AYANT-PROPOS
“ Une lacune existait dans le champ des lettres : le Canada avait ses orateurs, ss historiens, ses littérateurs, ses-poëtes, mais de naturalistes, point. ” Ainsi s'exprimait tout recemment un correspondant du Journal de Québec.
En effet la grande famille française que la Provi dence a jétée sur les rives du Saint-Laurent avait lieu d’être fière de ses orateurs, de ses historiens, de ses littérateurs, de ses poëtes, Les uns avec les crayons de Tacite avaient noblement tracé son histoire depuis “les temps héroïques de 1a colonie ” pour nous servir de l’expression du Comte d'Elgin, jusqu’à nos jours ; les autres, rivalisant dans leurs discours.or leurs
écrits harmonieux avec les auteurs qui ont #16 à la France la palme dans tous les genres de gloire littéraire, avaient su populariser l’idiome de Louisle : Graud sur ce sol Canadien si plein d'avenir, et où les descendants de deux grands peuples travaillent. à fonder un grand empire ; mais le domaine de l’histoire naturelle n'avait été expialté par personne. , .
Cette lacune, nous n'avons certes pas la prétention de lavoir comblée ; tant s’en faut, Nous prétendons seulement dans ce petit ouvrage, indiquer et ouvrir la voie qui mène aux connaissances en. histoire naturelle, heureux gi nos efforts peuvent inspi rer le goût de cette belle science et __. nos jeu-
hes compatriotes à y consacrer une partie de leurs loisirs. Nous les invitons avec instance à parcourir nos vertes campagnes, nos belles forêts du Canadâ et à y puiser largement dans, ce grand livre de la nature dont chaque page proclame si hautement la sagesse, la gloire et la magnificence de son auteur.
Déjà il y a un an à peine, sollicité par nos amis, tous mimes nos premières recherches, nos obsprvations en histoire naturelle devant le public. Cet opuscule fut vu d'un œil. indulgent ; on voulut même nous donner éloge ét encouragement.
Cette année, nous publions un second travail beaucoup plus ample, plus méthodique, autant pour avoir uelque titre À ces éloges, que pour terminer , un projet ‘dommencé, A ‘ce public ami et indul-
gentnous deviôns de la reconnaissance : nous crûmes
qu’elle né saurait mieux se traduire, que, par une généreuse persévérance dans le, travail que. Yon attendait de nous.
L'illustre Buffon se vantait d'avoir passé quarante
atinées de sa vie à son bupeau, pour perfectionner et attondir lès: periodes de son immortel ouvrage,
Phut äu ciel que “dans notre jeune société affaire”
ceux qui s6 mélent de science ‘eussent autant de mois à donner “aux ! travaux ‘littéraires 1 Nous désirôns être Coprs : ÿ"e nôtre n'est ps. un œuvre ‘original :° c’est simplement Te quintessence des Hills auteurs réunie à nos, proprés tonnaissances dans un petit volutié portatif ;
et’ äfin de réndre notre tianuel acceptable à tous, à l'écolièr pendant ses vacances, au Citadin, au touriste qui fuit ge gl déletère des cités, le DÉSURARS des” Le bien qu'abx, robustes
habitants des campagriés, nous y avons semé '#ouvenirs classiques, ansedotes' piquantes, citations historiques, nous efférçant de saupoudrer le tout de ce parfum littéraire, de 'icette ârôme de bonne société, necessaire à tout œuvre ve lo veut rendre viable,
Au moyen. .des débris dapémmitiiéhs des espèces, empruntés à Vieill‘t, à ‘Audubôn et à Wilson, le Volume pourra aussi servir de livre de. texte. : Notre tâche: nous a 6t6 quelque fois facilitée par l'emploi des: élégantes traductiotis que Lamhout nous a fournies dé quelques uns des besux passages des naturalistes américains, bien que souvout l'écrivain français les incorporé dans le texte de. son ouvrage, comme s'ils lui appartenaient en propre, Enhistoire naturellé, il ne faut pas se faire.illusion : tel eroit admirer dans Andubon qui écrivait en 1844, un passage original, qui ne fait que lire le commentaire d’un thèmé brodé par Ohs. L. Buonaparte, lequel publiait son Histoire naturelle en 1838. Le prince. de Musignano de'son côté emprunte souvent de Wilson, dont les œuvres: phrurént en 1814, et Wilson, corrige et amplifie Vieillot qui écrivait. en 1807, lequel a puisé uné! grande partie, des, matériaux de son admirable traité * dans Edwards, Gatesby, Bartram, Latham et’ autres, ses de- .vangiens. . |
À cpart. les. résultats magnifiques d'Audubon, quelques, vieilles erreurs devoilées,. quelques vouvelles espèces ajoutées à ls: Faune dé l'Amérique, voilà. ce:que chacun de .ces écrivains: pet réclamer.et, malgré le nombre dés moisonneurs dans le
* Les Oiseaux de l'Amérique Septentrionale, : !:.
champ de.l'histoire naturelle, il y a encore sur le sol:igrand -nombré d'épis oubliés. Nous avons placé en: regard deux ‘classifications, deux no menclatures : celle de: Baird, qui'ovcupe au Smithsonian. Institution la chair‘ d'histoire naturelle; cette classification ample et pérfectionnée, sera tôt ou tard; croyons nous, généralement adoptée'en Ainérique. L'autre classification est celle d'Atüdubon, moins exacte; moins ample, mais plus counue du public. : L'œuvre du professeur de Washington est trop vaste dans l’état arrieré dés sciences naturelles.en Canada, pour réunir les suffrages de ceux:qui ne'sont qu'amateurs : tandisque que le Tableau : synoptique d'Audubon * que l'on trouve dans toutes les. bibliothèques, contient sous un petit format des notions courtes, mais exactes. On voudra bien ne pas! oublier que: quoique la nomegelature et là classification : adoptées soient celles do Baird, les dimensions des espèces sont celles données par .Auduban seulement, dans tout’ de obure de Pouvrage maintenant publié, :
‘Un jour moins sombre commience à poinète, pour lés sciences naturelles en Canada : sous ce rapport l'Université Laval “paraît décidée à ‘le pas rester en arrière des grandes fondations scientifiques : dü nouveau. monde. On y ‘parle de professeurs d'Histoire Naturelle : soûs peu, nous avons! lieu’ dé croire que la Faune et la Flore du’ Canada, savamment classifiés, ormerotit ‘les salles de:son beau Musée! ‘Les mêmes destinéés, le même rôle lui:est reservé dans l'Amériqué Britannique; que celui qui est échu ‘en partage dans la rep”
* Audubon’s Synopsis.
blique voisine, à la savante institution que James Smithson fonda à Washington en 1846. Comme cette dernière, notre Université doit prendre le
premier rang. dabé les sciences, eaus avoir droit |
d'en négliger un departement quelconque.
Il est aussi question en haut lieu, de demander à la Législature une allocation pour ériger dans la future Metropôle des Canadas, un local où sers exhibée, classifiée et rassemblée pour l'instruction, la gloire de la nation et l’admiration des étrangers, la richesse végétale, minérale et animale de ce grand pays. Une province qui peut faire don au gouvernement metropolitain de 880,000 pour subvenir aux frais de guerres lointaines * et où la colonie n’a rien à demèler, devrait, ce semble, être en état d'accorder chaque année quelques centaines: de louis pour la réalisation d’un projet si intimement lié.au progrès et à la prospérité de ses populations. Quant à nous, si nos humbles écrits peuvent être de quelque utilité pratique à la jeunesse des villes et des campagnes, en fournissant les moyens de connaître la vie intime du monde ailé, et au lecteur en général, amusement et instruction, nous ne regrettons pas d’avoir sacrifié nos veillées d’hiver ; nous nous croirons au contraire amplement récompensés.
Nous terminerons -en plaçant ce petit traité tout incomplet qu'il soit, sous la sauvegarde de nos compatriotes et de l’homme distingué qui en a accepté la dédioace.