‹ Orpheus; histoire générale des religionsChapitre 146 sur 283 · RÉSULTATS DE LA CRITIQUE · texte numérisé non relu

RÉSULTATS DE LA CRITIQUE

t-ies narratives servant de lien aux discours, mais il ne comprenait pas la Passion. On l'appelle Q (initiale du mot allemand Quelle, source).

2° Notre Marc, dont la conclusion (16.9-20) est une addition de la fin du Ier siècle, qui manque aux plus anciens manuscrits, est un remaniement de deux textes antérieurs : le premier était peut-être en araméen et il n'est pas sûr qu'il racontât li Passion; le rédacteur du second, qui la racontait, a connu Q; celui de notre Marc a connu Matthieu et même Luc.

30 Notre Matthieu a pour base Q, recueil plusieurs fois élargi et remanié, surtout à l'aide de la seconde rédaction de Marc.

4° Notre Luc est peut-être la seconde édition, plus complète, due au même rédacteur que la première, d'un texte que Marcion possédait en 150. Les Pères de l'Église (Tertullien, Épiphane) ont accusé Marcion d'avoir mutilé le texte de Luc et ont spécifié les passages qu'il retranchait; en réalité, il semble avoir possédé le Luc primitif, rédigé d'après une éditior. remaniée de Q, un état ancien de Marc, peut-être aussi la Première aux Corinthiens de Paul et d'autres documents perdus. Notre Luc atteste la connaissance des Antiquités de Josèphe, publiées en 93, ou, du moins, d'une source de cet ouvrage. Il est à remarquer que des sections propres à Matthieu (par exemple 17, 24-7; 20. 1-16) ne se retrouvent pas dans Luc et qu'aucun discours de Matthieu n'est reproduit par Luc.

50 L'Église a toujours appelé premier Évangile celui de Matthieu et deuxième Évangile celui de Marc. En réalité, le fond de Marc est antérieur à notre Mat-

32b LES ORIGINES CHRETIENNES

situation est restée la même, bien que la science l'ait singulièrement précisée : les Évangiles, abstraction faite de l'autorité de l'Église, sont des documents inutilisables pour l'histoire de la vie réelle de Jésus; ils peuvent et doivent seulement servir à nous apprendre ce que les Églises primitives ont cru de lui et l'origine de l'influence immense que ces opinions ont exercée sur le genre humain.

20. La comparaison de nos Évangiles et la distinction des couches successives qui les ont formés prouvent que même la légende de Jésus, telle que l'enseigne l'Église, n'est pas appuyée dans toutes ses parties par les textes qu'elle allègue. La naissance miraculeuse n'est pas dans Marc; elle paraît volontairement ignorée de Jean, qui admet la doctrine philonienne de l'incarnation du Verbe « premier-né de Dieu, second Dieu, intermédiaire entre Dieu et les hommes » (1). en y ajoutant seulement — chose essentielle, d'ailleurs — l'identification du Verbe incarné au Messie. Dans Matthieu et dans Luc elle est racontée avec des détails contradictoires. Jésus lui-même n'en parle jamais et ses parents ne le comprennent pas lorsque, s'étant attardé dans le Temple, il l'appelle « la maison de mon père ». (Le, 2, 50.) La meilleure preuve que l'idée de la naissance miraculeuse s'est introduite assez tard dans la tradition, c'est que Matthieu et Luc donnent deux généalogies, d'ailleurs inconciliables, qui ratta-

(1) Expressions de Philon.

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