CHAPITRE ni
L'Univers animé et intelligent.
Avant de passer aux applications de notre système et aux résultats qu'il doit donner, il est bon de considérer dans l'univers, tous les rapports sous lesquels les anciens l'ont envisagé.
34 t)B L'ORIGINE
Il s'en faut de beaucoup qu'ils n'aient vu dans le monde, qu'une machine sans vie et sans intelligence, mue par une force aveugle et nécessaire. La plus grande et plus saine partie des philosophes ont pensé que l'univers renfermait éminemment le principe de vie et de mouvement que la nature avait mis en eux, et qui n'était en eux que parce qu'il existait éternellement en elle, comme dans une source abondante et féconde, dont les ruisseaux vivifiaient et animaient tout ce qui a vie et intelligence. L'homme n'avait pas encore la vanité de se croire plus parfait que le monde, et d'admettre dans une portion infiniment petite du grand tout, ce qu'il refusait au grand tout lui-même, et dans l'être passager, ce qu'il n'accordait pas à l'être toujours subsistant.
Le monde paraissait animé par un principe de vie*qui circulait dans toutes ses parties, et qui le tenait dans une activité éternelle. On crut donc que l'univers vivait comme l'homme et comme les autres animaux, ou plutôt que ceux-ci ne vivaient que parce que l'univers essentiellement animé, leur communiquait, pour quelques instants une infiniment petite portion de sa vie immortelle, qu'il versait dans la matière inerte et grossière des corps subr lunaires. Venait-il à la retirer à lui, l'homme et l'animal mouraient, et l'univers seul toujours vivant, circulait autour des débris de leurs corps par son mouvement perpétuel, et organisait de nouveaux êtres. Le feu actif ou la substance subtile qui le vivifiait lui-même^ en s'incorporant à sa masse immense, en était l'âme universelle. C'est cette doctrine qui est renfermée dans le système des Chinois, sur l'Yang et sur ITn, dont l'un est la matière céleste, mobile et lumineuse, et l'autre la matière terrestre, inerte et ténébreuse, dont tous les corps se com- ' posent.
C'est le dogme de Pythagore, contenu dans ces beaux vers du sixième livre de l'Enéide, oîi Anchise révèle à son fils' l'origine des âmes, et le sort qui les attend après la mort.
« Il faut ,que vous sachiez, lui dit-il, ô mon fils, que le ciel et la terre, la mer, le"globe brillant de la Lune, et tous les astres, sont mus par un principe de ^ie interne, qui perpétue leur existence ; qu'il est une grande âme intelligente, répandue dans toutes les parties du vaste corps de l'univers, qui se mêlant à tout, l'agite d'un mouvement éternel. C'est cette âme qui est la source de la vie de l'homme, de celle des troupeaux, de celle des oiseaux, et de tous les monstres qui respirent au sein des mers. La force, vive qui les anime, émane de ce feu éternel, qui brille daiis les cieux, et- qui, captif dans la matière grossière des corps, ne s'y développe qu'autant que le permettent les diverses organisations mortelles, qui émoussent sa force et son activité. A la mort de chaque animal^ ces germes de vie particulière, ces portions du souffle universel retournent à leur principe, et à leur source de vie qui circule dans la sphère étoilée. »
Timée de Loores, et après lui Platon et Proclus, ont fait un traité sur cette âme universelle, appelée âme du monde, qui, sous le nom de Jupiter, subit tant de métamorphoses dans la mythologie ancienne, et qui est représentée, sous tant de formes empruntées des animaux" et des plantes, dans le système des Egyptiens. L'univers fut donc regardé comme un animal vivant, qui communique sa vie à tous les êtres qu'il engendre par sa fécondité éternelle.
Non-seulement il fut réputé vivant, mais encore souverainement intelligent, et peuplé d'une foule d'intelligences partielles, répandues par toute la nature, et dont la source était dans son intelligence suprême et immortelle.
Le monde comprend tout, dit Timée; il est a;nimé et doué de raison ; c'est ce qui a fait dire à beaucoup de philosophes, que le monde était vivant et sage.
Gléanthe, qui regardait l'univers comme dieu, ou comme la cause universelle et improduite de tous les effets, donnait une âme et une intelligence au monde ; et
c'était à cette âme intelligente qu'appartenait proprement la divinité. Dieu, suivant lui, établissait son principal siège dans la substance éthérée, dans cet élément subtil et lumineux, qui circule avec abondance autour du firmament, et qui de là se répand dans tous les astres, qui par cela même partagent la nature divine.
Dans le second livre de Gicéron, sur la nature des dieux, un des interlocuteurs s'attache à prouver par plusieurs arguments, que l'univers est nécessairement intelligent et sage. Une des principales raisons qu'il en apporte c'est qu'il n'est pas vraisemblable que l'homme, qui n'est qu'une infiniment petite partie du grand tout, ait des sens et de l'intelligence, et que le tout lui-même, d'une nature bien supérieure à celle de l'homme, en soit privé. « Une même sorte d'âmes, dit Marc-Aurèle, a été distribuée à tous les animaux, qui sont sans raison,- et un esprit intelligent à tous les êtres raisonnables. De même que tous les corps terrestres sont formés d'une même terre, de même que tout ce qui vit et tout ce qui respire, . ne voit qu'une même lumière, ne reçoit et ne rend qu'un même air ; de même il n'y a qu'une âme, quoiqu'elle se distribue en une infinité de corps organisés; il n'y a qu'une intelligence, quoiqu'elle semble se partager. Ainsi, la lumière du soleil est une, quoiqu'on la voie dispersée sur les murailles, sur les montagnes, sur mille objets divers. »
Il résulte de ces principes philosophiques, que la matière des corps particuliers, se généralise en une matière universelle, dont se compose le corps du monde; que les âmes et les intelligences particulières se généralisent en une âme et en une intelligence universelle, qui meuvent et régissent la masse immense de matière, dont est formé le corps du monde. Ainsi, l'univers est un vaste corps mû par une âme, gouverné et conduit par unie intelhgence, qui ont la même étendue et qui agissent dans toutes ses parties, c'est-à-dire, dans tout ce qui existe, puisqu'il n'existe rien hors l'univers, qui est l'assemblage de toutes choses. Réciproquement, de même que la matière uni-
verselle se partage en une foule innombrable de corps particuliers sous des formes variées, de même la vie ou l'âme universelle, ainsi que l'intelligence, se divisant dans les corps y prennent un caractère de vie et d'intelligence particulière, dans la multitude infinie de vases divers qui les reçoivent. Telle la masse immense des eaux, connue sous le nom d'océan, fournit par l'évaporation les diverses espèces d'eaux qui se distribuent dans les lacs, dans les fontaines, dans les rivières, dans les plantes, dans tous les végétaux et les animaux où circulent les fluides, sous des formes et avec des qualités particulières, pour rentrer ensuite dans le bassin des mers, où elles se confondent en une seule masse de qualité homogène. Voilà l'idée que les anciens eurent de l'âme ou de la vie et de l'intelligence universelle, sources de la vie et des intelligences distribuées dans tous les êtres particuliers, à qui elles se communiquent par des^ milliers de canaux. C'est de cette source féconde que sont sorties les intelligences innombrables placées dans le ciel, dans le Soleil, dans la Lune, dans tous les astres, dans les éléments, dans la terre, dans les eaux, et généralement partout, où la cause universelle semble avoir fixé le siège de quelque action particulière, et quelqu'un des agents du grand travail de la nature. Ainsi se composa la cour des dieux qui habitent rOlyrnpe ; celles des divinités de l'air, de la mer et de la terre ; ainsi s'organisa le système général de l'administration du monde, dont le soin fut confié à des intelligences de différents ordres et de dénomination différente, soit dieux, soit génies, soit anges^ soit esprits célestes, héros, ireds, azes, etc.
Rien ne s'exécuta plus dans le monde par des moyens physiques, par la seule force de la matière et par les lois du mouvement ; tout dépendit de la volonté et des ordres d'agents intelligents. Le conseil des dieux régla le destin des hommes, et décida du sort de la nature entière soumise à leurs lois, et dirigée par leur sagesse. C'est sous cette forme que se présente la théologie chez tous les.
38 DE L'GHIGINE
peuples qui ont eu un culte régulier et des théogonies raisonnées. Le sauvage encore aujourd'hui place la vie partout où il. voit du mouvement, et rintèlligence dans toutes les causes dont il ignore le mécanisme, c'est-àdire, dans toute la nature. De Ik, l'opinion des astres animés et conduits par . des intelligences ; opinion répandue chez les Chaldéèns, chez les Perses, chez les G-recs et chez les Juifs et chez les chrétiens. Car ces derniers ont placé des anges dans chaque astre, chargés de conduire les corps célestes et de régler le mouvement des sphères.
Les Perses ont aussi leur ange Chur, qui dirige la course du soleil ; et les Grecs avaient leur Apollon qui avait son siège dans cet astre. Les livres théologiques des Perses parlent de sept grandes intelligences sous le nom d'Amschaspands, qui forment le cortège du dieu de la lumière, et qui ne sont que les génies des sept planètes. Les Juifs en ont fait leurs sept archanges, toujours présents devant le Seigneur. Ce sont les sept grandes puissances qu'Avenar nous dit avoir été préposées par Dieu au gouvernement du monde, ou les sept anges chargés de conduire les sept planètes ; elles répondent aux sept ousiarques, qui, suivant la doctrine de Trismégiste, président aux sept sphères. Les Arabes, les Mahométans, les Gophtes les ont conservées. Ainsi chez les Perses, chaque planète est surveillée par un génie placé dans Une étoile fixe; l'astre Taschter est chargé de la planète tir ou de Mercure qui est devenu l'ange tinel, que les Gaballistes appellent l'intelligence de Mercure ; Haftorang est l'astre chargé de la planète Beliram ou de Mars, etc. Les noms de ces astres sont aujourd'hui les noms d'autant d'anges chez les Perses modernes.
Au nombre sept des sphères planétaires, on a ajouté la sphère des fixes, et le cercle de la terre ; ce qui a produit le système des neufs sphères. Les Grecs y attachèrent neuf intelligences, sous le nom de Muses, qui par leurs chants formaient l'harmonie universelle du monde. Les
GhàldéenS et les Juifs y plaçaient d'âtitrés intelligences, gôtïs le nom de chérubins, et de séraphins, etc., au nombre de neuf choeurs, qui réjoùissâîent l'Éternel par leurs concerts.
Les Hébreux et les chïétiens admetteiit quatre aîiges, chargés de garder lés quatre coins du moiide. L'astrologie avait accordé cette surveillance à quatre plantes; les Perses à quatre grandes étoiles, placées aux quatre points cardinaux du ciel.
Les Indiens ont aussi leurs génies, qui président aux diverses régions du monde. Le système astrologique avait soumis chaque climat, chaque ville, à l'influence d'un astre. On y substitua son ange, ou l'intelligence qui était censée présider à cet astre et en être l'âme. Ainsi les livres sacrés des Juifs admettent un ange tutélaire de la Perse, un ange tutélaire. des Juifs.
Le nombre de douze ou celui des signes donna lieu d'imaginer douze grands anges gardiens du monde, dont Hyde nous a conservé les noms. Chacune dès divisions de temps en douze mois eut son ange, ainsi que lés éléments. 11 y a aussi des anges qui président aux trente jours' de chaque mois. Toutes les choses du monde, suivant les Perses, sont administrées par des anges; et cette doctrine remonte chez eux à la plus haute antiquité.
Lés Basilidiens avaient leurs trois cents soixante anges, qui préisdaient aux trois cents soixante cieux qu'ils avaient imaginés. Ce sont les trois cent soixante Êons des gnostiques.
L'administration de l'univers fut partagée entre Cette foule d'intelligences soit anges, soit izeds, soit dieux, héros, génies, gines, etc. ; chacune d'elles était chargée d'un certain département ou d'une fonction particuhère : le froid, le chaud, la pluie, la sécheresse, les productions des fruits de la terre, la multiplication des troupeaux, les àrts^ les opérations agricoles, etc., tout fut £ôus l'inspection d'un ange.
Bad, chez les Perses, est le nom de l'ange qui préside aux ventes. Mordad, est l'ange de la mort. Anitran préside aux noces. Pervardin est le nom de l'ange de l'air et des eaux. Gurdat, le nom de l'ange de la terre et de ses fruits. Cette théologie a passé chez les chrétiens, Origène parle de l'aDge de la vocation des Gentils, de l'ange de la grâce. Tertullien, de Fange de la prière, de l'ange du baptême, des anges du mariage, de l'ange qui préside à . la formation du fœtus. Chrysostome et Basile célèbrent l'ange de la paix. Ce dernier dans sa liturgie lait mention de l'ange du jour. On voit que les pères de l'Eglise ont copié le système hiérarchique des Perses et des Ghaldéens.
Dans la théologie des Grecs, on supposait que les dieux avaient partagé entre eux les différentes parties de l'univers, les différents arts, les divers travaux. Jupiter présidait au ciel, Neptune aux eaux, Pluton aux enfers, Vuloaia au feu, Diane kla chasse, Gérés à la terre et aux moissons, Bacchus aux vendanges. Minerve aux arts et aux diverses fabriques. Les montagnes eurent leurs Oréades, les fontaines leurs Naïades," les forêts leurs Dryades et leurs Hamadryades. C'est le même dogme sous d'autres noms, et Origène chez les chrétiens professe la même opinion, lorsqu'il dit : « J'avancerai hardiment qu'il y a des vertus célestes, qui ont le gouvernement de ce mondé; l'une préside à la terre; l'autre aux plantes ; telle autre aux fleuves et aux fontaines ; telle autre à la pluie, aux vents. » L'astrologie plaçait une partie de ces puissances dans les astres ; ainsi les Hyades présidaient aux pluies, Orion aux tempêtes, Sirius aux grandes chaleurs, le Bélier aux troupeaux, etc. Le système des anges et des dieux qui se distribuent entre eux les diverses parties du monde, et les différentes opérations du grand travail de la nature, n'est autre chose que l'ancien système astrologique, dans lequel les astres exerçaient les mêmes fonctions, qu'ont depuis remplies leurs anges ou leurs génies.
Proclus fait présider une Pléiade à chacune des sphères r'Geleno préside à la sphère de Saturne, Steropé à celle de Jupiter, etc. , dans l'Apocalypse ces mêmes Pléiades sont appelées sept anges, qui frappent le monde des sept dernières plaies.
Lès habitants de l'île de Thulé adoraient des génies ' célestes, aériens, terrestres; ils en plaçaient aussi dans les eaux, dans les fleuves et les fontaines.-
Les Sintovistes du Japon révèrent des divinités distribuées dans les étoiles, et des esprits qui président aux éléments, aux plantes, aux animaux, aux divers événements de la vie.
Ils ont leurs Udsigami, qui ont les divinités tutélaires d'une province, d'une ville, d'un village, etc.
Les Chinois rendent un culte aux génies placés dans le Soleil et dans la Lune, dans les planètes, dans les éléments, et à ceux qui président à la mer, aux fleuves, aux fontaines, aux bois, aux montagnes, et qui répondent aux Néréides, aux Naïades, aux Dryades et aux autres nymphes de la théogonie des Grecs. Tous ces génies, suivant les lettrés, sont des émanations du grand Comble, c'està-dire du ciel, ou de l'âme universelle qui le meut.
Les Chen, chez les Chinois de la secte de Tao, composent une administration d'esprits ou d'intelligences rangées en difi"érentes classes, et chargées de différentes fonctions dans la nature. Les unes ont inspection sur le Soleil, les antres sur la Lune; celles-ci sur les étoiles, celles-là sur les vents, sur la pluie, sur la grêle ; d'autres sur le temps, sur les saisons, sur les jours, sur les nuits, sur les heures.
Les Siamois admettent, comme les Perses, des anges qui président aux quatre coins du monde ; ils placent sept classes d'anges dans les sept cieux : les astres, les vents, la pluie, la terre, les montagnes, les villes, sont sous la surveillance d'anges ou d'intelligences. Ils en distinguent de mâles et de femelles ; ainsi l'ange gardienne de la terre est femelle.
C'est par une suite du dogme fondamental qui place Dieu dans l'âme universelle du monde, dit Dow, âme répandue dans toutes les parties de la nature, que les Indiens ré-^ vèrent les éléments et toutes les grandes parties du corps de l'univers, comme contenant une portion de la divinité,. C'est là ce qui a donné naissance dans le peuple, au culte des divinités subalternes. Car les Indiens dans leurs ve-; dams, font descendre la divinité ou l'âme universelle dans toutes les parties de la matière. Ainsi ils admettent, outre leur trinité ou triple puissance, une foule de divinités intermédiaires, des anges, des génies, des patriarches, etc. Ils honorent Vayoo, dieu du vent ; c'est l'Éole des Grecs; Agni, dieu du feu; Varoog, dieu de l'océan; Sasanko.dieu de la Lune ; Prajapalée, dieu des nations : Cubera, prér side aux richesses, etc.
Dans le système religieux des Indiens, le Soleil, la Lune et les astres sont autant de dewalas ou de génies. Le monde a sept étages dont chacun est entouré de sa mer, et a son génie ; la perfection de chaque génie est graduée comme celle des étages. C'est le système des anciens Ghaldéens, sur la grande mer ou firmament, et sur les divers cieux habités par des anges de différente nature, et composant une hiérarchie graduée.
Le dieu Indra, qui chez les Indiens préside à l'air et au vent, préside aussi au ciel inférieur et aux divinités , subalternes, dont le nombre se monte à trois cent trentedeax millions ; ces dieux subalternes se sous-divisent en différentes classes. Le ciel supérieur a aussi ses divinités ; Adytya conduit le Soleil ; Nishagara, la Lune, etc.
Les Chingualais donnent à la divinité des lieutenants ; toute l'île de Ceylan ' est remplie d'idoles tutélaires des villes et des provinces. Les prières de ces insulaires ne s'adressent pas directement à l'Être suprême, mais à ses lieutenants, et aux dieux inférieurs, dépositaires d'une partie de sa puissance.
Les Moluquois ont leur Nitos, soumis à un chef supérieur, qu'ils appellent Lanthila ; chaque ville , chaque
bourg, chaque cabane, a son Nitos, ou sa divinité tufé- ^ laire ; ils donnent au génie de l'air le nom de Lanitho.
Aux îles Philippines, le culte du Soleil, de la Lune et des étoiles est accompagné de celui des intelligences subalternes, dont les unes président aux semences, les autres à la pêche, celles-ci aux villes, celles-là aux monta-^ gnes, etc.
Les habitants de Fîîe de Formose, qui regardaient le Soleil et la Lune comme deux divinités supérieures, ima^ ginaient que les étpiles étaient des demi-dieux ou des divinités inférieures.
Les Parsis subordonnent au dieu suprême sept ministres, sous lesquels sont rangés vingt-six autres, qui sa partagent le gouvernement du monde. Ils les prient d'intercéder pour eux dans leurs besoins, comme étant médiateurs entre l'homme et le dieu suprême.
Les Sabéens plaçaient entre le dieu suprême, qu'ils qualifiaient de seigneur des seigneurs, des anges qu'ils appelaient des médiateurs.
Les insulaires de l'île de Madagascar, outre le dieu souverain, admettent des intelligences chargées de mouvoir et de gouverner les sphères célestes ; d'autres qui ont le département de Fair, des météores ; d'autres celui des eaux ; celles-là veillent sur les hommes .
Les habitants de Loango ont une multitude d'idoles de divinités, qui se partagent entre elles l'empire du monde. Parmi ces dieux ou génies, les uns président aux vents, les autres aux éclairs, d'autres aux récoltes, ceux-ci dominent sur les poissons de la mer et des rivières, ceux-là sur les forêts, etc.
Les peuples de la Celtique admettaient des intelligences, que le premier être avait répandues dans toutes les parties de la matière pour l'animer et la conduire. Ils unissaient au culte des différentes parties de la nature et des éléments, des génies, qui étaient censés y avoir leur siège et en avoir la conduite. Ils supposaient, dit Peloutier, que chaque partie du monde visible était unie à une
intelligence invisible, qui en était l'âme. La même opinion était répandue chez les Scandinaves. «De la divinité supTeme, qui est le monde animé et intelligent, dit Mallet, était émanée, suivant ces peuples, une infinité de divinités subalternes et de génies, dont chaque partie visible du monde était le siège et le temple ; des intelligences n'y résidaient pas seulement, elles en dirigeaient aussi les opérations. Chaque élément avait son intelligence ou sa divinité propre. Il y en avait dans la terre, dans l'eau, dans le feu, dans l'air, dans le Soleil, dans la Lune, dans les astres. Les arbres, les forêts, les fleuves, les montagnes, les rochers, les vents, la foudre, la tempête en contenaient aussi, et méritaient par là un culte religieux. »
Les Slaves avaient Koupalo, qui présidait aux productions de la terre, Bog, djeu jdes eaux. Lado ou Lada présidait à l'amour. """'"
Les Bourkans des Kalmouks, résident dans le monde qu'ils adoptent, et dans les planètes ; d'autres occupent les contrées célestes. Sakji-Mouni habite sur la terre ; Erlik-Kan aux enfers, où il règne sur les âmes.
Les ELalmouks sont persuadés que l'air est rempli de génies ; ils donnent à ces esprits aériens le nom de tengri ; les uns sont bienfaisants, les autres malfaisants.
Les habitants du Thibet ont leurs Lahes, génies émanés de la substance divine.
En Amérique, les sauvages de l'île de Saint-Domingue, reconnaissaient au-dessous du dieu souverain d'autres divinités sous le nom de Zémés, auxquelles on consacrait des idoles dans chaque cabane. Les Mexicains, les Virginiens supposaient aussi que le dieu suprême avait abandonné le gouvernement du monde à une classe de dieux subalternes. C'est avec ce monde invisible, ou composé d'intelligences cachées dans toutes les parties de la nature, que les prêtres avaient établi un commerce, qui a fait tous les malheurs de l'homme et sa honte. Il reste donc démontré, d'après l'énumération que nous venons de faire des opinions religieuses des différents peu-
pies du monde, que l'univers et ses parties ont été adorés, non-seulement comme causes, mais encore comme causes vivantes, animées et intelligentes, et que ce dogme n'est pas celui d'un ou de deux peuples, mais que c'est un dogme universellement répandu par toute la terre. Nous avons également vu quelle a été la source de celte opinion ; elle est née du dogme d'une âme unique et universelle, ou d'une âme du monde, souverainement intelligente, disséminée sur tous les points de la matière, où la nature exerce comme cause quelque action importante, ou produit quelque effet régulier, soit éternel, soit constamment reproduit. La grande cause unique ou l'univers-Dieu, se décomposa donc en une foule de causes partielles, qui furent subordonnées à son unité, et qui ont été considérées comme autant de causes vives et intelligentes, de la nature de la cause suprême, dont elles sont ou des parties ou des émanations. L'Univers fut donc un Dieu unique, composé de l'assemblage d'une foule de dieux, qui concouraient comme causes partielles à l'action totale qu'il exerce lui-même, en lui-même et sur luimême. Ainsi se forma cette grande administration, une dans sa sagesse et sa force primitive, mais multipliée à l'infini dans ses agents secondaires, appelés dieux, anges, génies, etc., et avec lesquels on a cru pouvoir traiter, comme l'on traitait avec les ministres et les agents des administrations humaines.
C'est ici que commence le culte ; car nous n'adressons des vœux et des prières qu'à des êtres capables de nous entendre et de nous exaucer. Ainsi Agamemnon dans Homère, apostrophant le Soleil, lui dit : a Soleil, qui vois tout et entends tout, s Ce n'est point ici une figure poétique ; c'est un dogme constamment reçu, et l'on regarda comme impie le premier philosophe qui osa avancer que le Soleil n'était qu'une masse de feu. On sent combien de telles opinions nuisaient au progrès de la physique, lorsqu'on pouvait expliquer tous les phénomènes de la nature par la volonté de causes intelligentes, qui avaient
leur siège dans le lieu où se manifestait l'action de la, cause. Mais si par là l'étude de la physique éprouva de grands obsta.cles, la poésie y trouva de grandes ressources pour la fiction. Tout fut animé chez elle, comme tout pa-? raissait Têtre dans la nature.
Tel fut le langage de la poésie dès la plus haute antiquité • et c'est d'après ces données, que nous procéderons à l'explication de Ja mythologie et des poëmes religieux, dont elle renferme les débris. Gomme les poètes furent les premiers théologiens, c'est aussi d'après la même méthode que nous analyserons toutes les traditions et les légendes sacrées, sous quelque nom que les agents de la nature se trouvent déguisés dans les allégories religieuses ; soit que l'on ait supposé les intelligences unies aux corps visibles, qu'elles animaient; soit qu'on les en ait séparées par abstraction, et qu'on en ait composé un monde d'intelligences, placé hors du monde visible, mais qui fut toujours calqué sur lui et sur ses divisions.