QUATRIÈME ORDRE
GALLINACÉS , GALLINÆ, Linn.
Gallinæ, Linn., Gmel., Dum., Cuv., Vieill., Tem. Rasores, lig.
Si les teintes qui ornent les Grimpeurs de Cuba, si la diversité de leurs habitudes nous ont présenté de grands contrastes, les Gallinacés (Palomas) nous offrent, au contraire, la plus grande uni formité, surtout dans les mœurs : chez eux rien de cette hardiesse que donnent aux oiseaux de proie les armes puissantes dont ils sont pourvus; rien de ce sémillant, de cette vivacité caractéristique des Passereaux et de quelques uns des Grimpeurs. Les Gallinacés, qui nous occupent, sont le symbole de la timidité : tout à fait désarmés, la fuite est leur seul moyen de défense. Leurs actions, pleines de douceur, les ont en même temps fait prendre, par les anciens Grecs, pour modèle de la candeur, et devenus les attributs de l’amour on a vu en eux les fidèles compagnons de Vénus. Toujours par couples on ne peut plus unis, on les voit se caresser, au sein des bois, sous le feuillage, dans les plaines ; ils inspirent la mélancolie par leurs tendres roucoulements, par les accents plaintifs de leurs chansons amoureuses dont le seul défaut est d’être un peu trop monotones.
Avec des mœurs aussi douces, avec des manières aussi gentilles, les Gallinacés de Cuba sont en butte à une guerre cruelle, à une poursuite de tous les instants : ce n’est pas qu'ils nuisent au fermier , en décimant sa basse-cour , comme les oiseaux de proie; ce
n’est pas non plus qu’ils détruisent sa récolte comme les perroquets, non.…..; ils ne donnent aucun motif pour qu’on les attaque ainsi ; le chasseur, qui les poursuit à outrance, n’a rien à venger, n’a rien à craindre d’eux; un seul intérêt le guide. Le dironsnous? celui de se procurer un gibier recherché, un mets honoré sur nos tables, par son fumet, par sa bonté.
Les Gallinacés que nous avons de Cuba ne sont qu’au nombre de neuf; néanmoins ils méritent d’être étudiés sous le point de vue de leur distribution, suivant les règles adoptées pour les ordres précédents; ce qui nous donne les résultats que nous allons faire connaïtre.
Une seule des espèces des Gallinacés de Cuba, le Columba mon- {ana , se trouve en même temps sur le continent méridional ; ce qui nous donne un neuvième seulement de la totalité, nombre plus élevé que celui des Passereaux, mais inférieur à celui des Grimpeurs.
Les Gallinacés qui viennent de l’Amérique septentrionale dans Vile de Cuba sont au nombre de deux, la Columba passerina et V'Ortyx virginianus, ce qui est un peu moins du quart des espèces de Pile, le double du chiffre de celles qui viennent de l’Amérique méridionale ; ce qui prouve, comme pour les Passereaux et pour les Grimpeurs (quoique, relativement aux premiers, la proportion soit loin d’être égale), que la zoologie de cette partie des Antilles tient plus du continent du nord que de celui du sud. On pourrait croire que ces deux espèces, habitant les pays chauds de l’Amérique septentrionale, nichent à Cuba et y sont devenues sédentaires et non de passage, lors des migrations hivernales.
Pour les espèces qui habitent Cuba et se rencontrent simultanément dans les deux Amériques, une seule vient les représenter, Ja Columba carolinensis : bien qu’elle soit indiquée par les auteurs comme se trouvant dans l’Amérique méridionale, nous avons au moins la certitude qu’elle ne s’avance pas vers les parties les plus sud, voisines des tropiques, tandis qu’en été elle arrive aux États- Unis; ce qui nous ferait croire qu'elle est plutôt de l'Amérique du nord que de l'Amérique du sud.
Les Gallinacés qui nous paraissent propres à ile de Cuba ou aux Antilles seulement , sans s’être encore rencontrés sur les continents, sont au nombre de cinq, appartenant tous au genre Columba , c’est à dire plus de moitié de la totalité des espèces qui s’y trouvent. Ce nombre, comparé à celui que nous avons obtenu pour les autres ordres, est supérieur à tous, surtout à celui des Passe-
reaux ; car les Grimpeurs qui voyagent moins s’en rapprochent par leurs proportions numériques.
En résumé , les Gallinacés rapportés de Cuba, par M. de la Sagra , nous offrent les proportions relatives suivantes : pour plus de la moitié, leurs espèces sont sédentaires dans les Antilles seulement; pour un peu moins du quart, elles vivent en même temps dans l'Amérique du nord ; pour un neuvième, elles sont de l’Amérique septentrionale; et, enfin, pour la même proportion, elles se trouvent sur les deux continents.
Le tableau suivant résumera les proportions spécifiques par genre, par famille, des Gallinacés que nous avons recus de Pile de Cuba.
GALLINACÉS TOTAL NOMS NOMS DE L'ILE DE CUBA, PROPRES || DES ESPÈCES 7 Sn, || 5 — | E des des à l'Amé-|à l’'Amé- aux |à l’île de
rique rique deux Cuba pex p22
FAMILLES. GENRES. méridio- septen- Améri- et aux
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Columba
Ortyx
On voit que les oiseaux Gallinacés ne sont représentés à Cuba que par deux genres, les Columba de Linné et un Ortyx; aussi l’on n’y rencontre aucune espèce de Crax, d’'Ourax, de Penelopes, d’Opisthocomus , de Tinamus, qui pullulent dans les bois et dans les forêts de l'Amérique méridionale; ni les Meleagris, ni les Tetrao, si communs sur le continent septentrional.
COLOMBIDÉES, COLUMBIDÆ,, Leach.
Columba, Linn., Gmel., Lath., etc.
Péristere , Dum.
Columbins, Vieill.
Passeri-galles, Lesson.
Cette grande famille des Gallinacés se montre au nombre de huit espèces dans la seule île de Cuba, ce qui est beaucoup comparativement au nombre total des oiseaux qu’on y voit, et encore trouve-t-on , parmi ces espèces, des oiseaux appartenant à deux de ses divisions , les Columba proprement dits et les Columbi galline , de Vaillant.
Si nous cherchons , dans cet ensemble, les espèces propres aux Antilles, nous trouverons les Columba leucocephala, C. portoricensis, C. inornata, €. cyanocephala et C. zenaida, c’est à dire cinq sur huit. Parmi les trois autres, la Columba passerina, habite, en même temps, l'Amérique septentrionale ; la Columba Montana paraît, au contraire, venir de l’Amérique méridionale , tandis que la Columba carolinensis se trouverait, si les indications des auteurs sont justes, dans les deux Amériques et aux Antilles; néanmoins une seule espèce, celle qui vient des États-Unis, est peut-être de passage aux Antilles; car toutes les autres paraissent y nicher.
Les pigeons, en général, portent une dénomination différente dans chacune des langues américaines. Nous allons faire connaître quelques unes de celles que nous avons recueillies sur les lieux : c’est, en Patagon, Gannequen; en Puelche des Pampas du Sud, Tuyuela ; en Araucano du Chili et des Pampas, Maicon ; en Mbocobi du grand Chaco, Cavikenic ; en Botocudo du Brésil , Cuchen. Dans les provinces de Chiquitos, centre de la Bolivia, nous trouvons : Otutakich, en Chiquito; T'utuna, en Guarañoca; Ataja, en Otuke; Imamboy, en Poturero; Cujuta, en Morotoca; Arajaja, en Saraveca; Chucucu, en Quitemoca; Totaki, en Cuciquia ; Ucheke, en Paunaca; Apotol, en Paiconeca. C’est Apicazu , en Guarani de Guarayos. C’est encore, dans la province de Moxos, Muchucucu, en Chapacuras ; Ichos, en Muchojeone ; Camalese, en Baures; Huababa, en Ttonana; Chucu, en Cayuvava ; Morizo, en Itenes ; Ticuri, en Pacaguara; Tolotolo, en Movima ; Nipjacu , en Canichana ; Chivi, en Moxo.
x° 74. PIGEON A TÈTE BLANCHE.
COLUMBA LEUCOCEPHALA, Gmel.
Paloma de cabeza blanca, À CUBA.
Columba leucocephala, Gmel., Syst. nat., ed. 13, 1, p- 281, n° 14.
Columba minor , Ray, Syn. av., p. 63, n° 16, p. 184, n° 24.
Penn., Arct. zool., Il, n° 189, p. 327.
Columba leucocephala, Lath., Gen. hist., VIII, p. 48, n° 61, Syst. ornith., gen. A8, sp. 5.
Columba leucocephala , Vieill., ÆEncycl. méth., t. 1, p. 299.
Columba leucocephala, Vieill., Gal., pl. 194.
Columba leucocephala, White-crowned Pigeon, Bonap., Am. orn., W, pl. 15, fig. 1.
Columba leucocephala, Bonap., Syn., sp. 197, p. 119.
Columba minor, capite albo; Sloan., Jamaic., p. 303, tab: 261 , fig. 2.
Brown, Jam., p. 468.
Columba saxatilis jamaicensis, Brisson., Orn., gen. 1 Sp. 39.
Columba capite albo, The white crowned Pigeon, Catesby, Carol., t. 1,:p. 25, pl. 25.
Columba leucocephala, Temm., Hist. des Pig., 1, p.459, et Hist. Pig. et Gall., X, p. 204, inf, pl. 13.
Pigeon de roche de la Jamaïque, Buff., Ois., IX, p. 529.
Columba. Corpore cærulescens ; capite purpureo, nitore vario; orbitis verticeque albis; remigibus rectricibusque nigrescentibus; rostro basi purpureo, apice albo ; pedibus rubris.
Dimensions. Longueur totale... 00.04, tongue pou céstae 37 millim. Du:pli de l'aile à son extrémité. ...::..,7..:4 4 200 RE D Cr un aasir nt dlep à à 11h
Du bec
Front, dessus de la tête et tour des yeux, d’un beau blanc; derrière de la tête, joues, d’un pourpre changeant; dessus du cou vert à reflets métalliques , chaque plume ornée d’une bordure noire tranchée; toutes les parties supérieures bleuâtres , les inférieures de la même teinte plus pâle; ailes et queue noirûtres; les rémiges bordées, extérieurement , d’une teinte plus pâle, formant un liseré très étroit ; base des narines rouge, l’extrémité jaunâtre ; pieds rouges ; yeux jaunes.
On rencontre cette belle espèce à Saint-Domingue et à Cuba, où elle vit en grandes troupes, et parcourt incessamment les campagnes. Elle va nicher dans les trous des rochers, dans les montagnes ou dans les ravins , où elle multiplie beaucoup. On la chasse avec acharnement pour la manger; néanmoins, quoique souvent sa chair soit très bonne , elle prend quelquefois un goût d’amertume assez fort que lui communiquent quelques espèces de graines ou de fruits, dont elle se nourrit alors.
x° 75. PIGEON À NUQUE ÉCAILLÉE.
COLUMBA PORTORICENSIS, Tem.
Paloma morada, À CUBA.