‹ Orpheus; histoire générale des religionsChapitre 152 sur 283 · DIFFICULTÉS HISTORIQUES · texte numérisé non relu

DIFFICULTÉS HISTORIQUES

au juste ni quand il était né, ni quand il avait enseigné, ni quand il était mort.

36. Savait-on du moins comment Jésus était mort? Les récits du jugement et de la passion de Jésus dans les Évangiles inspirent d'abord confiance par leur précision; mais cette impression ne résiste pas à l'examen. D'abord, ces récits sont tendancieux; ils cherchent à disculper Pilate et à charger les juifs, ce qui se comprend à une époque où l'Église, tournant le dos à la Synagogue, faisait appel aux païens, mais ne peut répondre à la vérité historique. Le Pilate des Évangiles, qui se laisse conduire par la foule, lui donne le choix entre deux condamnés, Barabas et Jésus, se lave les mains du sang qu'il va faire verser, etc., est un personnage romanesque qui n'a rien du vrai Pilate, du gouverneur « à la russe » que Josèphe nous a fait connaître avec précision. En second lieu, la date de la mort de Jésus, veille de Pâque ou jour de Pâque, est inadmissible ; cette fixation avait pour but évident de rappeler le sacrifice expiatoire de l'agneau pascal. Enfin et surtout, les circonstances de la Passion ressemblent, d'une manière tout à fait suspecte, à des rites usités fort antérieurement dans certaines fêtes. A celle dite des Sacaea, en Babylonie et en Perse, on promenait en triomphe un condamné habillé en roi ; à la fin de la fête, il était dépouillé de ses beaux vêtements, flagellé, pendu ou crucifié. Nous savons par Philon que la populace d'Alexandrie qualifiait de Karabas un de ces rois improvisés, qu'on accablait d'honneurs dérisoires pour le maltraiter ensuite. Mais Karabas n'a de sens ni en araméen, ni en grec : il faut

restituer Barabas, qui signifie, en araméen, « le fils du père ». Dans les Évangiles, nous voyons Jésus qualifié de roi des juifs, coiffé d'une couronne, vêtu d'un manteau d'écarlate; on lui met à la main un roseau en guise de sceptre (Mt., 27, 26-31); on le traite donc exactement comme un Barabas. Mais alors que signifie l'histoire du séditieux Barabas, du choix laissé à la populace entre Barabas et Jésus? Il se trouve, par surcroît, qu'Origène, vers 250, lisait, dans un très ancien manuscrit de l'Évangile de Matthieu, que Barabas s'appelait Jésus Barabas. Il résulte de ces rapprochements que Jésus aurait été mis à mort, non de préférence à Barabas, mais en qualité de Barabas. Les Évangélistes n'ont compris ni la cérémonie qu'ils racontaient, ni la nature des honneurs dérisoires rendus à Jésus; ils ont converti en mythe ce qui devait être unrite. S'ily a, sous leurs récits, un fait historique, il y est si bien enveloppé de légendes, qu'il est devenu impossible de l'en dégager.

37. Une secte chrétienne très ancienne, celle des docètes (du grec dokein, paraître), prétendait que Jésus n'avait été qu'un simulacre, qu'il n'avait pris qu'une apparence de corps, alors, dit saint Jérôme, « que le sang de Jésus n'était pas encore sec en Judée ». C'est donc qu'il y eut des docètes dès le début, et cela est confirmé par l'existence d'une lettre, attribuée à saint Jean, qui est dirigée contre eux. ainsi que par le passage sur l'incrédulité de saint Thomas qui est inséré dans le quatrième Évangile (20, 24). Saint Thomas veut toucher les plaies de Jésus avant de croire à sa réalité et il est blâmé de

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