CINQUIÈME ORDRE
ÉCHASSIERS, GRALLATORES, /{ig.
Le théâtre change. Pour rechercher les oiseaux qui vont nous occuper, nous abandonnons ces campagnes animées par la culture, dont l’aspect jadis sauvage a fait place à la nature la plus variée, ces plaines verdoyantes où le Passereau volage, la tendre tourterelle, redoutent sans cesse la serre aiguë de l’oiseau de proie ; nous abandonnons ces majestueuses forêts vierges aussi antiques que le monde, ces bosquets toujours feuillés qu’animent les Perroquets babillards, les Corocoros (Couroucous) à léclatant plumage, l’agile Carpintero (Picus). Nous descendons, maintenant , au bord des lacs limpides , près des marais couverts de végétation ; nous suivons les méandres pittoresques des rivières, des ruisseaux, nous parcourons les rivages maritimes ; ces plages sablonneuses où, sans trouver d’obstacles , la houle, arrivant d’un autre monde, vient se dérouler et mourir; ces rochers battus par la tempête, car c’est là, c’est là seulement que se rencontrent, avec les Oiseaux au long bec, emmanché d’un long cou, tous les oiseaux comme eux pourvus de longues jambes, tous ceux à la course légère, qu’on a réunis sous le nom d’Echassiers.
Vivant tous près des eaux , les oiseaux de cet ordre offrent néanmoins les plus grands contrastes de teintes et d’habitudes. Par la couleur ils peuvent rivaliser avec les Grimpeurs les plus brillants, les plus élégants Passereaux : ne voyons-nous pas, en effet, se
distinguer entre eux , le Flaminco (1), le Coco (2) à la robe de feu ; la Sevilla (3) au plumage rosé contraster avec la blancheur de neige de la Garza blanca (%) avec l’habit d’azur de la Gallareta (5), avec la livrée chamarrée du Gallito (6), avec le vêtement plus ou moins varié des Aguata caiman (T), des Guanabas (8), des Sarapicos (9), des Frailitos (10), des Guaraios (11), des Gallinuelas (12), et surtout avec le demi-deuil que portent constamment les Fochas (13)?
Leurs mœurs ne sont pas moins différentes. Tandis que le Héron (Aguata caiman), le Bihoreau (Guanaba), la Blanche Aigrette (Garza blanca), à la voix rauque, immobiles , le cou tendu, la tête en air, épient, avec patience , au bord des rivières, des ruisseaux, le poisson que le hasard leur amène, les Tantales, les Spatules (Sevillas) se promènent gravement au bord des lacs, pour y chercher leur nourriture. Tandis que les Flamants (Flamincos), en grandes troupes, semblables à des régiments, couvrent les plages vaseuses, les marais salés du voisinage de la mer, qu’ils font retentir de leur trompette, signal d’alarme, les pétulantes sociétés des Chevaliers, des Bécasseaux (Sarapicos), parcourent d’un pas léger les rochers, les rivages maritimes, sur lesquels les Pluviers (Frailitos) à la course rapide suivent le flux et le reflux de Ponde. Enfin, tandis que le Jacana (Galhto) effleure avec grâce les plantes aquatiques, à la surface des eaux douces et tranquilles des marais, les Poules sultanes (Gallaretas), les Ràles, vifs et alertes, s’y jouent avec gaîté, se faufilant au plus épais des herbages de leurs rives , répétant d’une voix sonore , surtout le soir et le matin, leurs conversations animées, auxquelles prennent part les Poules d’eau, les Foulques (Fochas), tout en se hasardant au milieu des eaux qu’elles sillonnent.
(1) Phœnicopterus americanus, le Flamant.
(2) Zbis rubra, Ibis rouge.
(3) Platalea ajaja , la Spatule rose.
(4) Ardea alba, grande Aïgrette; Ærdea candidissima, Aigrette américaine, (5) Porphyrio martinica, la Poule sultane.
(6) Parra Jacana, le Jacana d'Amérique.
(7) Les diverses espèces de Héron (Ærdea virescens), etc.
(8) Wycticorax vulgaris et Nycticorax violacea , les Bihoreaux.
(y) Les espèces du genre Totanus et Tringa, les Chevaliers, les Bécasseaux 10) Charadrus vociferus , le Pluvier à double collier.
11) Aramus guarauna, le Courlan où Courliri.
(12) Les espèces du genre Rallus et Porphyrio (RAle et Poule sultane).
(13) Fulica atra, la Foulque commune.
Après avoir fait connaitre à grands traits les caractères, les teintes, les mœurs des Échassiers qui fréquentent l’ile de Cuba, nous allons étudier leur distribution géographique et chercher à reconnaître d’où ils y sont venus.
Nous avons vingt-huit espèces d’Échassiers, dont trois seulement vivent simultanément à Cuba et sur le continent méridional, le Parra jacana , le Rallus variegatus , le Rallus longirostris, propres aux régions chaudes. Si nous comparons cette proportion, qui n’est , relativement à la totalité, que d’un neuvième, nous trouverons ce nombre bien inférieur à celui des Grimpeurs et des Oiseaux de proie, mais bien supérieur à celui des Passereaux , dont deux seulement sur cinquante y arrivent du sud; ce qui nous porterait à croire que les migrations de l'Amérique méridionale n’atteignent pas Cuba, qui reçoit, tout au plus, les oiseaux propres à la zone torride.
Les espèces d’Échassiers qui, tout en étant propres à l’Amérique septentrionale , fréquentent Cuba, sont au nombre de sx, l'Ardea cœrulea, V Ardea herodias , le Nycticorax violacea , le Totanus solitarius, le Charadrius vociferus , le Rallus carolinus; ce seraient, relativement à la totalité, les deux neuvièmes ou juste le double du nombre des espèces venues du sud, chiffre en rapport avec la position de Cuba dans l’hémisphère nord, mais bien au dessous de celui que nous ont montré les Passereaux, ceux de tous les oiseaux qui émigrent le plus régulièrement. La plupart de ces espèces ne paraissent aux Àntilles qu'à Pinstant où les froids les chassent des régions boréales.
Les Échassiers habitant, en même temps, les deux continents américains et l’île de Cuba sont au nombre de onze ou d’un peu plus du tiers de la totalité, chiffre bien plus élevé que celui que nous avons trouvé jusqu’à présent parmi les autres séries d'oiseaux ; ce que nous croyons tenir plus particulièrement aux habitudes essentiellement voyageuses, à lindifférence aux climats que manifestent beaucoup de leurs espèces, fait que nous démontrerons plus tard. Les Échassiers de cette série sont répartis dans les genres suivants :
MAR cu Re lets DU Platalea ajaja. 1 Tantalus loculator. . . . . 1
A reporter. 6
D’autre part. . .. 6 Phæœnicopterus americanus. 1 Ibis rubra. 1 Totanus flavipes. . 1 Aramus guarauna..... 1 Porphyrio dominica. 1
Total:..211
Avant de parler des espèces qui peuvent être propres aux Antilles, nous avons encore à faire connaître deux catégories que nous n'avons rencontrées ni parmi les Passereaux, ni parmi les Grimpeurs et Gallinacés ; ce sont les espèces qui, plus largement répartües sur le globe, se rencontrent, en même temps, dans l’ancien et dans le nouveau monde. Nous les diviserons endeux séries : 1° celles qui habitent l'Amérique septentrionale et l'Europe, c’est à dire qui sont de tout l’hémisphère boréal, en s’avançant jusqu’à Cuba ; 2° celles qui habitent également les deux Amériques et l’Europe ou qui sont des deux hémisphères.
Dans la première, nous trouvons quatre espèces, le Totanus Bartramia , le Tringa T'emminck, le Vanellus squatarolus, et la Gallinula chloropus.
Dans la seconde, nous en rencontrons encore quatre, V’Ardea alba, le Nycticorax vulgaris, la Scolopax gallinago et la Fulica atra.
Ainsi il y aurait, parmi les Échassiers de Cuba, huït espèces ou près du tiers de celles de l’île qui se rencontreraient simultanément dans Pancien et dans le nouveau monde, ce qui prouve mieux encore combien les Échassiers sont voyageurs.
Si, après toutes les distinctions que nous venons de faire, nous cherchons quelles sont les espèces qui se rencontrent seulement à Cuba ou dans les Antilles, nous n’en trouverons aucune, toutes n’y étant que de passage ou vivant simultanément sur d’autres parties du globe.
En résumé, nous avons pour proportions relatives des Échassiers de l’ile de Cuba, que plus du tiers vit, en même temps, sur les deux Amériques, que près de l’autre tiers se rencontre simultanément sur l’ancien et sur le nouveau monde, tandis que deux neuvièmes de l’autre tiers y viennent de l'Amérique septentrionale, el enfin un neuvième de l'Amérique méridionale, sans qu’il y ait
OISEAUX. 189 une seule espèce propre seulement à Cuba. Ainsi les Échassiers sont presque tous de passage à Cuba, ce qui devait être, ces oiseaux résistant à-tous les climats et voyageant continuellement.
Nous résumons, dans le tableau suivant, par genre et par famille, le chiffre comparatif des espèces d'Échassiers que nous avons eues de Cuba.
ÉCHASSIERS TOTAL DE L'ILE DE CUBA, PROPRES || DES ESPÈCES || [nn me. |
NOMS des
ue e et à l'Europe
te
à l'Amérique septentrionale
par 2 par
aux deux Amériques.
genre. famille, |f
aux deux Amér et à l'Europe
a l'île de Cuba et aux Antilles. /