ces six chapitres.

Dans le douzième chapitre, l'auteur porte encore ses regards sur le ciel des fixes, et sur la partie du firmament OTi est le vaisseau appelé l'Arche, sur la Vierge, sur le ÎDragon qui la suit, sur la Baleine qui se couche à son lever, sur la bête aux cornes d'agneau, ou Méduse, qui se lève à son coucher ; ce sont là les divers tableaux qu'il

met en spectacle, etqu'il enchâsse dans un cadre merveilleux et tout allégorique. Après avoir fait passer en revue la partie des constellations, qui déterminent l'époque du temps où tous les ans la nature se renouvelle, lorsque le Soleil atteint le signe de l'Agneau, l'auteur de l'Apocalypse trace une suite d'événements, dans lesquels on voit les prédictions, qu'il avait tirées du livrede la fatalité, enfin se réaliser. Tout s'exécute dans le même ordre qu'il l'a prédit plus haut.

C'est à la suite de ces fléaux, qu'arrive ïe grand jugement, fiction que nous avons trouvée dans Platon, et qui tenait k la mystagogie orientale. Dès là qu'on avait imaginé des récompenses- et des peines, il était bien naturel de supposer que la justice présiderait à cette distribution et que le grand juge traiterait chacun selon ses œuvres. Ainsi les Grecs crurent au jugement de Minos. Les chrétiens jusqu'ici n'ont rien inventé ; ils ont copié les dogmes des anciens chefs d'initiation. L'effet de ce jugement était de séparer le peuple d'Ormusd .de celui d'Ahriman, et de faire marcher chacun d'eux sous les étendards de son chef, les uns vers le Tartare, les autres vers l'Elysée ou vers le séjour d'Ormusd. C'est là le sujet des derniers chapitres, à commencer au dix-septième. Lé mauvais principe y figure, comme dans la théologie des Perses, sous la forme monstrueuse du Serpent, que prenait Ahriman dans cette théologie. 11 livre des combats au principe de bien et de lumière et à son peuple. Mais enfin il est vaincu, et précipité avec les siens dans le séjour affreux des ténèbres où il apris naissance. C'est Jupiter qui, dans Nonnus, foudroie Typhon ou Typhée, avant de rétablir l'harmonie des cieux.

Le dieu lumière vainqueur amène à sa suite son peuple et ses élus, dans le séjour de la lumière et de l'éter- , nelle félicité ; terre nouvelle, dont le mal et les ténèbres, qui régnent dans ce monde, seront à jamais bannis. Mais ce nouveau monde a encore les divisions de l'ancien ; et le nombre duodécimal, qui partageait le premier ciel, s'y

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trouve' aussi affecté âiix divisions dû nôuviel Hiiîvèrs; TAgiieau ou Aries y préside également.

C'est surtout dans cette dernière partie de rouvrâge, que l'on reconnaît l'astrologie. En effet les anciens astrologues orieiitàux avaient soumis toutes les productions dé la nature à l'influence dés signes célestes, et avaient classé les plantes, les arbres, les animaux, les pierres précieuseë les qualités élémentaires, les couleurs, etc., sous les douze animaux du zodiaque, à raison de l'analogie qu'ils croyaient y voir avec la nature des signes.

Nous avons fait imprimer dans notre grand ouvrage le tableau systématique des influences, qui exprime le rapport des causes célestes avec les effets sublunaires dans le règne animal, végétal et minéral. On y remarque douze pierres précieuses, absolument les mêmes que celles de l'Apocalypse, rangées dans le même ordre, et affectées chacune à un signe. Ainsi les signes célestes furent représentés par autant de pierres précieuses; et comme dans la distribution des mois, les signes se groupent trois par trois pour marquer les quatre saisons; dans rApocàlypse les pierres précieuses se groupent également trois par trois, dans la ville aux douze portes et aux douze fondements. Chacune des faces de la ville sacrée regardait un des points cardinaux du monde, d'après la division astrologique, qui affectait trois signes à chacun de ces points, à raison des vents qui soufflent des divers points de l'horizon, que l'on partagea en douze, ou en autant de parties que les signes. Les trois signes de l'est répondaient au printemps; ceux de Touest à l'automne, ceux du inidi à l'été, et ceux du nord k l'hiver.

Il y a, dit un astrologue, douze vents, à cause des douze portes du Soleil, par lesquelles sortent ces vents, et que le Soleil fait naître. C'est pour cela qu'Homère donne à Éole, ou au dieu des vents, douze enfants. Quant aux douze portes du Soleil, ce sont elles qui sont désignées ici sous le nom des douze portes dé la ville sacrée dû dieii

de la lumière. A chacune des portes, l'auteur place un ange ou un génie; celui qui présidait k chaque vent en particulier. On voyait à Gonstantinople une pyramide, surmontée d'une figure, qui par son mouvement retraçait les douze vents, représentés par douze jgénies ou douze images. Ce sont aussi des anges qui dans l'Apocalypse président au souffle des vents. On en voit quatre qui sont chargés des quatre vents qui partent des quatre coins de l'horizon. Ici l'horizon est partagé en douze vents; voilà pourquoi on y place douze anges, il n'y a dans tout cela que de l'astrologie, liée au système des anges et des génies, adopté parles Ghaldéens et les Perses, dont les Hébreux et les chrétiens ont emprunté cette théorie.

Les noms des douze tribus écrits sur les douze portes, nous rappellent encore le système astrologique des Hébreux, qui avaient casé chacune de leurs tribus sous un des signes célestes. Et l'on voit en effet dansla prédiction de Jacob que les traits caractéristiques de chacun de ses fils conviennent à celui des signes sous lequel les Hébreux placent la tribu dont il est chef.

Simon Joachitès, après avoir fait le dénombrement des intelligences, qu'il distribue suivant les rapports qu'elles doivent avoir avec les quatre points cardinaux, place au centre un temple saint, qui soutient tout. 11 a douze portes sur chacune desquelles est sculpté un signe du zodiaque; sur la première est le signe à'Aries ou de l'Agneau. Ce sont là, continue ce Rabbin, les douze chefs ou modérateurs, qui ont été rangés suivant le plan de distribution d'une ville et d'un camp. Ce sont les douze anges qui président à l'année et aux douze termes ou divisions de l'univers.

Psellus, dans son livre des génies bu des anges qui ont la surveillance du monde, les groupe aussi trois par trois, de manière à faire face aux quatre coins du monde.

Mais écoutons les docteurs chrétiens et les Juifs eux-

mêmes. Le savant évêque d'Alexandrie nous dit du rational, appliqué sur la poitrine du grand prêtre des Juifs, qu'il est une image du ciel ; que les douze pierres qui le composent, et qui sont rangées trois par trois sur un quadrilatère, désignent le zodiaque et Us quatre saisons^ de trois en trois mois. Or ces pierres, disposées comme celles de l'Apocalypse, sont aussi les mêmes , a quelques-unes près. Philon et Josèphe donnent une semblable explication. Sur chacune des pières, dit Josèphe, était gravé le nom d'un des douze fils de Jacob, chef des tribus; et ces pierres représentaient les mois et les douze signes, figurés dans le zodiaque. Philon ajoute que cette distribution faite trois par trois, indiquait visiblement les saisons, qui, sous chacun des trois mois, répondent à trois signes.

D'après ces témoignages, il ne nous est pas permis de douter que le même génie astrologique, qui a présidé à la composition du rational, n'ait dirigé le plan de la ville sainte, resplendissante de lumière, et dans laquelle sont introduites les élus et les fidèles disciples d'Ormusd.

On trouve aussi dans Lucien une pareille ville, destinée à recevoir les bienheureux, et dans laquelle on voit briller l'or et les pierreries qui ornaient la ville de l'Apocalypse. Il n'y a aucune différence entre ces deux fictions, si ce n'est que dans Lucien c'est la division par sept, ou le isystème planétaire que l'on a représenté, et que dans l'Apocalypse on a préféré la division par douze, qui est celle du zodiaque, à travers lequel les hommes passaient pour retourner au monde lumineux. Les manichéens, dans leurs fictions sacrées sur le retour des âmes à l'air parfait et à la colonne de lumière, figuraient ces mêmes signes par douze vases, attachés à une roue, qui en circulant élevait les âmes des bienheureux vers le foyer de la lumière éternelle. Le génie mystagogique a varié les emblèmes, par lesquels on a désigné le monde et le zodiaque; celte grande roue est le zodiaque, appelé par les Hébreux la roue des signes. Ce sont là les roues qu'Ézéchiel voit se mouvoir dans les oieux. Car les Orientaux, observe ju-

dicieusement Beausobre, sont fort mystiques, et n'expriment leurs pensées que par des symboles et des figures. Les prendre à la lettre, ce serait prendre l'ombre pour la réalité. Ainsi les mahométans désignent l'univers par, une ville qui a douze mille parasanges de tour, et dans laquelle il y a douze mille portiques ; c'est-'à-dire qu'ils emploient la division millésimale, dont les Perses font usage dans la fable de la création pour représenter le temps ou la fameuse période que se partagent entre eux. les deux principes. Ces fables se retrouvent partout.

Les peuples du Nord parlent aussi de douze gouverneurs, chargés de régler ce qui concerne l'administration de la ville céleste. Leur assemblée se tient dans la plaine nommée Ida, qui est au milieu de la résidence divine. Ils siègent dans une salle où il y a douze trônes, outre celui que le 'père universel occupe. Cette salle est la plus grande et la plus magnifique du monde. On n'y voit que de l'or au dehors et au dedans; on la nomme séjour de la joie. A l'extrémité du ciel est la plus belle de toutes les villes; on l'appelle Gimle, elle est plus brillante que le Soleil même. Elle subsistera encore après la destruction du ciel et de la terre ; les hommes bons et intègres y habiteront pendant tous les âges.

On remarque dans les fables sacrées de ces peuples, comme dans l'Apocalypse, un embrasement du monde actuel, et le passage des hommes à un autre monde dans lequel ils doivent vivre. On voit, à la suite de plusieurs prodiges, qui accompagnent cette grande catastrophe, paraître plusieurs demeures, les unes agréables, les autres affreuses. La meilleure de toutes, c'est GimZe.L'Edda parle comme l'Apocalypse, d'un ciel nouveau et d'une terre nouvelle. «. Il sortira, dit-il, de la mer une autre terre belle et agréable, couverte de verdure et de champs où le grain croîtra de lui-même et sans culture. Les maux seront bannis du monde. » Dans la Voluspa, poëme des Scandinaves, on y voit aussi, le

grand dragon de l'ApocalypBe, que le fils d'Odin^ ou lé dieu Thor, attaqué et tue. a Aloïs le Soleil s'éteint ; la terré se dissout dans la mer ; là flamme dévorante atteint toutes les iornés de la Création et s'élance vers le ciel. Maiâ du sein des flots, dit la prophé-' tesse, je vois sortir une nolivelle terre habillée de ver^ dure. On voit des moissons mûres, (Ju'on n'avait pas semées. Le mal disparaît. A Giinle^ je vois une demeure couverte d'ôr, et plus brillante que le Soleil j là habitent des peuples vertueux j et leur bonheur n'aura pas de fin. » Je ne pense pas qu'on soit tenté de croire inspirée par Dieu cette prophétesse des Scandinaves ; pourquoi regarderait^ on davantage comme inspiré l'âutéilr de la prophétie dés chrétiens de Phrygie, ou de la révélation du prophète Jean? car ce sont absolument lès mêmes idées mystagôgiques, que nous aVons vues consacrées dans la théologie dés mages, dont Théûpompe nous a donné un précis longtemps avant qu'il y eût des chrétiens.

Nous avons un morceau précieux de Cette théologie dans le vingt-quatrième discours de Dion Ghrysostome, où le système dé l'embrasement du monde et de sa réorganisation, est décrit sous lé voile de l'allégorie. On y remarque le dogme de Zénon et d'Heraclite sur la transfusion ou sur la métamorphose des éléments l'un dans l'autre, jusqu'à ce que l'élemeiit du feu vienne à bout de tout convertir en sa naturoi Gé système est celui des Indiens, chez qUi Vischiiou fait tout rentrer dans sa substance, poui* en tirer ensuite un nouveau monde. Dans tout cela, oh ne voit rien de surprenant ni d'inspiré, mais toiit simplement une opinion philosophique^ comme tant d'autres. Pourquoi la regarderait-on chez nous Comme une vérité révélée ? est -Ce parce qu'elle sô trouvé dans Un livre réputé sacré? Cette fiction, dâïis Dion Ghrysostoine, est révêtue d^imagès àtissi inerveilleusés que celles de l' Apocalypse. Ghactih des élémëiits est représenté ^ar Un cheVâl, qui porte le nom dé cheval du diëû qui présidé à l'élémeïit. Lé premier cheval àp-'

DE TOUS LÉS CULTES. Zl^

piartiênt k l' élément du feu éther, appelé Jupiter; il est supérieur aux trois autres, comme le feu, qui occupe lia, place la plus élevée dans l'ordre des éléments. Ce cheval est ailé et le plus rapide de tous. Il décrit le cerclé le plus grand,- celui qui embrasse tous lés autres. Il brille de la lumière la plus pure, et sur son corps Sont les images du Soleil et de la Luné, et dés astres qui sont placés dans la région éthérée. Ce cheval est le plus bèaii de tous et singulièrement aimé de Jupiter. L'Apocalypse a aussi ses chevaux dont chacun est distingué par sa couleur.

Il en est un second, qui vient immédiatement après lui, et qui le touché dé plus près. C'est celui de JunoU, c'est-à-dire de l'air. Car Junon est souvent prise pour l'air, auquel cette déesse préside. Il est inférieur en force et en vitesse au premier, et décrit un cercle intérieur et plus étroit. Sa couleur est noire naturellement, mais la partie exposée au Soleil devient lumineuse, tandis que celle qui est dans l'ombre conserve sa teinte naturelle. Qui ne reconnaît pas à ces traits l'air, qui pendant le jour est lumineux, et ténébreux la nuit?

Le troisième cheval est consacré à Neptune ou au dieu des eaux. Il est encore plus pesant dans sa marche que le second.

Le quatrième est immobile. On l'appelle le cheval de Testa. Il reste en place, mordant son frein. Les deux plus voisins s'appuient contre lui en s'inclinant dessus. Le plus éloigné circulé autour, comme autour de sa borne. Il sufKt de remarquer ici que Vésta est le nom que Platon donne à la terre et au feu central qu'elle contient. Il la représente aussi immobile au milieu du monde. Ainsi la terre, placée au centre, voit s'élever audessus d'elle trois couches concentriqiies d'éléments, dont la vitesse est en raison inverse de leur densité. Le plus subtil, comme le plus rapide, c'est l'élément du feu, figuré par le premier cheval; le plus pesant est la terre, stable et fixé au centre du monde et figurée par un cheval immôbiléj autour duquel tournent les trois autres

dans des distances et des vitesses, qui vont en croissant ci proportion de leur distance au centre. Ces quatre chevaux, malgré la différence de leur tempérament,, vivent en bonne intelligence ; expression figurée, qui énonce ce principe si connu des philosophes, que le monde se soutient par ia concorde et par l'harmonie . des éléments.

Cependant, après bien des tours, le souffle vigoureux et chaleureux du premier cheval tombé sur les autres et surtout sur le dernier : il brûle sa crinière et toute la parure, dont il semblait s'enorgueillir. C'est cet événement, disent les mages, que les Crées ont chanté dans la fable de Phaéton; nous l'avons expliquée dans notre grand ouvrage.

Plusieurs années après, le cheval de Neptune, s'agitant très-fortement, se couvrit d'une sueur qui inonda le cheval immobile attelé près de lui. C'est le déluge de Deucalion, que nous avons aussi expliqué.

Ces deux fictions expriment un dogme philosophique des anciens, qui disaient que l'incendie du monde arrivait quand le principe du feu était dominant, et le déluge, quand le principe de l'eau devenait surabondant. Ces désastres néanmoins n'entraînaient pas la destruction totale du monde.

Il était une autre catastrophe bien plus terrible, et qui amenait la destruction universelle de toutes choses. C'était celle qui résultait de la métamorphose ou de la transmutation des quatre chevaux l'un dans l'autre, ou, pour parler sans figure, de la transfusion des éléments entre eux, jusqu'à ce qu'ils se fondissent tous dans une seule nature, en cédant à l'action victorieuse du plus fort. Les mages comparent encore à un attelage de chars ce dernier mouvement. Le cheval de Jupiter, étant le plus vigoureux, eonsume les autres, qui sont, k son égard, comme s'ils étaient de cire, et il fait rentrer en lui toute leur substance, étant lui-même d'une nature infiniment meilleure. Après que la substance unique s'est étendue et raréfiée, de manière à reprendre toute la pureté de sa

nature primitive, elle tend alors à se réorganiser et à reproduire les trois autres natures ou éléments, d'où se compose un nouveau monde, d'une forme agréable, et qui a toutes les grâces et la fraîcheur d'un ouvrage neuf. Voilà le précis de cette cosmogonie, dont nous donnons une explication détaillée dans notre manuscrit des cosmogonies comparées, qui est depuis longtemps prêt à être imprimé, II n'est donc pas étonnant de voir- reproduit sous d'autres formes, dans les diverses sectes religieuses, ce dogme philosophique d'un monde détruit et renouvelé, et remplacé par un meilleur ordre de choses. C'est ce dogme qui fait la hase de la quatrième églogue de Virgile, et des fictions des Indiens sur le retour de l'âge d'or. On le retrouve dans le troisième livre des questions naturelles de Sénèque.

Dans la théologie des Indiens, écrite absolument dans le même style que ce morceau de la théologie des mages, on suppose qu'après la destruction totale de l'univers, Dieu, qui était resté comme une flamme ou même une lumière, voulut que le monde reprît son premier état, et il procéda à la reproduction des êtres. Nous ne suivrons pas plus loin lé parallèle de toutes ces opinions philosophiques, que chacun des mystagogues a rendues à sa manière! Nous nous bornons à cet exemple, qui suffit pour nous donner une idée du génie allégorique . des anciens sages de l'Orient, et pour justifier l'usage que nous avons fait des dogmes philosophiques qui nous sont connus, pour découvrir le sens de ces fictions monstrueuses de lamystagogie orientale. Cette manière d'instruire les hommes, ou plutôt de leur en imposer, sous prétexte de les instruire, est aussi éloignée . de nos mœurs que l'écriture hiéroglyphique est différente de notre écriture, et que le style de la science sacrée l'est de celui de la philosophie de nos jours. Mais tel était le langage que l'on tenait aux initiés, dit l'auteur de la cosmogonie phénicienne, afin d'exciter par là l'étonnement et l'admiration des mortels. C'est ce même génie,

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comme nous l'avons vu, qui a présidé à la rédaction des premiers chapitres de la Genèse, et qui a créé la fahle de l'arbre des deux principes, ou de l'arbre de la science du bien et du mal, et celle du fameux serpent, qui introduit dans le monde un mal qui ne peut être réparé que par l'Agneau.

Le but de la fiction apocalyptique était non-seulement d'exciter l'étonnement des initiés aux mystères de l'Agneau, mais encore d'imprimer la terreur dans le cœur de tous ceux qui ne seraient pas fidèles aux lois de l'ini- .tiation. Gàr toutes les grandes fables sacerdotales, cellqs du Tartare, des déluges, de la fin du monde, etc., ont eu ce but. Les prêtres ont voulu gouverner le monde par. la peur. On a armé toute la nature contre l'homme, il n'y a aucun phénomène qui n'ait été un signe ou un eû'et de la colère des dieux. La grêle, le tonnerrq, l'incendie, la peste, etc., tous les fléaux qui affligent notre triste humanité, ont été regardés comme autant de coups de la vengeance divine, qui frappe les générations coupables. L'incendie de Sodome est présenté comme une punition des crimes de ses habitants. Les Arabes ont des tribus, qu'ils appellent perdues, parce qu'elles n'ont pas obéi à la voix des prophètes. La fameuse Atlantide, qui n,'a peutêtre existé que dans l'imagination des prêtres d'Egypte, ne fut submergée que parce que les dieux voulurent punir les crimes de ces insulaires. Les Japonais ont aussi la fiction de leur île Maury, également submergée par une suite de la vengeance divine. Mais c'est surtout du dogme philosophique sur la transmutation des éléments, qu'on a le plus abusé, sous le nom de. fin du monde. Car tout a paru bon aux prêtres pour effrayer les hommes, et pour les tenir dans leur dépendance. Quoi^ que jamais cette meuace ne dût se réaliser, on la craignait toujours, et c'était assez. Il est vrai que» les hommes n'en devenaient guère meilleurs. Si par hasard on osait fixer l'époque de cette catastrophe, on en était quitte pour la remettre à. un autre temps, et le peuple

n'en était pas moins dupe ; car tel est toujours son sort, quand il s'abandonne aux prêtres. De là ces frayeurs perpétuelles, dans lesquelles on le tint durant les premiers siècles de l'Église, et ces funestes craintes de la fin du monde, que l'on croyait toujours prochaine; on la remit ensuite au onzième siècle ou à l'an mille de l'ère des chrétiens. On a, jusque dans les derniers sièles, réveillé cette chimère, qui n'effraye plus personne;, pas même sous la forme de comète, que de nouveaux charlatans lui ont donnée. C'est à la philosophie, aidée de l'érudition, à dévoiler l'origine de ce'& fables, à analyser ces récits merveilleux, et à en marquer surtout le but. C'est ce que nous avons fait dans cet ouvrage.

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