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Orphéoniste et fanfariste

Daubémol, Saxophone solo de la Fanfare de Fouilly-Ies-Gana)|^s MÉLODius, Premier ténor de l'Orphéon de cette localité.

Voir musique n° 1

Daubémol, en scène devant un pupitre de musique, joue la gamme sur son instrument {\). — On entend Mélodius qui chante dans la coulisse. — Daubémol regarde malicieusement de ce côté.

Ce pauvre Mélodius ! il a un chat dans la gorge, et de plus, il enrage ! [Criant). Mimi ! {Il fait mine de souffler dans les trous de son instrument pour en chasser l'eau et semblant de faire jouer les ressorts des clefs). — Son miracle affreusement.

Mélodius, dans la coulisse, file toujours des sons et fait des arpèges.

DAUBÉMOL.

11 ne se lasse pas... Eh bien I... Ni moi non plus. (Il reprend la gamme en jouant avec force.) ré mi ta sol la si do-do-do !...

MÉLODIUS, entrant d'un air furieux en se bouchant les oreilles.

Mais, triple animal !... Vous jouez faux !... Vous me donnez des crispations nerveuses I

DAUBÉMOL, sans s'émouvoir.

Tiens, c'est vous, voisin... ça va bien ce soir?

// lui tend la main.

MÉLODIUS, toujours colère.

Ça va mal !... très mal... par votre faute... car, depuis une heure vous m'agacez singulièrement; et vous me déchirez les oreilles avec votre instrument bête... dont vous lirez des sons qui semblent sortir d'un poireau.

DAUBÉMOL.

Quel blasphème !... médire ainsi du roi des instruments.

(1) Lartisle chargé de ce lôle pourra se procurer un instrument, en carton, dit Bigophoae, ayant la forme du Saxophone. Chtz 0. Bornemann, éditeur, de la Saynète aux prix suivants :

Petit modèle 3 fr.

Grand modèle ^Gros Baryton). . . . 4 fr.

(Franco de port).

Paris, LE BAILLY, Éditeur, O. BORNEMANN, Suce', 15, rue de Tournon.

Tous droits de traduction, de reproduction et de représentation réservés pour la France et l'Étranger.

La copie est interdite, toute reproduction sera poursuivie comme contrefaçon.

(Loi du 19 Juillet ll'J3, Code pénal, Art. i25-i26-i27-463.)

Des remises spéciales seront faites sur les piôcc!» de notre Répertoire prises en nombre égaj

à celui des personnages.

>7> i.il

MÉLODIUS.

Il est propre votre instrument 1... Il me ren 1 fou !... enragé !«.

DAUBÉMOL.

Calmez-vous... en vérité, vous allez vous rendre malade.

MÉLODIUS.

Oh! je suis furieux depuis ce matin... Croyez-vous, Daubémol, que vos collègues de la fanfare m'ont appelé Raseur I

DAUBÉMOL.

C'est inconvenant lEt je comprends parfaitement que vous ne soyez pas satisfait. Mais, est-ce une raison pour venir me quereller à votre tour et insulter mon instrument?

MÉLODIUS.

Ah ! il ne vaut pas cher I

La colère vous é?-are... Je vous assure que le saxophone, dont je suis le plus bel ornement, a des sons enchanteurs. Ecoutez plutôt, et jugez.

H joue do, re, mi.

MÉLODIUS.

Quel sale mi... mais, c'est un rédièze ça 1

DAUBÉMOL.

Je fais un ré dièze qui vaut mi; c'est un nouveau doigté... à moU

MÉLODIUS.

Je ne vous en félicite pas.

DAUBÉMOL, recom,m,ençanl la gamme.

Ré, mi, fa, sol, la, si, do, do, do.

MÉLODIUS.

Ah! oui, vous aimez rester toujours sur le do^ do^ do.,

DAUBÉMOL.

Décidément, mon cher ; vous n'êtes pas dans votre bon sens.

MÉLODIUS, vivem.ent.

Il y a bien de quoi!... Garder son sang-froid quand on vous a donné l'épithète do Raseur !... Raseur comme un Orphéonis'e! Et vous savez pourquoi? Parce nue je cherchais à faire de l'effeL en prouvant mon sentiment musical, et pendant cette phrase, superbe, que, du reste, je dis à merveille.

Voir musique n° 2 Il chante sur l'air de Joseph: A peine au sortir de l'enfance. Vois, pour l'Amer...

DAUBÉMOL, r interrompant et le ra,illant. Quelle belle émission de voix.

MÉLODIUS, se méprenant et d'un air ravi. N'est-ce pas ? Eh bien ! cher Daubémol, croyez-vous que ces croquants de fanfaristes se moquaient de moi ? Les uns tiraient leur mouchoir et s'essuyaient les yeux ; les autres, prenaient des attitudes douloureuses et grotesques : d'autres encore semblaient dormir profondément et ronflaient au point de couvrir ma voix. Comme c'est aimable de leur part?

DAUBÉMOL, même jeu.

J'avoue que ces procédés manquent de politesse et de savoir-vivre.

MÉLODIUS, lui serinant la main.

Très bien, cher ami ;... vous êtes le seul homme raisonnable de la bande. [Reprenant son récit). Et finalement, ils m'ont crié : Taisez-vous donc, raseur!... Cette grossièreté provient do leur jalousie et de l'ostentation : ces messieurs de la fanfare prétendent que l'instrumentisle a plus de talent que le chanteur. Je prolesteénergiquementl non 1 mille fois non

DAUBÉMOL.

Ah! Ahl... permettez... il faut distinguer :

MÉ,LODius, redevenant furierix.

Allons, vous aussi ?... quel orgueil !... quelle vanité!... Se croire du talent... ces f^ens qui ne peuvent rien sans leur instrument. Ça fait pitié !... Tandis que moi, simple choriste, je n'ai qu'à ouvrir la bouche pour plaire.

DAUBÉMOL.

Et vous plaisez souvent ?

MÉLODIUS.

Je plais toujours ! (// vocalise a, a, a, en lournant la bouche (Tune manière grolesque). Faites-en autant, Messieurs les fanl'aristes?

^" Couplet [Voir musique n° 3)

MÉLODIUS.

Vous qui faites de la musique En soufflant dans vos grands tuyaux, Vous ne savez pas l'art magique De charmer par des sons vocaux.

Aimer vous entendre et vous suivre.

Ça dépend du tempérament Car sur vos instruments de cuivre, Tra la la la i ti al la i li a alla Vous n'avez pas de sentiment.

Après le couplet. Non VOUS n'avez pas de scnli:ncnt.

DAUBÉMOL.

Allons aonc!... Vous êtes dans l'erreur... en voici la preive. (Il joue le motif de la Valse du Souvenir).

MÉLODIUS, V interrompant, ' '

Mais, c'est un sol naturel qu'il faut là !

DAUBÉMOL.

Hé ! quel sol fais-je?

MÉLODIUS.

Il est trop bas... vous êtes au soms so^... et puis, il faut n-i début que \q ré glisse sur "la blanche. Arrivé au troisième temps de la quatrième mesure fiites sentir un peii de choc au /a, pour donner plus de sentiment à la phrase.

DAUBÉMOL.

Gomment voulez- vous juger de mon sentiment?... Vous m'avez interrompu au moment OÙ j'allais devenir pathétique... écoutez-moi... avec attention.

Le Souvenir^ un chef-d'œuvre de valse.

MÉLODIUS, riant aux éclats.

Ah ! Ah !... Vous appelez ça du sentiment ? Et vous croyez qu'avec ce mouvement désordonné vousavez réussi à exprinier ces paroles si tendres :

« Reviens, doux souvenir qui loin de moi semble s'enfuir. »

DAUBÉMOL, vexé.

Si nous étions à ce point ignorants, maladroits et ridicules, le public nous sifflerait,

MÉLODIUS, vivement.

Il y songe bien... mais il est indulgent... et nous aussi,

Pourtant les applaudissements ne nous font jamais défaut.

MÉLODIUS.

Les applaudissements ne prouvent rien... surtout quand on a des amis comme* nous pour en donner le signal.

REFRAIN, ensemble {Voir musique n" 4)

MÉLODIUS.

Messieurs les fanlarisles, Vous serez applaudis ; Et les orphéonistes Seront vos bons amis.

Mais, les bassons,

Les bombardons,

Les barytons,

Elles pistons, Ça n'vaut pas les voix d'I'Orphéon.

Ça n'vaut pas l'Orphéon. Non !

DAUBEMOL.

Nous sommes fanfaristos, Justement applaudis :

Et les orphéonistes Seront nos bons amis.

Mais, les bassons,

Les bombardons,

Les barytons,

Et les pistons.

Ça vaut mieux qu'les voix d'I'Orphéon.

Ça vaut mieux quTOrphéon.

DAUBÉMOL.

Alors, pour vous, Messieurs les Orphéonistes, nous ne sommes que des machines à musique ? Des orgues de Barbarie ?

MÉLODIUS.

C'est positif !... car à commencer par voire qualité de son, qui est fort désagréable, vous n'avez pas un seul réchaud : et quel si lance votre saxophone. — Après cela, vous me direz peut-être: ce si est un si à moi. — Je vous répondrai avec dédain : c'est un sal si; fi !

DAUBÉMOL.

C'est fort désobligeant ce que VOUS médites là, et si vous avez tenu pareil langage devant nos amis, ils ont bien fait d'en tirer vengeance.

MÉLODIUS.

Ne vous fâchez pas aussi... c'est en ami que je vous parle, car vous le savez, la critique est souvent utile.

DAUBÉMOL, avec m,alice.

Eh bien ! monsieur le prétentieux, je vais critiquer à mon tour votre peu de savoir ; si vous voulez bien, toutefois, me faire entendre ce bel air de Joseph, que paraît-il, vous chantez si bien.

MÉLODIUS, flatté.

J'accepte et je suis sûr d'avance que vous n'aurez rien à reprendre sur le style et le phrasé car, nous nous inspirons toujours de la poésie... Vous remarquerez que j'ai dû changer le texLc du livret de l'auteur, les paroles primitives n'étant pas assez poétiques et no pouvant en les interprétant faire ressortir mon talent. Attention !... Je commence : Voici le titre : Le Départ pour la pêche de la morue.

Sur l'air de Joseph : A peine au sortir de Venfance.

Il chante lentement.

Vois, pour l'Amer Les trois mâts sont Le marin, sou Aura des dan Mais, c'est pour sau Pour leur pain qu'il Montrant un cou Gardant la mi

Voir musique n° 5

Il respire.

ique lointaine, prêts de partir ; vent avec peine, gers à courir, ver ceux qu'il aime, part aujourd'hui, rage suprême, sère pour lui.

DAUBÉMOL, 7'iant.

C'est à se tordre de rire! On ne chante pas ainsi I... quel phrasé !. . et comme vous dites bien « Les trois maçons » Le marin saoul »

Mais, c'est insensé Quelle belle poésie !..

aura des dents.

MÉLODIUS, fièrement.

Daubémol, vous n'y connaissez rien... D'ailleurs, votre critique ne m'atteint pas choriste.

je SUIS

DAUBÉMOL.

Ah! parlons-en des choristes, non seulement ils chantent faux, ne vont pas en mesure, mais ces pauvres malheureux, on leur fait dire des choses grotesques comme chanter à

pleine voix :

Amis, faisons silence.

Car la s^arde s'avance.

Silence ! Silence !

Ou bien encore : Allons, courons à son secours! et les choristes répèlent ce propos pendant dix minutes en reslant en place... c'est risible.

2fi Couplet {Voir musique n* 3)

DAUBÉMOL.

Pour l'orphéon et la fanfare

La musique est un art divin.

Mais l'amour-propre nous égare,

Et nous nous plaisantons en vain.

Se fâcher serait bien dommage ;

Donc, pas de mépris insolent.

Sans envie il faut rendre hommage

Tra la la la iti alla iti alla.

A qui fait preuve de talent,

Qiii, qui qui qui, prouv'du talent {bis)

A qui fait preuve, à qui fait preuve de talent!

MÉLODIUS.

Mon cher, votre critique n'est ni juste ni exacte. Vous conviendrez qu'il faut du temps pour faire un bon chanteur? Pendant plusieurs années il est livrée toutes les exigeances du grand art... mais il devient votre maître... vous êtes soumis à sa voix et votre rôle secondaire se borne à l'accompagner.

DAUBÉMOi-, se moquant.

Mélodius, VOUS devenez éloquent.

MÉLODIUS.

Au chanteur il faut de la grâce, du physique et du chic ~ comme à moi, mais je n'en tire pas vanité. —

DAUBÉMOL.

Je le vois bien.

MÉLODIUS, s'animant.

Il faut encore une bonne émission, de la distinction, de la passion, de la correction, de l'articulation, de la diction, de la prononciation, pour fixer l'attention et mériter l'approbation sur l'intention de l'exécution de la composition par l'expression de l'interprétation, etc.

DAUBÉMOL.

Oufl

MÉLODIUS.

Quant à l'instrumentiste, il ne lui faut que du bois ou du cuivre; surtout de bons poumons ; alors, il semble heureux d'avoir fait beaucoup de bruit. Le tambour ou la grosse caisse vous dira avec satisfaction : Hein ?... c'est tapé! Nous autres chanteurs...

DAUBÉMOL, l'interrompant.

N'ayant ni jalousie, ni prétention.

MÉLODIUS.

Oui, je l'affirme!... Nous applaudissons en bons camarades; et volontiers, nous crions aux fanfaristes : Bravos ! Bis ! bis ! Juste quand ils jouent faux.

Vous êtes bien bons... C'est pour les encourager, n'est-ce pas?

MÉLODIUS.

Et puis, en somme, que voulez-vous demander de plus à des gens qui, s'ils n'étaient instrumentistes, feraient des mauvais meuniers... puisqu'ils ne produisent que du son I

RKFRA1N, ensetnhle {Voir musique n° 4)

MELODIUS.

Messieurs les fanCarislns, Vous serez applaudis ; Et les orphéonistes Seront vos bons amis.

Mais, les bassons,

Les bombardons,

Les barytons,

Et les pistons, Ça nVaut pas les voix dTOrphuon.

Ça n'vaut pas l'Orphéon. Non !

DAUBEMOL.

Nous sommes fanfaristes, Justement applaudis; Et les orphéonistes Seront nos bons amis.

Mais, les bassons,

I^es bombardons,

Les barytons,

El les pistons, Ça vaut mieux qu'Ics \oix dTOrphéon.

Ça vaut mieux qu'l'Orphéon.

MELODlUS.

Ce qui m'amuse constamment, c'est de remarquer avec quelle distinction les fanfaristes se présentent et jouent en public. C'est d'abord un bruit de chaudrons, de casseroles et de ferraille qui se heurtent ; on se place, on tousse, on crache, on essaye la puissance de son souffle... Pchou... Pchou... puis chaque arlislo se passe la langue sur les lèvres, prend un air capable et attend le signal de l'attaque. Enfin, on commence.

DAUBÉMOL.

Décidément, vous êtes toujours affecté du mot raseur.

MÉLODlUS.

Ne m'interrompez pas... Je vais vous analyser et vous traduire une exécution : — Le flûtiste semble lécher un bâton de jus de réglisse noire et siffle comme un nicrle : Ouit, ouit, ouit. — Le clarinettiste suce un grand poireau qui a pris le deuil et ne le trouvant pas à son goût voudrait sans doute aller iioii'o un coup chez le marchand devin du coin, car on entend : coin, coin, vile au coin. — Le bugle, sachant qu'il n'a plus de crédit, se pince les lèvres pour ne pas rire et l'ait des pieds de nez : Doua, doua, doua. — Le piston, son camarade, ne croit pas ça ; il fait aussi des pieds de nez et répond à coups de langue : ta, ta, ta, tu, tu, tu, taguedigue digue du. — Le saxophone qui n'a pas d'argent pour guérir son rhume de cerveau, fume gravement sa pipe et geint du nez : ban, han, ban. — Le trombone, qui pour avoir des sons plus éclatants doit, se mainîenir dans la coulisse, avale et se retire constamment des tringles de cuivre de la bouche en se disant probablement : pouah !... pouah!... c'est mauvais ; j'aurai mal au ventre; mais, tant pis; il faut quej'y goûte encore. Et l'on entend aussitôt pour résultat, prout, prout, proul. — Pendant ce temps-là, le baryton donne son opinion : soif, soif, s-oif. — La basse ronchonne et, comme un confiseur qui veut vendre sa came'otle répèle " bon bon bo bon bon. — Le cymbalier fait d'zim ! d'zim ! d'zmi I — La grosse laisse bnuni ! boum ! boum ! — Le tambour Iricole en bas et fîei- comme un maréchal fait ri-^^anl Voilà ce que c'est qu'une harmonie. Quand vous êtes auprès^si vous ne voyez pas de bois, c'est une fanfare. Ce qu'ils exécutent est un morceau... Morceau!... voilà un mot prosaïque, vulgaire et commun! Quant à nous autres chanteurs...

Modestes et délicats.

MELODIUS.

C'est des chœurs qu'il nous faut! — L'expression est choisie... Ah ! vous nous plaisantez... mais, c'est vous qui êtes ridicules... — Vous enlevez des morceaux ; nous, nous enlevons des chœurs ;

3^ Couplet (Voir musique n» 3)

MELODIUS.

Pour VOUS suivre à travers la ville, Vous trouvez les gens rassemblés.

Mais, ça n'est pas bien difficile De jouer des pas redoublés.

Nous n'avons jamais d'uniforme, Ni grand plumet, ni des galons ; Nous mettons l'habit pour la forme.

Tra la la la la la la la alla la la.

Relevant son col avec prétention.

Car, nous allons dans les salons.

Nous, nous allons, dans les salons {bis)

Oui nous allons, oui nous allons dans les salons l

MÉLODius, avec orgueil.

Oui, nous allons dans les salons !... Nous ne sommes pas des musiciens de carrefour 1... Nous ne brillons pas en plein air aux rayons du soleil ou à la lueur des bece de gaz; mais nous brillons à l'éclat des lustres d'un salon ou d'une salle de concert.

DAUBÉMOL.

Autrement dire, vous faites de la musique en chambre ; mais, ça n'est pas une preuve que vous êtes toujours justes et que vous vous maintenez dans la note voulue. — Moi je connais certaine C/iam6)'e où l'accord et l'harmonie ne régnent jamais.

MÉLODIUS.

Oh! mon cher, pas d'allusion pohtique.

DAUBÉMOL.

Je n'en veux point faire, soyez-en certain ; il me serait trop facile de prouver que l'homme poliiique ayant su faire donner la même note par ses électeurs, — instruments inconscients, — no o-arde bientôt plus de mesure ; il change de ton en changeant de nuance, et malgré ses liaisons ses discours sont snn?, portée. Il cric à l.i ronde : « J'ai carte blanche ». mais sa conscience est noire de trahison, car l'ambition l'accrocAcyil aime la jjose et il se moquera des électeurs jusqu'au dernier soupir.

MÉLODIUS.

Oui, c'est toujours la même ritournelle.

DAUBÉMOL.

Voyez-vous, la politique est une mauvaise musique ; cl!c ci^n.Dcchc les cœurs et les voix de battre et de chanter à l'unisson.

MÉLODIUS.

Il est évident qu'avec quatre parties on ne peut avoir toujours l'unisson dans X^schœurs.

DAUBÉMOL.

Ne nous occupons plus de cette vilaine musique-là.

MÉLODIUS.

Je disais donc qu'il nous faut un endroit bien clos, sinon, nos accords et la sonorité de nos voix s'affaibliraient, se volatiliseraient.

DAUBÉMOL, riant.

Ah ! par exemple, voilà qui est bien trouvé : l'harmonie ciiorale volatilisée I... Décidément, chanter des chœurs est un art qui développe singulièrement l'esprit.

MÉLODIUS.

Riez si vous le voulez ; mon cher, mais avec ça qu'ils font spirituels, dans la fanfare !... Intrigants... oui... Us demandent à se faire entendre lo dim uiche sur la grande place, sans doute pour y faire un plus grand four; moi, je n'y vois aucun inconvénient. Mais, voyons... entre nous... c'est donc bien dillicile de faire de la musique en soufflant?

DAUBÉMOL.

Beaucoup plus difficile que vous le pensez !

MÉLODIUS.

Alors le vent est le premier artiste du mondi. Gràc3 au vent, tout fait de la musique dans la nature. Qu'est-ce qui donne des murmures si doux, si har.uonieux aux roseaux? Œnaem' ble>) C'est k Veot 1

DAUBÉMOL.

A Ja Bombre Forêt ? A la verte feuillée ? {Ensemble.) C'est le VentI

MÉLODius, s exclamant.

Faire du bruit, voilà donc l'esprit du moment! tout est là ; c'est le succès. {Trémolo pendant tout ce parlé débite' avec faconde.) Allons, Messieurs de la Fanfare, vous êtes dans le train, vous êtes dans le mouvement. Faites du bruit pour attirer l'attention sur vous; faites du bruit, toujours du bruit et vous réussirez : vous aurez les honneurs et la subvention ?

DERNIER REFRAIN ensemble (Voir musique n^ G).

MÉLODIUS.

Messieurs les fanfarisles, Vous serez applaudis ; Et les orphéonistes Seront vos bons amis.

Mais, les bassons.

Les bombardons,

Les barytons,

Et les pistons, Ça n'raut pas les voix d'I'Orphéon, Ça n'vaut pas l'Orphéon. Non!

DAUBÉMOL.

Nous sommes fanfaristes Justement applaudis; Et les orphéonistes Seront nos bons amis.

Mais les bassons,

Les bombardons,

Les barytons.

Et les pistons, Ça vaut mieux qu'ies voix d'rOrphéon.

Ça vaut mieux qu'l'Orphéon.

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