‹ Orpheus; histoire générale des religionsChapitre 126 sur 283 · DANIEL ET JONAS · texte numérisé non relu

DANIEL ET JONAS

forment le livre de Daniel sont écrites partie en araraéen, partie en hébreu. D'après le récit qui ouvre ce livre, Daniel aurait été mené captif à Babylone (606) et, élevé à la cour de Xabuchodonozor, aurait prédit au roi Balthazar sa ruine prochaine. C'est lui qui sauva Suzanne, injustement accusée par des vieillards, démasqua l'imposture des prêtres de Bel et sortit indemne de la fosse aux liens où le fit jeter Darius. Non seulement ces récits sont des fables, mais tout Je livre attribué à Daniel est frauduleux. Loin de remonter aux environs de 550, il fait de claires allusions à des événements voisins del'an 160 avant Jésus-Christ et ses prétendues prophéties, bien qu'acceptées par toute la théologie chrétienne, ne peuvent plus donner le change à personne. On s'étonne qu'il ait fallu attendre jusqu'à la fin du xvine siècle pour que cette supercherie littéraire fût définitivement démasquée.

60. Un autre prophète, dont les auteurs chrétiens ont fait grand état, auquel Jésus s'est comparé luimême et qui a été considéré comme sa « préfiguration », est Jonas, célèbre par son séjour dans le ventre d'un monstre marin et par sa révolte contre la clémence de l'Éternel. Xinive, menacée par les prophéties de Jonas, s'était amendée; l'Éternel lui pardonna et le prophète osa reprocher à Dieu sa mansuétude. Alors il s'endormit à l'ombre d'un arbre qu'un ver rongea pendant la nuit, et il reprocha de nouveau à Dieu d'avoir détruit cet arbre. « Comment, lui dit l'Éternel, tu voudrais que j'eusse épargné un arbre et je n'épargnerais pas Xinive, cette grande ville où il y a plus de 120 000 créatures humaines qui ne

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savent pas discerner leur droite de leur gauche et, outre cela, une multitude de bêtes? » [Jonas, 4, 11). Cette courte composition, très singulière, figure à tort dans le recueil des petits prophètes. On a rapproché Jonas du dieu-poisson babylonien Oannès; on a expliqué son salut miraculeux par celui d'Israël, dévoré par le dragon assyrien et rendu au jour; enfin, on a fait valoir que le dernier épisode contenait une critique à l'endroit du nationalisme étroit et haineux des Israélites après le retour de l'Exil. Ce ne sont encore que les amorces d'une explication.

61. L'idée de l'avènement d'un Messie, c'est-à-dire d'un oint du Seigneur (en grec christos, de chriein, oindre), se-constate déjà chez les grands prophètes et a exercé une influence décisive sur les destinées du christianisme. Longtemps on se figura que le Messie devait être un guerrier heureux, de la race de David, apparaissant en gloire pour rendre son lustre à Israël. Mais à côté de cette conception, que décourageait la marche de l'histoire, se fit jour celle d'un Messie humble et souffrant, du serviteur de Jahveh, dont l'avènement devait purifier Israël plutôt que F exalter (1 '}. Les textes dits messianiques qui, dans l'Ancien Testament, passent pour préfigurer Jésus, ont tous été ou mal compris, ou détournés volontairement de leur sens. Le plus célèbre est celui d'Isaïc (7, 14) qui prédit qu'une vierge enfantera Emmanuel ; mais le mot àlmah, que les Septante ont rendu par vierge, signifie, en

(1) Il est question du M^cssie humble dans Zacharie, 9, 9; pour le serviteur de Jahveh, voir surtout Isaïe.. cliap. 42.

hébreu, jeune femme, et il s'agit seulement, dans ce passage, de la prochaine naissance d'un fils du roi o» du prophète lui-même. Le contre-sens des Septante est une des origines de la légende relative à la naissance virginale de Jésus. Dès le 11e siècle, les Juifs s'en aperçurent et le signalèrent aux Grecs; mais l'Église a sciemment préféré mal comprendre ce passage et elle persévère depuis plus de quinze siècles dans cette évidente erreur.

62. 11 y a de nombreux morceaux de poésie épars dans la Bible, comme le chant de Lamech. le chant de victoire sur les Philistins, le cantique de Débora, «perle de la poésie patriotique d'Israël ». (1) Nous avons même un recueil de chants d'amour, le Cantique des Cantiques, attribué sans raison aucune au roi Salomon et où l'on a cherché toute sorte d'allégories pieuses qui n'y sont pas. Mais, sauf ces quelques fragments, la poésie laïque a péri ; ce qui nous reste est de la poésie religieuse, trop riche en images, souvent incohérente, mais où le sentiment que nous appelons moral est profondément marqué. Ce sont les Psaumes, les Proverbes et le livre de Job. Les copistes grecs en ont traduit le texte en séparant les vers, ce que les Bibles ordinaires ne font pas. Quant aux règles de cette poésie hébraïque, elles sont encore matière à controverse; tout ce qu'on peut dire, c'est que l'assonance et

(1) Reuss, La Bible, t. VII, p. 5.

la rime n'y font pas défaut et que la fin des strophes est quelquefois indiquée par un refrain.

63. Les Psaxtmes (grec psalmoi, de psallein, chanter en s' accompagnant) forment un ensemble de 150 morceaux; c'était le livre des cantiques de la Synagogue. Cette littérature un peu monotone, où les idées d'humilité, de résignation, d'espérance en Dieu tiennent une grande place, a exercé une influence immense sur les civilisations et la pensée de l'Europe chrétienne. Les psaumes dits messianiques, considérés comme des prophéties ou des préfigurations dejésus, ont beaucoup servi à constituer la légende du Christ crucifié (Ps. 22). Près de la moitié des psaumes sont attribués par les suscriptions au roi David, et la tradition, d'accord avec les premiers textes chrétiens (Actes, 4, 25; Hcbr., 4, 7), attribue tout le Psautier à ce prince. C'est là une erreur absolue. Le Psautier est un recueil qui s'est formé peu à peu, où il y a des redites, des doubles rédactions; rien ne prouve qu'il contienne une seule pièce antérieure à l'Exil, et plusieurs sont du temps des Macchabées ou même plus tardives. Il y est question de l'oppression d'Israël, de synagogues détruites, de l'introduction des symboles de l'idolâtrie dans le sanctuaire (Ps. 74). Ceux des psaumes qui sont censés foire des allusions à l'histoire du roi David contredisent ce que nous savons de cette histoire ou les exigences de la vraisemblance historique, par exemple Ps. 51, où David est censé demander à Dieu qu'il rebâtisse les murs de Jérusalem! Le fait que la tradition faisait de David un poète-musicien (I, Sam., 16, 18) suffit à expliquer l'attribution d'hymnes anonymes à ce chef

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