L'HIRONDELLE
Hirondelle * Si fidèle, Dis-moi l'hiver, où vas-tu ?
‘ Dans Athènes 4 Chez Antoine, Pourquoi t'en informes-tu ?
Le Canada peut reclamer six sur les huit espèces d'Hirondelles qui se rencontrent en Amérique.
“ Le vol rapide et infatigable de ces oiseaux, leurs cris joyeux, leur régime insectivore, utile à l’homme ; leur sociabilité, leurs émigrations périodiques, leur attachement au pays natal, leur retour, annonçant celui de la belle saison, la structure merveilleuse de leur nid, et mille autres détails de mœurs, ont attiré sur ces oiseaux la curiosité, l'intérêt, la bienveillance
* Un cordonnier de Bâle ayant pris à sa fenêtre une Hirondelle avant son départ, lui attacha un collier portant cette inscription et le printemps suivant, il reçut, par le même courrier la réponse que voici, à sa demande.
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des peuples anciens et modernes, et fourni à plus d’un poëte d’heureuses inspirations. Voici la brillante description du vol de l’Hirondelle, par Monbéillard, digne collaborateur et souvent rival heureux de Buffon ! “ Le vol est son état naturel, je “ dirais presque, son état nécessaire ; elle mange en “ volant, elle boit en volant, sage en volant, et, “ quelquefois, donne à manger à ses petits en “ volant. Sa marche est peut-être moins rapide que “ celle du Faucon, mais elle est plus facile et plus 4 libre ; l’un se précipite avec effort ; l’autre coule ‘ dans l’air avec aisance: elle sent que l’air est son # domaine ; elle en parcourt toutes les dimensions, et dans tous les sens, comme pour en jouir dans “ tous les détails, et le plaisir de cette jouissance s8 # marque par de petits cris de gaîté. Tantôt elle # donne la ehasse aux insectes voltigeants, et suit “ avec une agilité souple leur trace oblique et tor- “ tueuse, ou bien quitte Pun pour courir à l’autre, “et happe en passant un troisième ; tantôt elle rase “légèrement la surface de la terre et des eaux, pour “ saisir ceux que la pluie ou la fraîcheur y ras- “ semble ; tantôt elle échappe ‘elle-même à l’im- “ pétuosité de l’Oiseau de Proie par la flexibilité “ preste de ses mouvements : toujours maîtresse de “ son vol, dans sa plus grande vitesse, elle en change “-à tout instant la direction ; elle semble décrire, au “ milieu des airs, un dédale mobile et fugitif, dont “ les routes se croissent, s’entrelacent, se fuient, se “ rapprochent, se heurtent, se roulent, montent, “ descendent, se perdent et reparaisænt pour sè “ croiser, se rebrouiller encore en mille manières, “ et dont le plan, trop compliqué pour être repré- “ senté aux yeux par l’art du dessin, peut à peine “être indiqué à Pimagination par le pinceau de la “ parole.” |
“ Les Hirondelles vivent d'insectes ailés, qu’elles happent en volant; mais, comme ces insectes ont le vol plus ou moins élevé, selon qu’il fait plus ou moins chaud, il arrive que le froid ou la pluie les rabat près de terre, et les empêche même de faire k
psage de leurs ailes, Ces oiseaux. rasent Îa terre, et cherchent ces insectes sur les tiges des plantes, sur l'herbe des prairies, et jusque sur le pavé de uos rues ; ils rasent aussi les eaux, et s’y plongent quelquefois à demi, en poursuivant les insectes aquatiques, et, dans les grandes disettes, ils vont disputer aux araignées leur proie jusqu’au milieu de leurs toiles, et finissent par les dévorer elles-mêmes. On trouve dans leur estomac des débris de mouches, de Cigales, de Scarabées, de Papillons et même de petites pierres; ce qui prouve qu'ils ne prennent pas toujours les insectes .en volant, et qu'ils les saississent quelquefois étant posés.” . On pense, dans tous les pays, que les Hirondelles sont amies de l'Homme, ou du moins qu’elles recherchent les lieux habités par lui, et paraissent se complaire dans sa société. Il serait plus juste de yoir en elles des commensalesintéressées, poursuivant les insectes qui abondent partout où beaucoup d'animaux sont rassemblées, et fréquentant le littoral de nos fleuves parcequ’alles y trouvent un rafraichissement et une pâture. Quoiqu'il.en soit, leur utilité n’est pas douteuse : elles purgent l'air de myriades d’insectes nuisibles ou importuns, et leur vigilance à signaler l’approche des oiseaux rapaces est une sauvegarde pour les Gallinacés domestiques. Aussi sont-elles respectées et même protégées dans eaucoup de contrées de l’Europe ; et, dans le Nouveau-Monde, l’homme les invite à venir habiter près de lui, en perçant exprès pour elles, autour de sa maison, des trous qui leur offrent un asile assuré.
La sociabilité de ces oiseaux donne lieu à des observations du plus haut intérêt. Dès qu'un ennemi menace l’un d’eux ou ses petits, l'Hirondelle mes des cris aigus, et aussitôt arrivent toutes les
irondelles du voisinage, qui harcèlent de concert l'animal donton redoute l'attaque. On a vu des Hirondelles se réunir en bandes nombreuses devant un de leurs nids, dont venait de s'emparer un Moineau, en müûrer l’ouverture avec du mortier, et condamner ainsi l’usurpateur au supplice d’Ugolin.
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Dès exemples de ce fait ont été constatés en France, en Allemagne” (et en Canada). Monbeillard les a revoqués en doute ; mais, tout récemment, il s’est renouvelé sous les yeux d’un observateur véridique.
: # Portant mes regards, dit M. de Tarragon, sur un
groupe de nids d’Æirondelles de Fenètres, placés dans l’angle d’une corniche, j’aperçus un Moineau Friquet, qui, quelques jours auparavant s'était installé, à force ouverte, dans un de ces nids, et reveriait paisiblement à son gite pour y couver ses œufs; à
eine l’imprudent usurpateur est-il rentré dans sa
emeure qu'une Hirondelle qui avait son nid près de là, pousse le cri d’alarme : à ce cri, une multitude innombrable de ses pareïlles s’assemblent, et, comme d’habitudes passe et repasse en volant près de l'ouverture du nid, comme pour’ s'assurer qu’il était réellement envahi. De son côté, le Moineau, tranquille possesseur, sinon légitime prôpriétaire dû nid, y avait pondu et ne sé doutait guère que ses anciens rivaux dussent venger une vieille injure. La femelle (car le mâle était allé chercher sa subsistance) la femelle, dis-je, dont l’incubation était déjà fort avancée, couvait paisiblement ses œufs. Les Hirondelles, assurées de la présence de leur ennemi, poussèrent simultanément leur cri de guerre, et disparurent en un instant. Jeles vis s’abattre
rès d’un bourbier, situé à cent pas plus loin, où J'avais l'habitude de les observer, lorsqu'elles amassaient de la terre humide, pour la dégorger ensuité et l'appliquer, enduite de leur salive visqueuse, contre les paroïs d’un mur ou dans l’angle d’une fenêtre ; mais, cette fois, une seule becquetée suffit, et se précipitant toutes à la fois, et comme d’un commun accord, vers le repaire du bandit, elles en eurent, en deux secondes, bouchée l’ouverture d’une masse de terre. Après cet exploit, elles volèrent, poussant des cris aigus et continuels, comme pout célébrer leur victoire, et, quelques minutes après, il n’en paraissait plus aucune autour du tombeau dans lequel elles venaient d’enfermer vivant le téméraire Moineau. J'attendis quatre ou cinq jours
ur que Ja terre eût le temps de sècheret qu’il me üt possible d'enlever le nid sans le briser. ‘J'y trouvai l'oiseau mort sur ses œufs; lorifice du nid était obstrué par une masse de terre ayant à peu près le volume et la forme d’un œuf de Poule.”
Le même fait s’est reproduit dans la ville de Trois- Rivières : nous le tenons d’une personne dont la véracité est hors de toute atteinte.
Des naturalistes ont prèté à l’Hirondelle des habitudes qui certes ne furent jamais les siennes. Gilbert White * a consacré plusieurs chapitres de ses intéressantes lettres à prouver que les Hirondelles pendant l’hiver se réfugient dans des arbres creux ou dans de vieilles tours en ruines pour y séjourner jusqu’au retour de la bélle saison, dans une sommno-
ente léthargie. D’autres ont prétendu qu’elles s’enfoncent sous l’eau des lacs, pendant les rigueurs de l’hiver : il n’a fallu qu'un peu de sens commun pour faire évanouir ce conte ridicule.