ARNAUD DE BRESCIA
courant païen était trop fort dans l'Église et secondé par trop d'intérêts matériels. Les partisans des images eurent gain de cause en Europe jusqu'à la Réforme.
59. « Un hérétique, dit Bossuet, est celui qui a une opinion » (hairesis, en grec • choix ). Aux siècles les plus sombres du moyen âge, peu d'hommes eurent assez d'esprit pour penser par eux-mêmes. Gottschalk, moine de Fulda, exagéra encore l'augustinisme et la doctrine de la prédestination ; deux synodes le condamnèrent et on le mit en prison (849). Les autres hérésies de ces temps ne méritent pas d'être rapportées ici. C'est après l'an 1000 seulement qu'elles deviennent intéressantes.
60. Les grandes hérésies du xne et du xnie siècle peuvent se diviser en deux classes. Il y a les révoltes des honnêtes gens qui rêvent de la pureté des temps apostoliques et veulent réformer profondément ou même supprimer la hiérarchie : ce sont les hérésies antisacerdotales, celles que l'Église poursuivra avec le plus de rigueur, parce qu'elles menacent son organisation et ses biens. Il y a aussi les hérésies dogmatiques, affiliées au manichéisme oriental, qui aboutissent à la doctrine de l'ascétisme; l'Église, qui est un gouvernement, qui veut vivre et faire vivre, ne les tolérera pas davantage.
61. Arnaud de Brescia, élève d'Abélard, fit campagne en Italie, en Suisse et en France contre la richesse et la corruption du clergé. Il gagna par son éloquence les Romains, qui établirent un simulacre de République. L'empereur Frédéric Ier, appelé à l'aide
par le pape, assiégea Rome et s'en empara par la trahison de la noblesse. Arnaud fut étranglé et brûlé
62. Une secte manichéenne orientale, celle des pauliciens (se réclamant non de l'apôtre Paul, mais de Paul de Samosate), s'était répandue en Bulgarie et de là, remontant la vallée du Danube, vers l'Italie et la France. Ses adeptes s'appelaient les Cathares, c'està-dire les purs; le nom de cathares fut corrompu en celui de patarins, et donna, en allemand, celui des hérétiques en général, Ketzer. Ils enseignaient que le dieu de l'Ancien Testament était le diable, que Jésus était le bon Dieu, et qu'il fallait combattre le diable sous la forme de la sensualité. Une élite, les Parfaits, s'astreignait au célibat; tous renonçaient à manger de la viande, les poissons exceptés. Il n'y avait pas de baptême, mais une imposition des mains, dite consolation, qui équivalait à l'initiation; les fidèles se confessaient entre eux. Les mœurs des cathares étaient très pures, bien que la voix publique les calomniât. Dans le midi de la France, où la civilisation était relativement avancée, ils firent de nombreuses recrues; il y eut, à Toulouse et à Albi, deux fevêchés cathares, d'où le nom d'Albigeois qsn'on leur donna.
63. L'Église déclara à ces sectaires inoffensifs une guerre implacable. Comme saint Bernard ne réussit pas à les convaincre de leurs erreurs, lepapelnnocentlll, en 1 208, prêcha contre eux une croisade. Raymond VI, comte de Toulouse, dut se croiser lui-même contre ses sujets. Il vit ses terres envahies par 300000 aventuriers qui, durant vingt ans, tuèrent, brûlèrent et pillèrent