‹ Orpheus; histoire générale des religionsChapitre 171 sur 283 · SAINT AUGUSTIN ET PELAGE · texte numérisé non relu

SAINT AUGUSTIN ET PELAGE

conservé, par suite de ce schisme, son indépendance religieuse.

32. Nous avons déjà vu saint Augustin en lutte contre le donatisme d'Afrique et contre le manichéisme, auquel il avait d'abord adhéré lui-même. Une querelle non moins grave le mit aux prises avec la doctrine du moine breton Pelage, qui en voulait au péché originel. Comment, par la désobéissance du seul Adam, le genre humain avait-il été damné ? Comment les effets de sa faute pèsent-ils encore sur des innocents? Augustin, déjà vieux, combattit ces objections de bon sens, en exagérant le paradoxe cruel de saint Paul. L'homme ne peut rien par sa volonté; il est frappé d'impuissance; la grâce de Dieu peut seule le sauver et ceux que Dieu ne choisit pas sont perdus sans ressource. La conclusion n'est pas le fatalisme, mais l'obligation impérieuse de la foi, des prières, de l'appel aux saints intercesseurs. Le concile d'Éphèse condamna Pelage (431), déjà condamné à Carthage en 412. Toutefois, sa doctrine atténuée survécut dans le semipélagianisme, notamment en Gaule, et Rome finit par adopter, dans la pratique, une doctrine conciliante, fondée sur des distinctions subtiles touchant l'efficacité de la grâce, sur l'égale nécessité de la foi et des œuvres dans la recherche individuelle du salut.

33. Saint Augustin avait admis, entre la félicité future et la damnation, un état intermédiaire et d'attente, celui de la purification des âmes par le feu. C'est la doctrine orphique et virgilienne du Purgatoire;

il n'y a pas un mot de cela clans les Évangiles. Mais comme le Jugement dernier, avec la répartition définitive des bons et des méchants en bienheureux et en réprouvés, était reculé dans un avenir très lointain, il fallait imaginer quelque chose pour préciser la condition des âmes au lendemain de la mort. A l'exemple des païens, qui les faisaient juger par Minos et ses assesseurs, on admit un jugement provisoire, suivi de la répartition des morts en deux classes, celle des bons, qui subissent l'épreuve du Purgatoire, et celle des méchants, qui vont tout droit en Enfer. L'Église avait pris l'habitude de prier pour ses morts, de réclamer, en leur faveur, l'intercession des saints; c'est donc que les morts avaient besoin des œuvres humaines et que leur sort n'était pas fixé à tout jamais. La doctrine du Purgatoire, dont la logique est indéniable, se constitua au VIe siècle et fut proclamée dogme de l'Église par le concile de Florence (1439); les chrétiens qui ne l'admettent pas (protestants et orthodoxes grecs) manquent évidemment de curiosité sur les choses de l'au-delà.

34. Saint Jérôme, né en Dalmatie, revisa, par ordre du pape Damase, les traductions latines des Écritures et employa son influence personnelle, qui était grande comme son talent, pour gagner à la vie monastique des dames de l'aristocratie romaine. « Tu es devenue la belle-mère de Dieu », écrivait-ilàl'uned'elles, dont la fille venait de se faire nonne et, par suite, d'épouser Dieu. Établi à Bethléem avec ses pénitentes (385), il en fit un centre de monachisme et ne cessa de travailler, jusqu'à l'âge de 90 ans, à des commentaires

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