‹ Orpheus; histoire générale des religionsChapitre 128 sur 283 · LE RETOUR DE LEML · texte numérisé non relu

LE RETOUR DE LEML

restre. (i) Avec la conception des récompenses d'outre-tombe, qui est étrangère à la littérature juive canonique, l'ouvrage entier n'aurait pas d'objet. Il faut ajouter que le texte est très altéré et qu'il y a de graves interpolations.

68. Les Hébreux ne furent pas molestés pendant leur séjour forcé en Babylonie. Quand un édit de Cyrus (536) leur permit de retourner dans leur patrie, les tribus de Juda et de Benjamin se mirent seules en route; les descendants des autres se fondirent avec la population qui les entourait. Le nouvel Exode, auquel présidèrent Zorobabel, un descendant de David, et le grand-prêtre Josué, ne fut pas heureux; pourtant, la reconstruction du Temple recommença en 535, malgré les intrigues des Samaritains, qui dénonçaient aux rois de Perse l'ambition des Juifs. Jl fallut, vers 458, l'ascendant religieux d'Esdras (Ezra), et, 13 ans plus tard, le tact politique de Néhémie, qui avait occupé de hautes fonctions à la cour de Perse, pour donner une organisation solide au peuple juif. Cette organisation fut essentiellement théocratique ; la Judée fut gouvernée par un grand-prêtre, assisté, plus tard, d'un Sanhédrin ou Conseil. Le mosaïsme, jusque-là un idéal, devint, pour la première fois, une réalité. Plus de retours vers le polythéisme, plus de prophètes, -nais des docteurs de la loi ou scribes, des écoles de

(1) Reuss, La Bible, t. Mil, p. 76.

théologie et, nouveauté essentielle, des oratoires ou synagogues, où les laïcs se réunissaient pour lire les livres saints et pour échanger des idées à leur sujet. C'est de la Synagogue, non du Temple, que devait sortir l'enseignement chrétien.

Les événements les plus importants de cette période furent la promulgation de la Loi par Esdras et le schisme des Samaritains, qui établirent au Garizim un sanctuaire rival de celui de Jérusalem. Plus tard, un autre sanctuaire fut construit en Egypte par Onias et considéré également comme schismatique (150). Après Alexandre, la Judée appartint pendant un siècle aux Ptolémées (320), puis aux Séleucides (189); Antiochus IV persécuta les Juifs, qui répondirent par une insurrection dont le chef, un des fils du prêtre Matathias, Judas Macchabée (marteau?), remporta quelques succès éclatants (167-160). La lutte dura longtemps, sous des pontifes dits Asmonéens (du nom du bisaïeul de Matathias), membres de la nombreuse famille dite des Macchabées ; enfin, l'un d'eux, Siméon, prit le titre de prince des Juifs (142). Ses successeurs, Hyrcan, Aristobule, Alexandre Jannée, furent à la fois rois et grandsprêtres. Sous Hyrcan II, Jérusalem fut prise par Pompée (63), et Hérode l'Iduméen, fils d'un ministre d'Hyrcan, se fit donner la couronne par le triumvir Antoine. Après sa mort, son royaume fut divisô en trois tétrarchies et partagé entre ses enfants, auxquels les procurateurs romains ne laissèrent que l'apparence du pouvoir. Les exactions des Romains provoquèrent une révolte générale (-f- 66) qui se termina, sous Vespasien, par la prise et la destruction de Jérusalem (70) ; le 1

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temple fut brûlé, les habitants massacrés ou vendus comme esclaves. Une nouvelle insurrection, dirigée par le faux Messie Barcochébas, ne fut pas plus heureuse. Béthar, la dernière forteresse juive, tomba aux mains des Romains et Hadrien fonda, sur les ruines de Jérusalem, la colonie d'/Elia Capitolina (136).

Alors s'acheva la dispersion du peuple juif. C'est cette dispersion que le sénateur romain RutiliusXamatianus, écrivant peu après la prise de Rome par Alaric (410), considérait comme la source de tous les maux de l'Empire; car chaque communauté juive abrita bientôt une communauté chrétienne naissante et marqua une étape dans la conquête du monde antique par le christianisme. « Plût au ciel, dit Rutilius, que la Judée n'eût jamais été soumise par les guerres de Pompée et les armes de Titus! Le mal déraciné étend d'autant plus sa contagion et la nation vaincue opprime ses vainqueurs. » Un peu plus haut, par une allusion évidente à un mot de saint Paul, il appelle le judaïsme la « racine de la folie » (radix stultitiœ). Titus déjà, au dire de Tacite, avait déclaré qu'il fallait détruire le temple de Jérusalem, parce que le christianisme était sorti du judaïsme et que, la racine arrachée, la tige périrait plus sûrement. (1) Titus n'a guère pu dire cela en 70; mais Tacite a pu le penser trente ans plus tard.

69. Pendant les cinq siècles qui s'écoulèrent entre le retour de la Captivité et l'ère chrétienne, le chris-

(1) Tacite, fragment dans Sulpice Sévère, Chron., II, 50.

tianisme s'élabora dans le monde juif par le mélange de doctrines mosaïques, persanes et grecques. Le centre religieux était naturellement Jérusalem, où des tendances opposées et d'ailleurs confuses, qu'il est aujourd'hui difficile de définir, étaient représentées par les Saducéens (de la famille d'un prêtre nommé Sadok) et les Pharisiens (de Pevoushim, « les séparés » ?). Les Saducéens niaient la résurrection et les anges, que reconnaissaient les Pharisiens {Actes, 23, 8). Parmi les doctrines nouvelles du judaïsme d'alors, il en est qui semblent persanes, comme celles de l'Esprit du mal (Satan), des archanges et des anges; il en est d'helléniques, peut-être orphiques et platoniciennes, comme celles de l'ascétisme, des peines et des récompenses futures, du péché originel. L'invasion des idées helléniques était favorisée par l'existencedegrandes colonies juives en Egypte (surtout à Alexandrie) etenCyrénaïque. C'est pour ces Juifs, oublieux de leur langue, que l'Ancien Testament fut traduit en grec; cesonteuxqui imaginèrent d'expliquer par l'allégorie — à l'exemple des philosophes stoïciens — ce qu'il y avait de trop bizarre dans les légendes bibliques. Leurs idées nous sont connues par Philon, juif alexandrin contemporain de Jésus. En Palestine même, l'infiltration de l'hellénisme est bien attestée; des docteurs juifs prirent des noms grecs et parlèrent le grec. Dès le second siècle avant Jésus-Christ, il y eut en Palestine un « péril hellénique »; l'alliance entre Juifs et Grecs, prêçhée par saint Paul, avait été préparée depuis longtemps.

70. Un ascétisme semblable à celui des Pythagoriciens inspirait les Esséniens de Palestine et les

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