VANNEAU HUPPÉ
( Vanellus cristatus. LINNÉ. )
Les vanneaux se rapprochent beaucoup des pluviers, dont ils ont les habitudes et le genre de vie; mais ils en diffèrent par les pieds, qui ont quatre doigts.
Le bruit que fait cet oiseau er volant, et qu’on a comparé à celui d’un van à blé, l’a fait appeler vanneau, et son nom anglais lapwing , dit Buffon, se rapporte aussi au battement bruyant de ses ailes. On donne encore au vanneau les noms de dix-huit, pivite et kivite, qui représentent-assez bien le cri qu'il fait entendre à terre, dans les airs et même pendant la nuit. Son vol est puissant, soutenu et souvent très-élevé. Lorsqu'il est à terre, le vanneau est toujours en mouvement; en l'air, il folâtre et semble continuellement en jeux ou en poursuites.
Le vanneau huppé est de la grosseur d’un pigeon; sa tête est ornée d’une huppe de cinq ou six plumes longües, effilées, les unes blanches, les autres noires et blanches. La teinte générale de son plumage est vert doré, changeant sur les parties supérieures, et blanc en dessous. Le sommet de la tête et le front sont noirs; la nuque est d’un gris verdâtre; le tour du bec, la gorge et le cou sont d’un beau noir à reflets bleuâtres; il a un point blanc de chaque côté du bec et une petite bande de même couleur audessus de l’œil; le dessous de la queue est roux; le dessous des ailes est tapissé de plumes blanches; les pieds sont d’un rouge clair.
La femelle diffère très-peu du mâle; seulement les teintes noires sont moins reflétantes et la huppe est un peu plus courte.
Les jeunes ont la huppe peu développée; les côtés de la tête nuancés de roux et de brun; le devant du cou et le haut de la poitrine sont variés de blanc et de brun cendré; les plumes des parties supérieures ont une petite bordure d’un jaune ferrugineux, et les pieds sont d’un vert-olive.
Les vanneaux arrivent en France en bandes nombreuses dès les premiers jours de mars, après le dernier dégel et par les vents du sud. Ils s’abattent dans les prairies humides et les champs couverts de verdure, où ils trouvent les vers dont ils se nourrissent et dont ils s'emparent fort adroitement; le second passage s’effectue en
novembre et décembre. « Le vanneau qui rencontre un de ces petits
tas de terre en boulettes ou chapelets, que le ver a rejetés en se vidant, le débarrasse d’abord légèrement, et, après avoir dégagé le trou, il frappe la terre de son pied, et reste l’œil attentif et le corps immobile; les petites secousses produites suflisent pour faire sortir le ver, qui, dès qu'il se montre, est subtilement enlevé d’un coup de bec et avalé. Le soir venu, ces oiseaux courent dans l’herbe et sentent sous leurs pieds les vers qui sortent à la fraicheur; ils en font ainsi une ample pâture, et vont ensuite se laver les pieds et le bec dans les petites mares ou dans les ruisseaux. »
Les vanneaux se laissent difficilement approcher et semblent distinguer le chasseur de très-loin. Ils sont plus abordables s’il fait du vent, parce qu'ils hésitent à prendre le vol. Quand ils sont prêts à s'envoler, tous agitent leurs ailes par un mouvement régulier, et comme elles sont doublées de blanc, ils semblent, un instant, avoir changé de couleur.
Ces grandes troupes que forment les vanneaux à leur arrivée se
séparent quand paraissent les premiers beaux jours. Le signal est.
donné par les combats que se livrent les mâles, et les femelles sortent
du milieu de la troupe, comme si ces querelles ne les intéressaient
pas ; mais, en effet, pour attirer les mâles et vivre par couples pendant les trois mois que durent leurs amours et le soin de la nichée.
La ponte est de trois ou quatre œufs d’un vert foncé tacheté de noir. La femelle les dépose sur les petites buttes ou mottes de terre élevées au-dessus du niveau du terrain dans les prés marécageux. Cette précaution, qui met les œufs à l’abri des eaux, les laisse malheureusement trop exposés à la vue, et comme on les dit fort bons à manger, on les recherche avec soin et l’on en détruit un grand nombre. Dans certaines provinces, on les vend par milliers sur les marchés.
« Le temps de l’incubation est de vingt jours, et deux ou trois jours après leur naissance, les petits suivent leurs parents, et sont bientôt en état de fuir à la course et d'échapper aux maraudeurs. Ils sont alors couverts d’un duvet noirâtre, voilé sous de longs filets blancs; et c’est seulement à la fin de juillet qu’ils prennent leur plumage et se réunissent en bandes, souvent très-nombreuses. Ils passent alors d’un marais à l’autre, s’arrêtent dans les prairies, et, après les pluies, dans les terres labourées. Ces oiseaux inconstants ne restent guère plus de vingt-quatre heures dans le même canton; mais leur inconstance est fondée sur un besoin réel : un canton épuisé de vers en un jour, la troupe est forcée d'aller en chercher ailleurs, et elle part pour d’autres climats dès que les vents froids et les gelées blanches forcent les vers à s’enfoncer dans la terre. Ils vont chercher leur nourriture dans le Midi, où commence alors la saison des pluies; mais, par une semblable nécessité, ils sont, au printemps, forcés de quitter ces terres du Midi, l’excès de la chaleur et de la sécheresse y causant, en été, le même effet que l'excès du froid de nos hivers, par rapport à la disparition des vers, qui ne se montrent à la#surface de la terre que lorsqu’elle est en même temps humide et tempérée » (Buffon).
Le vanneau est connu dans toute l’Europe et l’Asie; on le voit en France, particulièrement dans les pays de plaines, et surtout en Champagne, en Lorraine et en Normandie. On en prend un grand nombre avec un filet semblable à celui employé pour les alouettes,
à l’aide d’appelants conservés en cage. Dans certaines localités on tend des collets au bord des ruisseaux qu'ils fréquentent plusieurs fois dans la même journée et même pendant la nuit, et ce moyen réussit très-bien.
On en tue beaucoup au fusil, et ceux qui tombent semblent retenir la bande, qui s'inquiète, suspend son vol et tourne quelque temps autour des victimes, ce qui donne au chasseur le temps de doubler son coup avec avantage. On dit que les objets de couleur blanche les attirent : aussi conseille-t-on au chasseur de vanneaux l'emploi d’un chien blanc, d’un vêtement de même couleur, et l’on prétend qu'il faut étendre un mouchoir blanc maintenu aux quatre coins avec des pierres au milieu d’une plaine pour fixer la curiosité de ces oiseaux.
Le vanneau n’est bien nourri qu’en octobre, et sa chair est des plus médiocres, quoi qu’en dise le proverbe : Qui n’a point mangé
vanneau , n a point mangé bon morceau.
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