‹ Orographie de la Sibérie, précédée d'une introduction et d'un aperçu de l'orographie de l'AsieChapitre 6 sur 8 · I. — Les Plaines et les Basses Terres sud orientales · texte numérisé non relu

I. — Les Plaines et les Basses Terres sud orientales

§ 23. — Au pied sud-oriental du plateau s'étendent des plaines peu élevées qui deviennent plus loin des basses terres du littoral de l'Océan Pacifique.

Les plaines se caractérisent par les traits suivants :

a) Par une surface ondulée et le caractère de steppe qui leur est propre, si nous donnons au mot « steppe » la signification non pas d'un désert sec, mais comme il est employé sur place, celui d'une prairie ondulée, riche en pâturages et dans la plupart des cas très fertile. En Chine, elles ont une population assez dense (i) ;

b) Par une altitude moyenne de 3oo mètres, c'est-à-dire, d'environ 45o mètres dans les parties voisines du plateau, et de 25o à 3oo mètres dans celles qui en sont plus éloignées;

c) Sur une partie considérable de leur étendue, elles sont couvertes

(i) Les prairies du Canada, aux environs de Calgary, répondent à ces plaines, (Note de ipoo.J

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d'une façon presque continue, à l'exception toutefois des bords des rivières, par de jeunes broussailles de chêne ;

. d) Elles sont coupées par des rangées de collines plates et larges, qui suivent généralement la direction du rebord du plateau, c*està-dire du Grand Khingan.

Ces plaines fertiles ondulées nous sont connues :

a) Au S.-E. de l'escarpement de Kalgan, aux environs de Pékin;

b) Sur toute la route de Pékin à Tsitsikar et à Merghen (Palladii);

c) Sur la Nonni, près de Merghen, et entre cette ville et A'igoun (mon voyage) ;

d) Sur le cours moyen de la Soungari, près de l'embouchure de la Nonni, dans les environs de la ville de Bedouné-Khoton (notre expédition du Soungari);

é) Sur le cours inférieur de la Boure'ia et dans une vaste prairie sur la Selendja, et aussi, en partie, entre la Selendja et la Boureia (i).

§ 24. — Dans le bassin de l'Amour, sur sa rive droite, ces plaines s'élèvent pour former la chaîne large, plate et basse de l'Ilkhourialin. On n'en connaît que la partie qui se trouve sur la route de Merghen à Aïgoun (Palladii et mon voyage), où elle représente un large renflement à pentes douces et boisé. Son altitude n'est pas très grande et ne dépasse pas 900 mètres, puisque le sommet de ce renflement, sur la route d' Aïgoun, est couronné d'une forêt superbe et touffue, composée principalement de futaies de bouleaux et de conifères; le chêne n'atteint cependant pas les parties les plus élevées de cette chaîne. Son versant nord-occidental descend en une pente très douce et se continue jusqu'à la Nonni, tandis que le versant sudoriental est beaucoup plus abrupt; tous les deux sont pierreux. Au point de vue géologique, cette chaîne présente un caractère individuel distinctif, à cause de ses formations volcaniques. Tout le versant septentrional des collines que j'ai traversées, immédiatement à Test de Merghen, est couvert de cratères coniques tronqués (Ouïoun-kholdontsi) et parsemé de gros blocs de lave et de basalte avec olivine (2).

Quant à la chaîne proprement dite, elle se compose principalement de granités, de granito-syénites et en partie de porphyres augitiques,

(1) Bien peuplée maintenant, surtout par des doukhobores et autres sectes religieuses russes. (Note de içoo.)

(3) Les formations volcaniques se rencontrent aussi au pied de la chaîne du rebord du plateau, c*est'à«dire au pied sud-oriental de la dernière chaîne parallèle au Grand Khingan, avant Merghen, aussi bien que sur la descente à Kalgan.

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mais on y rencontre aussi des diorites et des dolérites. Par suite de ce caractère spécial de l'Ilkhouri-alin, il est facile de trouver l'endroit où l'Atoour coupe cette chaîne, car en aval du cap Ilikan (52* lat. N.), il ejitre dans le domaine des formations volcaniques, c'est-à-dire des basaltes, des mélaphyres avec olivine et d'autres roches de même origine (trachy te, etc.). Les rives de l'Amour deviennent ici très abruptes et rocheuses, et la crête des montagnes est couverte de collines, coniques (M aack). Là où il décrit sa grande courbe (Ouloussou-Modon), l'Amour entre dans le domaine des roches cristallines, et il perce des granito syénites et des porphyres. De même à 80 kilomètres en amont de l'embouchure de la Zéïa, on rencontre des basaltes et des granités. Après cela, l'Amour entre de nouveau dans la plaine. Il est donc évident que ce fleuve perce l'Ilkhouri-alin entre sa courbe d'Ouloussou- Modon (stanitza Kazakevitch) et le village de Bibikova, ce qui détermine très bien la position de l'Ilkhouri-alin, en reliant Kaltardzi (sur la route de Merghen à A'igoun; avec la stanitza Kazakevitch, et la crête même de l'Ilkhouri-alin (montagne Koumouvo sur la carte de Scbwartz) avec la stanitza Bibikova (1).

Les prolongements ultérieurs de l'Ilkhouri-alin sont inconnus. Il est très probable que la Zéia traverse cette chaîne avant de recevoir la Selendja, approximativement entre 52<> et 5i<> 40' lat. nord et que les montagnes Tabiarkhan et Djariakhan appartiennent à la même élévation, qui, s'il en est ainsi, constituerait plus loin la ligne de partage des eaux entre l'Oude et la Selendja, ainsi que la chaîne Tylskoï, sur le bord de la mer d'Okhotsk, qui a la même direction et qui tombe sur le prolongement de la même ligne. D'ailleurs, nous n'avons pas de données assez exactes pour établir la position de cette chaîne sur la rive gauche de l'Amour.

§ 25. — Une autre chaîne indépendante est représentée par la chaîne de la Bouréia^ autrement Doousse-alin ou Petit Khingan (2).

(1) Si Ton trace le levé que j*ai fait entre Staro-Tsouroukhaïtouî et Aîgoun sur la carte de Schwartz, on remarque que si cette carte présente de graves incorrections dans le domaine des affluents occidentaux de la Nonni (les renseignements manquaient ici aux jésuites), elle s*accorde parfaitement avec mon levé à Test de Merghen. La ville même de Merghen coïncide parfaitement sur le levé et sur la carte au point de vue de la latitude, mais elle serait située, d'après le levé, de 10 kil. plus ^ l'Est. Les positions de la crête d'Ilkhouri-alin et de celle du grand Khingan s*accordent parfaitement.

(3) Je vois que dans les rapports de la dernière guerre en Mandchourie, les militaires russes donnaient tout le temps le nom de Petit Khingan à Vllkhouri alin. Ce

Elle est caractérisée :

a) Par une altitude de 1,200 à 1,800 mètres dans les points les plus élevés de sa crête et une largeur de 80 kilomètres environ, depuis le tournant brusque que fait l'Amour vers le S.-O., près de la stanitza Pachkova, jusque dans le voisinage d'Ekaterino-Nikolsk;

b) Par le caractère très abrupt de ses versants, que détermine ce fait que le pied de la chaîne se trouve à des altitudes ne dépassant pas 240 à 3oo mètres du côté du nord ouest et d'environ 1 5o mètres seulement sur le versant du sud-est;

c) Par la grande complexité de sa structure orographique ; elle n'est pas constituée par une seule chaîne continue avec ses ramifications, mais se compose de plusieurs chaînes parallèles très élevées et très abruptes, comme j'ai pu m'en convaincre en traversant le Petit Khingan, à une distance de i5 kilomètres de l'Amour; elle a le même caractère aux sources de la Bouré'ia;

d) Elle se compose de granités et de schistes cristallins. On la connaît dans les endroits suivants :

a) Sur l'Amour, dans l'étendue qui vient d'être mentionnée; j'ai rencontré la crête principale de la chaîne entre le Ditchoun supérieur et le Ditchoun moyen;

b) Aux sources de la Tyrma, affluent de la Bouréïa (KroutikofFj (i);

c) Aux sources de la rivière Bouréïa (Schmîdt).

La position de cette chaîne au nord de l'Amour est déterminée complètement. Quant à sa situation sur la rive droite de l'Amour, elle présente quelques difficultés. Si nous continuons cette ligne vers le S.-O., nous trouverons qu'à 285 kilomètres de l'Amour, le Soungari se fraie, en amont de la ville de Siang-Sin, un passage à travers une chaîne qui présente le même type orographique que le Petit Khingan. La ressemblance est si frappante dans ce cas, que déjà dans mon premier rapport sur notre expédition de Soungari, publié en i865, j'ai nommé ces montagnes de la Mandchourie un prolongement du Dooussé-alin (chaîne de la Bouréia ou Petit Khingan). Le

nom serait très approprié, en effet, si Tusage ne s*était déjà répandu d'appeler de ce nom la chaîne du Doousse-alin. (Note de içoo.)

(1) Les sources de la Tyrma se trouvent-elles si loin vers le S.-E. que le montre la carte de Schmidt? Schwartz qui se servait de l'itinéraire authentique de M. Kroutikoff. les a placées un peu plus au nord. En outre, Schmidt a tracé tout le cours de TÂmour dans la chaîne de la Boureîa plus au nord que ne Ta fait Schwartz. Les deux cartes dififérent Tune de l'autre dans la représentation de toui le pays au N.-E. de Raddevka.

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Soungarî coule ici entre de hautes montagnes et dans son lit se rencontrent des écueils qui, lorsque Teau est basse, se montrent au jour et offrent un danger pour la navigation. A 28 kilomètres de Siang Sin, les montagnes s'aperçoivent seulement sur la rive droite, d'où nous devons conclure que la chaîne coupe la rivière, non pas perpendiculairement, mais sous un angle aigu.

Si nous continuons encore plus loin cette même ligne, nous trouverons sur son prolongement les montagnes que Ton voit sur le Soungari, immédiatement au sud de la ville de Ghirin (Kirin d'après la prononciation méridionale), tandis qu'entre l'embouchure de la Nonni et de là jusqu'à Ghirin on ne voit que des collines plates et basses ayant le caractère d'une steppe et habitées sur la rive gauche. Tout cela fait croire que les montagnes qui se dressent au sud de Ghirin et qui sont connues sous le nom de Khoulé et Maïarg, sont le prolongement de la même chaîne de la Boureia, percée une seconde fois par le Soungari et au pied sud-oriental de laquelle coulent les rivières Toumyn et Tji-fa (i).

Etant donné ce qui précède, la direction la plus probable de la chaîne de Boureia (Doouse-alin, ou Petit Khingan) se présente ainsi : Des sources des rivières Khata, Kounoukhou (sur laquelle est situé Moukden) et Toumyr, elle suit la rive gauche de cette dernière rivière: puis elle est percée par le Soungari au-dessus de Ghirin, et une seconde fois en amont de l'embouchure de la Khourkha, ensuite elle a le nom de monts de Djévin ; elle traverse l'Amour (Petit Khingan), et passe par les montagnes Vanda, aux sources de la Tyrma, de l'Ounma et de l'Amgoufî ; elle se continue sur la rive gauche de la Boureia et va à ses sources ainsi qu'à celles de la Kerbi. Plus loin, aux approches de la mer d*Okthotsk, il est difficile de déterminer la direction de cette chaîne, faute de données. Il est possible qu'elle passe, en s abaissant, entre le Nemilen et le Tougout. ou, ce qui semble plus probable, qu'elle soit percée par le Nemilen avant sa jonction avec l'Amgoun et qu'ensuite elle se continue par deux chaînes parallèles, dont l'une se dirige le long de la rivière droite de l'Omal, et de la rive gauche de l'Oussalgin, en se terminant dans la mer par une presqu'île longue et étroite, tandis que l'autre passe entre TOmol et l'Amgoun et nous est connue plus loin sous le nom

(1) L^expédition géologique d'Ânert en Mandchourie a confirmé notre prévision. Nous ayons ainsi une longue chaîne qui part de la péninsule Liao-tong, et va jusqu^àla mer d'Okthotsk (les îles Chantar). yNote de içoo.)

de chaîne Mevat, qui se termine dans la mer d'Okhostk par Tile Reinecke.

§ 26. — Celte chaîne sépare, à ce qu'il paraît, les plaines sud-orientales des terres basses sud-orientales qui s'étendent sur le littoral du Pacifique. Au S.-E. de cette chaîne nous ne trouvons plus les plaines, mais les basses terres, semées de très nombreux lacs qui communiquent avec TAmour ou avec d'autres affluents de TOcéan Pacifique. Ces basses terres marécageuses s'élèvent en général à moins de i5o mètres au-dessus de TOcéan.

Au milieu des basses terres se dressent diverses chaînes indépendantes dont la plus voisine de celle de la Boureîa, la chaîne Khôkhtzyr, est parallèle à la précédente (i).

Ici, nos renseignements deviennent si incomplets qu'il est difficile de déterminer avec probabilité la direction de cette chaîne et nous ne pouvons faire que des suppositions. Nous avons quelque raison de croire qu'elle est percée par l'Oussouri, là où celle-ci change brusquement de direction, c'est-à-dire où, au lieu de se diriger vers le N.-E., elle coule vers le nord, notamment entre les embouchures du Pore et de l'Amour. Si, ensuite, nous observons TOussouri en amont du Pore, nous remarquons qu'elle roule ses eaux dans une vallée longitudinale depuis la rivière Pore jusqu'à la rivière Noro et qu'elle perce une seconde chaîne parallèle de ce même système de montagnes entre le Noro et Bikin. Quant à la chaîne Khôkhtzyr, elle se dirige, à ce qu'il paraît, entre l'Oussouri et le Soungari, aux sources de leurs affluents, la Mouren et la Voken. Elle se continue ensuite entre la Mouren et Khourkha-bira (chaîne Oughehin), puis elle passe au sud de Ningouta, le long de la rive droite du cours supérieur de la Khourkha, et enfin elle constitue plus loin la ligne de partage des eaux entre les affluents du côté gauche de la Toumen-Oula (affluent de l'Océan Pacifique) et le Soungari supérieur.

En ce qui concerne le prolongement du Khôkhtzyr vers le nord-est, nous ne savons s'il se dresse le long de la rive droite de l'Amour, ou bien s'il passe sur sa rive gauche pour former la chaîne qui sépare le Kour et le Norin (parallèles entre eux) d'un côté, et l'Amour de l'autre côté.

§ 27. — Nous connaissons encore moins la direction et la structure de la chaîne suivante, située plus à l'est, qui est, semble-t-il, étroitement liée au Khôkhtzyr, notamment les montagnes Sikhota-alin. Il

(1) • Pribrezchnaja Gebirge » sur la carte du Stieler's Atlas. (Note de içoo.)

n'y a aucun doute que depuis la baie de Pierre-le-Grand jusqu'au 40 1/2® de lat. nord, on voit se dresser sans interruption le long de la côte une chaîne ayant la direction S.O -N.E. (i). Il est très probable qu'en arrivant à la baie de Pierre-le-Grand celte chaîne est interrompue, mais elle reparaît plus loin vers le S.-O. dans la chaîne qui sépare la Ya-lou-tsian de l'Océan Pacifique. Nous ignorons si tout l'espace montagneux, entre l'Oussouri et l'Amour au N.-O. et l'Océan Pacifique au S.-E. est occupé par une seule chaîne de montagnes avec ses ramifications, ou si c'est tout un pays montagneux formé de plusieurs chaînes parallèles et courtes (2).

§ 28. — Enfin, la série extérieure des montagnes littorales est constituée par les chaînes qui se dressent dans les îles de l'Océan Pacifique. Elles sont complètement inconnues. Il est généralement reconnu que la partie méridionale de l'île Sakhalin est formée par une chaîne allant du nord au sud, mais il est possible aussi que les chaînes de Sakhalin ne soient pas aussi simples qu'on pourrait le croire à première vue et que les prolongements des chaînes de la Sibérie orientale se trouveront sur Tîle Sakhalin.

On pourrait croire de même que la presqu'île du Kamtchatka, avec sa forme allongée, est traversée par une seule chaîne sur toute sa longueur, mais cette supposition serait erronée : on verra plus loin que ce n'est pas le cas. Ainsi il est peu probable, par exemple, que le rétrécissement du détroit de Tartarie, en face du cap Mouravieff, soit dû à un simple hasard, et il est beaucoup plus probable que les soulèvements S.O. -N.E. que l'on voit entre l'Amour et le littoral de l'Océan Pacifique se continuent plus loin et que Ion trouvera leurs traces dans l'ile Sakhalin.

Enfin, à l'extrémité nord-orientale de l'Asie et dans la presqu'île du Kamtchatka, nous voyons ce qui suit : sur le prolongement du plateau qui, sur la route de Yakoutsk à Okhostk, n'a plus que de 2j5 à 33o kilomètres de largeur, nous trouvons des élévations formant l'extrémité nord-orientale de l'Asie près de la mer de Bering, c'est-àdire se dressant aux sources de la Kolyma, de TAnui, du Tchaoun et de l'Anadyr, Leurs caractères orographiques nous sont inconnus, mais nous remarquons que les rivières qui se jettent dans la mer d'Okhotsk n'atteignent guère de 100 à i5o kilomètres. La

(1) Jatar-Gebinge sur la carte de Stieler. [Note de rçoo.)

(3) Il résulte des explorations récentes que cette dernière supposition est celle qui est correcte. [Note de 1900.)

plus grande d'entre elles, après TOkhota, c'est-à-dire la Penjina, atteint à peine cette dernière longueur. L'unique grand tributaire de la mer de Bering, l'Anadyr, coule probablement dans son cours supérieur en une vallée longitudinale, peut-être même sur un plateau.

Quant aux rivières qui se jettent dans l'Océan Glacial, par exemple l'Indiguirka, la Kolyma et même le Tchaoun, elles atteignent toutes une longueur très considérable; les deux premières dépassent même 1,000 kilomètres. Vu qu'un pareil réseau hydrographique témoigne de l'existence d'une descente abrupte vers le S.-E. et d'une pente douce vers le N.-O., il y a lieu de croire que c'est la continuation du plateau que nous connaissons au S.-O., quoiqu'il baisse ici et qu'il se rétrécisse considérablement.

Enfin, nous trouvons dans le Kamtchatka, sur la continuation du système Sikhota-alin, une chaîne ayant la même direction du S.-O. au N.-E., qui suit le long de la côte nord-occidentale de la presqu'île, en passant près de la baie de Penjin et, plus loin, entre les sources de rOlutor et les sources des affluents du côté droit de l'Anadyr, — rOrlovka et le Main, — parallèlement à la côte de la mer de Bering, entre l'isthme du Kamtchatka et le cap de Saint-Thaddée. — Une autre chaîne du Kamtchatka, ayant la même direction, longe la côte sud-orientale de cette presqu'île; les rivières Bystraïa et Kamtchatka, qui forment une ligne droite en se rencontrant à leurs sources et en se dirigeant dans deux directions opposées (Ditmar), coulent, — la première jusqu'à son embouchure et la seconde jusqu'à son tournant vers l'est — dans une vallée longitudinale au pied de ces montagnes (i). Dans cette chaîne sont concentrés les volcans actifs du Kamtchatka. Elle se dirige du S.-O. au N.-E. et se continue par la rangée volcanique des îles Kouriles, qui a aussi la même direction.

Il est certain que le haut plateau de la partie orientale de la Haute- Asie se trouve étroitement lié aux hauts plateaux de l'Asie Centrale et qu'il forme avec eux un tout entier. Il en représente, en tout cas, le prolongement. Dans l'Asie Centrale aussi, le haut plateau est bordé,

(1) Le rapport détaillé de Ditmar, qui vient d'être publié, confirme cette supposition. Seulement au N.-O. de la rivière Kamtchatka, les montagnes ont le type de plateaux. Une exploration détaillée de la presqu'île serait très désirable. {Note de ipoo,)

■—liftant au N. O. qu'au S.-E., par des chaînes bordières; celle du N.-O. est très haute et parallèlement s étend un vasle pays montagneux alpin, — Toute cette énorme bande a. en Asie, une direction générale du S.-O. au N.-E., et elle entre dans la composition d*un vaste cercle d'élévations continues ou plateaux qui ceint le globe terrestre d'une circonférence ou d'une ellipse. C'est cette bande de plateaux qui détermine la forme générale du continent de l'Asie.

L'importance de cette saillie continue pour la vie générale du continent de l'Asie et l'influence qu'elle exerce sur le climat, la répartition de la flore et de la faune, et la distribution des populations n'est pas encore éclaircie, même dans ses traits généraux. Toutes les indications qui ont été données jusqu'à présent, sont si insignifiantes qu'il est inutile de les rappeler. Mais il est évident que, pour toutes les manifestations de la vie du globe terrestre, les élévations continues ont énormément plus d'importance que les chaînes de montagnes isolées. Nous ne connaissons aucune chaîne de montagnes ayant plus de i,ooo kilomètres en largeur, tandis que le plateau, même dans sa partie étroite entre le lac Baïkal (Bargouzin) et le Grand-Khingan, a déjà cette largeur, et nous ne trouvons pas sur cette ligne un seul point ayant moins de ySo mètres d'altitude. Mais si nous prenons le plateau plus au sud, — par exemple, depuis Minousinsk jusqu'aux basses terres de la Chine, — nous lui trouvons déjà une largeur deux fois plus grande.

Le géographe qui, sans se laisser séduire par l'éclat des couleurs des pays montagneux du type alpin, ou des océans toujours vivants, s'occupera de l'étude de ces élévations continues, — pâles et grisâtres, — cherchera à relier les lois de leur distribution avec celles de l'évolution de notre planète, et fera ressortir l'influence dominante qu'ils ont exercée sur la vie du globe et sur sa population animale et végétale, - ce géographe aura devant lui une série si brillante de découvertes orogéniques et biologiques que l'on s'attendrait à voir toute une pléiade de savants de tajent travailler déjà sur ce champ si fécond.

Les thèses que nous venons d'énoncer se confirment par les coupes et s'expliquent par les cartes anglaises ci-jointes, empruntées au Geographical Journal de Londres :

Une de ces cartes a pour but de donner une idée générale de lorographie de la Sibérie orientale, et pour cela elle représente les direc-

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lions des chaînes et les positions des plateaux sous une forme qui, quoique schématique, donne déjà une certaine idée de la répartition des altitudes. Ainsi, au premier coup d'œil, l'attention est frappée par le plateau qui s'étend en un large triangle du S.-O. vers le N.-E. Si la Sibérie orientale, avec son relief actuel, était couverte d'eau jusqu*à 600 mètres de hauteur, le plateau, comme on le voit, formerait un continent continu qui ressemblerait extraordinairement à la partie méridionale de l'Amérique du Sud. En y ajoutant les plateaux du Turkestan et du Tibet, nous y verrions un vaste continent dont le grand axe est dirigé du S.-O. au N.-E. et qui se rétrécit vers le N.-E. Et cette étendue a justement été un continent pendant une très longue période de temps. Bien que les explorations géologiques qui ont été faites jusqu'ici en Sibérie soient insuffisantes, elles n'en ont pas moins démontré que sur toute cette étendue, il ne se trouve pas de formations marines plus récentes que celles de l'âge dévonien. Au contraire, dans les plaines dont les altitudes ne sont que de 240 à 450 mètres et qui entourent ce continent, supposé de deux longues bandes au N.-O. et au S.-E., ainsi que dans les golfes par lesquels ces plaines pénètrent dans le plateau, surtout dans la vallée de l'Amour, nous trouvons des dépôts marins plus récents — carbonifères, permiens et jurassiques. En d'autres termes, il y a raison de croire que, depuis la période dévonienne, le continent formé par les deux plateaux n*a pas été recouvert par la mer (i). Ce continent s'allongeait alors dans le sens du S.-O. au N.-E., comme les continents actuels s'allongent dans le sens du nord au sud. Il est difficile de prévoir si l'on rencontrera plus tard un fait analogue dans les autres continents ; mais il est à remarquer que les plateaux de l'Amérique du Nord sont disposés de telle manière que si l'eau recouvrait les parties plus basses du continent américain, ses plateaux formeraient un continent dont la pointe convergerait avec celle de l'Asie orientale. Si cela se confirme, il faudra admettre qu'il y eut une période où les continents dirigeaient leurs extrémités vers un certain point situé aujourd'hui dans la zone arctique, de même qu'ils convergent actuellement vers un certain point situé dans la zone antarctique.

Le plateau de l'Asie orientale est limité, comme nous l'avons dit, par des chaînes bordières qui sont indiquées sur la carte par un signe

(1) Si nous prenons en considération la position horizontale des grès, soit dévoniens, soit siluriens supérieurs dans la vallée de la Lena, nous devons admettre que le haut plateau formait déjà un continent durant cette période.

conventionnel. Mais il faut reconnaître qu'en certains endroits il était très difficile de tracer ces chaînes, notamment à l'est du 122* degré de longitude, où la chaîne bordière nord-occidentale a dû être tracée par supposition.

A propos de ces chaînes, il est bon de remarquer que si l'hypothèse que nous venons d'émettre sur l'existence antérieure d'un grand continent, là où nous voyons aujourd'hui les deux plateaux, est juste et se confirme un jour, le développement des hautes chaînes bordières sur la frange de ces plateaux servirait d'appui à l'hypothèse de James Dana, confirmée depuis par Oscar Peschel, sur l'origine des montagnes le long des côtes des continents, tels que le soulèvement tertiaire (principal) des Alpes, celui de l'Himalaya, etc.

Dans les pays montagneux alpins qui accompagnent les chaînes de rebord, j'ai indiqué par un signe conventionnel les directions principales des chaînes. Il ne faut pourtant pas oublier qu'ayant affaire ici à des pays alpins, dans le sens strict du mot, les directions des chaînes — à l'exception des « chaînes rocheuses » en face de l'escarpement du plateau — ont simplement pour but de donner une idée générale de la direction des crêtes. Pour dire vrai, en de nombreux endroits, les crêtes des chaînes ne sont pas indiquées nettement, une chaîne de montagnes étant une formation complexe, dérivée de l'action simultanée des soulèvements qui se manifestent principalement le long d'une ligne ou plutôt le long d'une bande de terrain, et des érosions les plus variées. Dans beaucoup d'endroits, des embranchements secondaires assez importants partent des crêtes qui suivent la direction générale de la chaîne, ou bien on rencontre des plateaux locaux, taillés dans toutes les directions par des vallées profondes.

Il est cependant incontestable que parallèlement aux lignes indiquées sur la carte, on trouve le plus grand nombre de vallées longitudinales; que dans la plupart des cas le long de ces lignes, ou parallèlement à elles mais à une courte distance, se disposent les points les plus élevés des montagnes ; que les directions prédominantes des roches sont, dans la majorité des cas, parallèles à ces lignes; et qu'enfin il serait impossible de traverser la zone alpine si l'on voulait se diriger de manière à couper ces lignes sous un angle aigu. Elles indiquent grosso modo les directions des chaînes secondaires. Du reste, dans la grande majorité d&& ca% et^ Kgn» 990^ tiiiii'faijustement là où, après l'asalyse de Tensemble des explorations, nous avons trouvé le»- crêtes des chaînes ou bien des lignes reliant les points les plus élevés de ces montagnes.

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On objectera peut-être que, sur ma carte, les rivières percent en trop de points les chaînes de montagnes. Si, sous le nom de « chaîne », nous comprenons un ensemble complexe de montagnes étendu en longueur dans une certaine direction et ayant une largeur considérable (telle les Alpes, par exemple), il y a alors peu de rivières qui percent ces systèmes. Il est même facile de nommer ces cours d'eau, qui en tout cas sont de grands fleuves. Quant aux chaînes secondaires, c'est-à-dire aux plissements des grands soulèvements, ceux-ci sont, en effet, traversés très souvent par des rivières, alors même que ces plissements présentent parfois des flancs très abrupts et très élevés. De nombreux exemples typiques de ces brèches nous sont présentés par les Alpes, comme l*a très bien démontré Rûlimeyer.

Dans la Sibérie orientale, on rencontre continuellement des exemples analogues. L'Oka, par exemple, qui, près du cordon Okinsky, n'atteint pas loo mètres de largeur, abandonne sa large vallée longitudinale à 25 kilomètres du cordon pour entrer dans un défilé transversal impraticable, creusé dans une chaîne très bien exprimée, qui a 2,100 mètres d'altitude absolue et 1,200 mètres d'altitude relative au dessus du niveau de la rivière. Sur une distance de 25o kilomètres, jusqu'à la station de Ziminskaia, où i'Oka n'atteint pas encore 200 mètres de largeur, elle perce trois chaînes pareilles. Je pourrais citer des dizaines d'exemples analogues où il n'y a pas de doute possible et que j'ai observés moi-même. Mais si la rivière a sa source sur le plateau, en en descendant, elle perce encore plus facilement les chaînons parallèles à la chaîne du rebord, quoique ces plissements s'élèvent de 1,000 ou 1,200 mètres au-dessus de son niveau (parmi de nombreux exemples, nous ne citerons que la Nonnibira, qui est une rivière insignifiante, mais perce trois plis distincts).

Dans ce cas, la rivière acquiert quelquefois un caractère typique. Elle se compose de portions de parcours réciproquement perpendiculaires; seulement en de nombreux cas, cela ne se voit pas sur la carte annexée à ce travail, puisque beaucoup de rivières, à défaut de toutes données, furent tracées par Schwartz sous forme de lignes droites entre deux points connus de leur cours. Enfin, nous devons encore noter que sur notre carte, il y a un assez grand nombre de cours d'eau qui percent normalement des chaînes de montagnes parce que les positions de celles-ci sont indiquées d'une manière erronée — par exemple dans la taïga de l'Iénissei septentrional. Ici les rivières n'auraient pas traversé tant de chaînes, si nous pouvions substituer

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au tracé de Schwartz, qui ne possédait que des données verbales, le réseau hydrographique plus récent et plus exact de M. Latkine, ce qui n'a été fait qu'en partie sur la carte ci-jointe. Du reste, dans les endroits pour lesquels nous ne possédons pas d'autres données, j'ai évidemment tenu compte du réseau hydrographique pour tracer les chaînes de montagnes.

Quant à la limite des basses-terres, elle indique grosso modo la position de la ligne de niveau de i5o mètres. A défaut de renseignements, il a fallu tracer cette limite en certains endroits par supposition. Il faudrait aussi dans bien d'autres endroits lui faire remonter le cours des rivières qu'arrosent les hautes plaines, mais n'ayant point de données exactes, j'ai préféré ne pas le faire au hasard. Je prie en général le lecteur de se rappeler que la carte n'est pas une carte hypsométrique, mais seulement une carte schématique orographique, composée pour expliquer et spécifier ce qui est dit dans cette étude. Il y a encore beaucoup d'endroits pour lesquels il eût été trop hasardé de faire une carte hypsométrique, et, en tous cas, il faudrait la faire sur une plus grande échelle. Ma carte contient sans doute de nombreuses incorrections, mais je crois qu'elle permet, en traits généraux, de se faire une idée assez juste de la structure et du relief de la Sibérie orientale. Évidemment il est désirable que l'accumulation des données hypsométriques permette de remplacer bientôt cette esquisse générale et préalable par une représentation plus précise.

Les COUPES TRANSVERSALES sont exécutées suivant plusieurs directions, la plupart croisant les plateaux, et une seule dans la direction longitudinale. On peut les considérer comme approximativement précises. Elles sont faites le plus près possible des lignes le long desquelles il y a le plus de déterminations barométriques de hauteurs, et les erreurs possibles dans les altitudes ne doivent dépasser nulle part i5o mètres. Généralement, elles sont bien moindres (i), et quoique l'échelle verticale soit dix fois plus grande que l'échelle horizontale, vu la petite échelle des coupes, les erreurs possibles sont presqu'imperceptibles. Ces coupes furent exécutées d'abord à l'échelle de 40 verstes au pouce (i : 1,680,000), pour les distances horizontales qui furent prises sur la grande carte de Schwartz et, pour les localités

(1) J ai donné les raisons pour cette affirmation dans une discussion des erreurs possibles et probables, qui précède mon catalogue des hauteurs (Mémoires de la Société Géogr. russe^ Géographie générale, vol. III, 1873, et Vetermann's Mittheilungen, même année).

qui ne sont pas représentées sur celte carte, d'après la carte de TEtat-major d'Irkoustk(i : 4,200,000). Le manque de précision de cette dernière carte est très visible dans la coupe de la route d'Erman. Comme complément, je dois indiquer les coupes de la région d'Olekma et du Vitim, depuis la Lena jusqu'aux mines de Tikhonozadonsk et de là jusqu'à Tchita, et celle du plateau du Vitim sur la route traversée par OussollzefF au nord de Gorbitsa. Ces deux coupes sont exécutées le long de deux lignes d'observations barométriques. Elles sont imprimées dans le II I^ volume des Mémoires de la Société de Géographie de Russie.

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Cartes, coupes et dessins.

Nous devons à l'obligeance de M. John Scott Keltie, secrétaire de la Société de Géographie de Londres, les cartes, les coupes et les dessins qui accompagnent ce travail et qui sont empruntées à un résumé de ce même travail, publié dans le Geographical Journal, La connaissance de la langue anglaise est trop répandue parmi les géographes de toute nationalité pour que nous ayons à nous excuser beaucoup de n'avoir pas traduit en français la nomenclature géographique. Quant aux chiffres d'altitude indiqués en pieds anglais, il est suffisamment approximatif de les multiplier par 3 et de les diviser par 10 pour les changer en mètres. Ces documents sont les suivants :

I . — Carte orographique de la Sibérie orientale et des parties adjacentes de la Mongolie et de la Mandchourie ( Orographical Map of Eastern Siberia and Parts of Mongolia and Manchuria) . — Cette carte est une reproduction corrigée de celle qui accompagnait le texte russe en iSyS. Elle a été redessinée à la Société de Géographie de Londres sur une autre projection et étendue un peu du côté du sud, de façon à utiliser des levés récents de la Mongolie nord-occidentale. J'ai aussi refait sur cette carte la région du Sayan oriental et de Nijne-Oudinsk. Suivant les indications des derniers levés russes, j'ai tracé ici une chaîne bordière du plateau Mongolien, se dirigeant du nord-ouest au sud-est, ainsi que deux chaînons parallèles à celle-ci. Mais les doutes que j'exprimais à cet égard en 1875 ne sont pas encore tout à fait levés, d'autant plus que nous ne savons pas encore comment une chaîne bordière allant du nord-ouest au sud-est se raccorderait avec ces chaînes bien distinctes, que j'ai vues et dessinées moimême, se dirigeant vers le nord-est- dans le bassin de TOka. Je me permets donc de prier de nouveau, très instamment* la Société de Géographie russe, ou celle de Sibérie, de faire explorer par un bon topographe et un géologue cette région si importante pour l'orographie de l'Asie.

J'ai aussi fait quelques corrections dans la région des mines du cercle de lénisseisk, mais je ne possède malheureusement pas les originaux des levés récents.

Le réseau des rivières dans le bassin de la Zéia a été refait d'après quelques cartes récentes russes du Transsibérien, et je n'ai qu'à indiquer combien le nouveau réseau des tributaires de la Zeia est plus

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conforme aux hypothèses énoncées dans cet écrit qu'il ne Tétait sur les cartes de 1875. Ils se sont tous alignés dans la direction des grandes lignes du plateau.

Quelques légers changements ont aussi été faits dans les parties de la Mandchourie et delà Mongolie qui entrent dans la carte.

2. — Carte orographique de VAsie (Orographie Map of Asia). — Cette carte est faite pour donner une idée générale des conceptions de l'auteur sur l'orographie de tout le continent asiatique. La carte du Stieler's Hand Atlas m'a servi de canevas.

3. — Les coupes sont reproduites sans changement d'après celles qui accompagnaient le texte russe.

Ce sont :

Une section longitudinale suivant la ligne K L M N, le long du plateau.

Une section sur la route de Yakoutsk à Okhotsk.

Une section suivant la ligne A B C D, qui coupe le plateau du nord-ouest au sud-est.

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