‹ Orpheus; histoire générale des religionsChapitre 219 sur 283 · LE CONCILE DE TRENTE · texte numérisé non relu

LE CONCILE DE TRENTE

tiques. Priver ceux-ci de leurs emplois ou de leur clientèle, les réduire à la misère, fut le but poursuivi partout où il n'était plus loisible de les brûler.

3 1 . Alors que le protestantisme, dominé par l'esprit de saint Paul et de saint Augustin, rétrécissait à plaisir la voie du salut et effrayait le pécheur de son péché, le catholicisme jésuitique adoptait une politique plus habile : il rendait la religion presque aimable et indulgente pour la faiblesse humaine. Certes, il n'inventa pas la casuistique, c'est-à-dire la doctrine des cas de conscience, des conflits de devoirs, que l'antiquité grecque a déjà connue et dont il y a de beaux exemples dans le Traité des Devoirs de Cicéron; mais il développa cette science nécessaire qui distingue les nuances des actes comme celles des pensées et, pour les juger, s'enquiert avant tout de leurs motifs. Jamais les jésuites n'enseignèrent crûment que la fin justifie les moyens, mais ils se préoccupèrent, avec toute justice, de l'intention. Ces jésuites tant vilipendés par les jansénistes, ces auteurs de traités de théologie morale, comme Sanchez et Suarez, furent, à leur façon, de profonds psychologues, des moralistes libéraux et libérateurs, auxquels la postérité devrait une vive gratitude si, comme tous les jésuites, ils n'avaient usé de la liberté elle-même dans un esprit de domination, s'ils n'avaient allégé les chaînes du genre humain que pour le mieux asservir.

32. La nouvelle orientation de l'Église fut fixée par le concile de Trente, qui dura, avec des interruptions assez longues, pendant dix-sept ans (1546- 1563). Dès le début, le primat de Portugal dit plaisamment : « Les

très illustres cardinaux doivent être très illustremem réformés. » La nécessité d'une forte discipline étail universellement reconnue; mais cette nécessité n'était pas la seule. Le concile de Trente fit beaucoup dt théologie scolastique ; il codifia le catholicisme. On y définit le péché originel; on décréta la perpétuité du lien de mariage ; on prononça anathème contre ceux qui rejetaient l'invocation des saints, repoussaient le culte des reliques, niaient le Purgatoire, la validité des indulgences. « Les théologiens qui n'avaient pas voix délibérative expliquèrent les dogmes ; les prélats prononcèrent, les légats du pape les dirigèrent; ils apaisèrent les murmures, adoucirent les aigreurs, éludèrent tout ce qui pouvait blesser la cour de Rome et furent toujours les maîtres. « (i)

33. Grâce à la Contre-Réformation et aux jésuites, l'Église regagna, en Europe, une partie du terrain qu'elle avait perdu, l'Allemagne du sud, la France, quelques cantons suisses, la Savoie, la Pologne. L'Inquisition, établie dans toute l'Italie depuis 1542, y étouffa presque complètement le protestantisme; il en fut de même en Espagne. La propagande des jésuites de Pologne s'étendit à la Lithuanie et à l'ouest de la Russie. Le catholicisme conquit l'Amérique, plusieurs villes de l'Inde, et reprit pied au Japon et en Chine; cet essor vers l'Extrême-Orient fut dû surtout au zèle du jésuite François Xavier (1542-1552). Mais si les jésuites conservèrent leur crédit à Pékin, grâce à des concessions à la religion nationale qui firent sus-

(1) Voltaire.

LES JÉSUTES iT5

i pecter la leur, ils furent chassés du Japon et le chris- Itianisme y fut proscrit (1637), dès que le peuple intel- ! ligent de ces îles comprit qu'on en voulait à sa liberté.

34. Dans la guerre contre la Réforme, les jésuites ont joué un rôle aussi considérable que les dominicains dans la guerre moins périlleuse contre l'hérésie albigeoise. Jusqu'à nos jours, mêlés à toutes les luttes politiques et religieuses, ils ont suscité des admirations et des haines également passionnées. L'histoire ne peut d'ailleurs parler d'eux que sous ré

car personne ne sait au juste où sont les archives de l'ordre et aucun laïc indépendant n'a encore été admis à les explorer.

35. Le fondateur de cette illustre compagnie fut Ignace de Loyola, gentilhomme biscayen (1491-1556). Blessé au siège de Pampelune, il se tourna vers le mysticisme, à la suite d'une lecture de la Vie des Saints. Après des pèlerinages en Orient, il vint, à 33 ans. étudier à Salamanque, puis à Paris. Là il forma une association qui se voua d'abord à l'enseignement. Paul III promulgua, en 1540. la bulle d'institution des jésuites, dont le quatrième vœu comporte l'obéissance absolue au pape. Loyola rédigea ou plutôt compila un ouvrage. Exercices spirituels, où il traça le programme de la Société en représentant Dieu comme un général dont les jésuites sont les officiers. L'ancien soldat qu'était Ignace sut imprimer à son ordre ces principes de discipline, cette allure militaire qui ont été pour beaucoup

dans son succès. Peut-être s'inspira-t-il à cet égard dans une certaine mesure, des confréries religieuses e1 militaires de l'Islam, qu'avaient déjà imitées, au moyer âge, les ordres des hospitaliers et des templiers.

36. Loyola trouva deux auxiliaires de haute valeur Lainez et Salmeron; après lui, la Société ne manqua jamais d'hommes de talent. « On les a vus depuis gouverner plusieurs cours de l'Europe, se faire un grand nom par l'éducation qu'ils ont donnée à la jeunesse (entre autres à Voltaire), aller réformer les sciences à la Chine, rendre pour un temps le Japon chrétien et donner des lois aux peuples du Paraguay. A l'époque de leur expulsion du Portugal, ils étaient environ 1 8 000 dans le monde, tous soumis à un général perpétuel et absolu, liés tous ensemble uniquement par l'obéissance qu'ils vouent à un seul... Cet ordre eut beaucoup de peine à s'établir en France. Il naquit, il s'éleva dans la maison d'Autriche, alors ennemie de la France, et fut protégé par elle. Les jésuites, du temps de la Ligue, étaient les pensionnaires de Philippe IL Les autres religieux, qui entrèrent tous dans cette faction, excepté les bénédictins et les chartreux, n'attisaient le feu qu'en France : les jésuites le soufflaient de Rome, de Madrid, de Bruxelles, au milieu de Paris. » (1 )

37. En face de l'Église romaine, centralisée pour la lutte, les Églises de la Réforme présentent le spectacle

(i) Voltaire.

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