LES INDULGENCES
53. « Il ne faut pas omettre l'usage, qui commença à s'introduire dans le xie siècle, de racheter par les aumônes et les prières des vivants les peines des morts, de délivrer leurs âmes du Purgatoire, et l'établissement d'une fête solennelle consacrée à cette piété. Le cardinal Pierre Damien rapporte qu'un pèlerin, revenant de Jérusalem, fut jeté dans une île où il trouva un bon ermite, lequel lui apprit que cette île était habitée par des diables ; que son voisinage était tout couvert de flammes, dans lesquelles les diables plongeaient les âmes des trépassés ; que ces mêmes diables ne cessaient de crier et de hurler contre saint Odilon, abbé de Cluny , leur ennemi mortel. « Les prières de saint Odilon, di- « saient-ils, et celles de ses moines, nous enlèvent toujours « quelque âme. ■ Ce rapport ayant été fait à Odilon, il institua dans son couvent de Cluny la fête des morts. L' Église adopta bientôt cette solennité. Si on s'en était tenu là, ce n'eût été qu'une dévotion; mais bientôt elle dégénéra en abus; les moines mendiants, surtout, se firent payer pour tirer les âmes du Purgatoire ; ils ne parlèrent que d'apparitions de trépassés, d'âmes plaintives qui venaient demander du secours, de morts subites et de châtiments éternels de ceux qui en avaient refusé. Le brigandage succéda à la piété crédule et ce fut une des raisons qui fit perdre à l'Église romaine la moitié de l'Europe. » (1)
54. Le trafic des indulgences devint surtout éhonté depuis l'institution des jubilés par Boniface YTII (1300). Bientôt, pour permettre à tous les hommes de parti
(1) Voltaire.
ciper aux grâces que l'Église promettait en retour d'un pèlerinage à Rome, on institua des jubilés tous les vingtcinq ans. En même temps, des moines allaient vendre des indulgences au loin, tantôt plénières, tantôt partielles. Un franciscain disait que le pape, s'il le voulait, pouvait vider d'un coup tout le Purgatoire; pourquoi donc hésitait-il à le faire? Ce franciscain était un fâcheux, mais sa thèse était logique; la Sorbonne le condamna pour ces deux raisons.
55. Le mariage des prêtres parut intolérable à Grégoire VII, qui essaya de le faire interdire par le pouvoir séculier. Malgré les efforts de l'Église, la discipline du célibat ecclésiastique ne triompha qu'au xme siècle; encore a-t-on admis, dans l'Amérique du Sud, par exemple, des accommodements avec la rigueur de cette loi. Le célibat ne rendit pas les prêtres meilleurs, mais les exposa à des railleries souvent justifiées et diminua leur autorité sur le peuple; ce fut un des arguments des réformateurs.
56. Lorsqu'on examine l'attitude de l' Église envers les hérésies, on ne peut s'empêcher d'abord d'admirer. Toujours elle a su tenir le juste milieu entre le mysticisme et le rationalisme. Obligée, par son origine, d'imposer au monde un certain nombre de croyances indémontrables, elle ne permet ni qu'on en retranche, ni qu'on en ajoute; le dogme est une province qu'elle administre seule et où les intrus sont traités en ennemis. Ce bon sens de l'Église ne fut, en somme, que