LA RELIGION ISLAMIQUE
syrienne, ne réussit pas; mais quand il mourut à Médine, le 8 juin 632, au retour d'un « dernier pèleririnage > à La Mecque, il était le maître de toute l'Arabie et respecté presque à l'égal d'un dieu.
9. Féroce contre les païens, c'est-à-dire contre les adorateurs des idoles, Mahomet montra un peu plus d'égards aux * détenteurs d'Écritures », Juifs, Chrétiens, Parsis et Mandéens. Il considérait Moïse et Jésus comme des prophètes, inspirés du même dieu que lui. Mais il s'était de bonne heure brouillé avec les juifs, qui l'accusaient, à Médine, de plagier la Bible en l'altérant; il les appelait « des ânes chargés de livres ». Au cours de sa guerre de brigand contre les Mecquois, Mahomet attaqua une tribu juive, passa tous les hommes au fil de l'épée et réduisit les femmes et les enfants en esclavage. Il n'épargna qu'une belle juive, qu'il garda dans sa maison, mais qui refusa dédaigneusement d'être sa femme.
10. Si les succès personnels de Mahomet s'expliquent par son énergie sans scrupule et son intelligence lucide, sinon cultivée, 1 étonnante fortune de sa doctrine est due surtout à sa simplicité. Un dieu unique, celui des patriarches d'Israël, adoré sans images; l'âme immortelle, destinée, dans l'autre vie. à des peines ou à des récompenses sensibles, tels en sont les éléments. La création et la chute de l'homme sont racontées, avec quelques variantes, d'après la Bible. Très peu de ritualisme : un mois de jeûne quotidien {Ramadan), avec permission de faire bombance pendant la nuit; des ablutions; cinq prières par jour, le visage tourné vers La Mecque. Le Koran ne parle
pas de la circoncision, vieux rite arabe que les musul mans ont adopté. Très peu de prohibitions : celles di sang des animaux, de la viande de porc, des boisson fermentées, des jeux de hasard, des images. Pas d< clergé, mais un directeur des prières communes (imân et un héraut qui annonce l'heure de la prière (muezzin) Comme on ne pouvait abandonner tout à fait h croyance aux djinn, Mahomet les subordonna aux anges de la tradition juive post-biblique, messagers de Dieu ou gardiens bienfaisants des individus. L'ange déchu, Satan, s'appela Iblis (du grec diabolos). Le réformateur ne fit pas violence aux mœurs des Arabes, dont il flatta les instincts pillards par la doctrine de la guerre sainte contre les Infidèles. S'il restreignit la polygamie, en ne permettant que quatre épouses légitimes, il donna lui-même l'exemple d'accommodements avec la loi en prenant neuf femmes après la mort de Khadîdja. La femme musulmane continua d'être à demi esclave, tenue de se voiler devant les étrangers, n'apprenant rien, ne participant presque pas au culte public; mais la facilité du divorce fut un peu restreinte par l'obligation imposée au mari de verser une dot. Le reste de la morale est emprunté au judaïsme et au christianisme, y compris le principe, affiché plutôt qu'appliqué, de la fraternité humaine; pourtant Mahomet, qui avait été pauvre lui-même, témoigna d'une sollicitude particulière pour les pauvres, en rendant l'aumône obligatoire comme les rites.
ii. Le devoir par excellence est l'obéissance et la soumission à Dieu (Islam), qu'aucune religion n'a formulé avec autant de rigueur et qui engendra naturel-
LE KORAN m
ement le fatalisme. Frappé par le malheur, même le plus injuste en apparence, l'Arabe dit : « C'était écrit! » ou Allah est grand! » Avec cette discipline, on fait des soldats héroïques, de bons travailleurs patients et résignés; mais fait-on des hommes de progrès? L'histoire répond.
12. Les «Jeunes Turcs », qui ont conquis le pouvoir politique en juillet 1908, par une révolution pacifique que l'Europe admire, soutiennent que leurs doctrines, celles de la civilisation moderne, sont parfaitement compatibles avec le Koran. Mais ce n'est pas du Koran qu'ils les tiennent. La civilisation occidentale est la fille de la Renaissance du xviH siècle, qui retrouva et remit en honneur la sagesse des Grecs. Toute victoire nouvelle de la civilisation étend le domaine moral de l'hellénisme et restreint celui des religions orientales. Celles-ci peuvent s'en accommoder, mais à la condition d'évoluer, comme l'ont fait le judaïsme et le christianisme, dans un sens opposé à celui des vieilles théocraties.
13. Le Koran (EI-Qur'an, la lecture) se compose de 114 chapitres ou surates qui reproduisent, dans une langue devenue classique, les décisions du Prophète et ses discours. Du vivant de Mahomet, on les a mis en partie par écrit (il ne savait pas écrire lui-même). L'édition définitive de ces fragments fut publiée en 650, sous le khalifat d'Othman. Elle paraît avoir été faite de bonne foi; l'authenticité de l'ensemble ne peut être sérieusement contestée.
14. Au point de vue littéraire, le Koran est un pauvre livre. Déclamations, répétitions, banalités,
manque de logique et de suite dans les idées y frappen à chaque pas le lecteur non prévenu. Il est humilian pour l'esprit humain que cette médiocre littérature ai été l'objet d'innombrables commentaires et que de; millions d'hommes perdent encore leur temps à s'er imprégner.
15. « Allah est Dieu et Mahomet est son prophète! » Ce credo de l'Islam menaça de devenir celui du monde Les successeurs de Mahomet {Khalifes, c'est-à-dire vicaires) conquirent, en moins d'un siècle, l'Egypte, la Syrie, la Babylonie, laPerse, le Turkestan, lesîles del' Archipel, l'Afrique du nord, la Sicile, l'Espagne, le midi de la France; ils firent trembler Constantinople et résistèrent aux assauts furieux des Croisades. Si i'Empire arabe se divisa dès le vme siècle, la civilisation arabe, héritière des peuples vaincus, devint florissante à Bagdad et en Espagne; la religion, malgré les sectes, conserva toute sa vitalité expansive. Les Turcs Ottomans, originaires de l'Asie centrale, conquirent l'Asie Mineure et mirent fin, en 1453, par la prise de Constantinople, au dernier débris de l'Empire romain. Toute la péninsule des Balkans, presque toutes les îles, la Crimée, tombèrent aux mains de ces musulmans, qui conquirent encore l'Egypte, la Syrie, le Yémen, l'Afrique du nord dans les premières années du xvie siècle. Vers la même époque s'établit dans l'Inde le grand empire musulman des Mongols.