I. — SOLITUDE SOLAIRE
La dryade Eurydice est morte.
Devant la mer de Thrace et ses vagues d'hiver Orphée est seul. Ses pleurs sèchent au vent amer.
Eurydice, Eurydice est morte.
La fuyante Koré l'emporte Au tourbillon de son escorte.
Orphée, Orphée est seul et connaît la douleur, Car il n'est pas permis de livrer aux vendanges Un cœur où le soleil reflète sa ferveur Et de recevoir en échange Le don pareil d'un autre cœur.
Quand Orphée accepta l'amour de la dryade Austère dieu jaloux, il vivait sous ta loi.
Les noires panthères nomades Entendaient alors dans sa voix La voix juste qui persuade.
x\lor8 s'ouvrait devant son calme éclat — Rayonnement modérateur du solitaire —
La foule barbare et prompte aux colères Des Hyperboréens rieurs, ses frères.
Mais il passait, ne les connaissant pas
Il connut Eurydice.
Présence féconde, Eurydice.
Alors, avec sagesse, il construisit.
Elle veillait auprès de lui, Entre le monde et lui médiatrice.
Et lui, dans ses poèmes, témoignant.
Expliquait le monde. Et tout ce que nomme
L'ardente angoisse des vivants
Il le mesurait dans ses chants,
Fixant les règles, enseignant Que rame est immortelle, et surpassant les hommes.