‹ Orpheus; histoire générale des religionsChapitre 197 sur 283 · RIGUEURS DE L EGLISE · texte numérisé non relu

RIGUEURS DE L EGLISE

voie, alors en guerre avec la France, se réconcilia avec eux et les chargea de la défense de leurs vallées. Un édit de tolérance, obtenu en 1694, ^eur permit dès lors de vivre en paix.

66. D'autres hérésies, qui prirent moins d'extenjion, furent également réprimées par l'Église. Nicolas de Bâle, fondateur des Amis de Dieu, fut brûlé vif par l'Inquisition en 13S3. Les Flagellants, d'abord encouragés à leurs ineptes pratiques de pénitence, eurent bientôt le sort de tous les mystiques qui ne se soumettaient pas entièrement à l'Église. Nous avons vu que l'Inquisition sévit contre les franciscains dits spirituels; elle poursuivit aussi les béguins et les béguines des Flandres, dont les associations, d'un caractère plutôt laïque, tendaient à se passer de la hiérarchie.

67. A l'exception des Vaudois.lessectesque l'Église persécuta manquaient de bon sens et de mesure; même les Albigeois, avec leur ascétisme outré, seraient devenus, à la longue, un danger pour la société civile. Mais il ne paraît pas que l'Église, dans sa lutte contre les sectaires, se soit inspirée de considérations aussi sages; les historiens, qui les font valoir pour la justifier, ne sont pas tous de bonne foi. L'Église a lutté pour son autorité, pour ses privilèges, pour ses richesses, et elle l'a fait avec une férocité sans exemple, d'autant plus coupable qu'elle prétendait s'inspirer de l'Évangile, d'une religion de douceur et d'humilité.

68. Pendant la seconde moitié du XIIe siècle, Paris fut le centre des études théologiques. Innocent III et

Jean de Salisbury, l'un Italien, l'autre Anglais, y vinrent s'instruire. La pensée spéculative avait été réveillée dans les écoles, dès la fin du xie siècle, par l'influence des œuvres d'Aristote, traduites en arabe, puis en latin. Ainsi naquit la philosophie dite scolastique, sorte d'aristotélisme chrétien. Parmi ses docteurs, qui cherchèrent à fonder sur la métaphysique et la logique l'autorité du christianisme, il y eut des hommes de grand talent comme saint Anselme, archevêque de Cantorbéry (103 3-1 109). Non seulement il imagina la preuve dite ontologique de l'existence de Dieu, dont le sophisme n'a été mis en pleine lumière que par Kant (je conçois Dieu comme parfait; étant parfait, il doit exister, puisque la réalité est un attribut de la perfection) , mais il formula, avec l'approbation de l'Église, la théorie ingénieuse de la satisfaction. L'homme a péché envers Dieu, il a accumulé une infinité de fautes; pour faire contrepoids à une telle masse de dettes, toutes les œuvres humaines sont insuffisantes : d'où la nécessitédu sacrifice de Dieu fait homme, de l'Incarnation et de la Rédemption. L'exemple d'Anselme enseignait à chercher des arguments pour la foi dans la raison, et non plus seulement dans les opinions des Pères de l'Église; à cet égard, on peut dire qu'il ouvrit la porte au rationalisme. Ses progrès furent encore secondés par la longue querelle des nominalistes, qui niaient l'existence réelle des idées générales; des réalistes, qui l'affirmaient (comme Anselme) , et des conceptualistes (comme Abélard) qui n'affirmaient que la réalité des conceptions. Cette discussion, qui nous semble oiseuse depuis Kant, eut, elle

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aussi, pour effet de soustraire les hommes instruits à la tyrannie des opinions toutes faites, de les engager à chercher la vérité en dehors de la tradition, enfin de leur apprendre à raisonner librement. « Tu peux disputer, disait saint Bernard, pourvu que ta foi soit inébranlable. » La philosophie était donc, à ses yeux, la servante de la foi; mais c'est une servante qui, dès ses débuts, prit quelquefois les allures d'une maîtresse. L'Église s'en aperçut et la scolastique lui créa bientôt beaucoup d'ennuis.

69. Le savant et subtil Abélard (1079-1143), qu'entourèrent, tant à Paris qu'en Champagne, des centaines de disciples, transformait les sacrements en symboles et niait le pouvoir des indulgences. Condamné par un concile (1121), combattu par saint Bernard, il finit ses jours, presque captif, dans le cloître de Cluny. Albert le Grand, dominicain, s'occupa surtout de sciences et, tout en se faisant la réputation d'un sorcier, tourna les esprits vers l'étude des corps '1205- 1280). Mais le plus grand, le plus original des savants du moyen âge fut le moine Roger Bacon, qui passa quatorze ans en prison, sous l'inculpation de magie. Sa magie consistait à chercher et à pénétrer les secrets de la nature (1214-1294). A la même époque, le catholicisme du moyen âge trouva son expression la plus complète dans l'énorme Somme théologique de saint Thomas d'Aquin. Ce dominicain italien, mort à 49 ans en 1274, fut, dans son genre, un homme de génie; malgré les apparences rébarbatives et toutes scolastiques de sa Somme, il y fit preuve d'un esprit presque libéral. La papauté actuelle recommande l'étude de ses

œuvres comme la source de toute saine théologie.

70. Les franciscains opposèrent à Thomas un des leurs, Duns Scot (f 1308), qui serait complètement oublié sans le souvenir de la longue rivalité des scoiistes et des thomistes. Non moins délaissés sont les écrits des mystiques, saint Bonaventure, Eckart, Tauler, que l'Église tient d'ailleurs en suspicion. Mais on lit encore avec émotion le chef-d'œuvre du mysticisme de ces tristes temps, l'Imitation de Jésus-Christ, attribuée parfois à Jean Gerson, docteur à Paris, en réalité du chanoine Thomas a Kempis de De venter (f 147 1). Dégoûtée du monde et même de l'Église, l'âme se tourne tout entière vers Dieu et trouve la béatitude dans l'isolement.

71. Aux premiers souffles de la Renaissance des lettres, favorisée par l'exode des savants grecs de Byzance, qui apportèrent à l'Europe les œuvres de Platon, et surtout par la découverte de l'imprimerie, des tendances nouvelles se font jour dans le monde de la pensée. En Italie, les humanistes inclinent vers une sorte de panthéisme païen; en Allemagne, ils abordent avec passion l'étude directe des textes, grecs et hébreux, et donnent naissance à la critique historique. Jean Reuchlin, de Bâle (1455-1522), fut un hébraïsant de grand mérite et sauva les livres juifs du moyen âge, que voulaient brûler les inquisiteurs de Cologne. Érasme de Rotterdam, le prince des érudits de son temps, s'établit à Bâle en 152 1 et en fit un centre

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