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LA CONSTITUTION UNIGENITUS

Tellier était tout-puissant et les prisons se remplissaient de jansénistes. La mort du roi empêcha seule que l'on fît déposer le cardinal. Comme il était très populaire, le Régent fit de lui le président du » Conseil de conscience » et exila Le Tellier. Mais l'affaire de la bulle n'était pas finie. « L'Église de France resta divisée en deux camps, les acceptons et les refusons. Les acceptons étaient les ioo évêques qui avaient adhéré sous Louis XIV, avec les jésuites et les capucins. Les refusons étaient 15 évêques et toute la nation. « (1)

67. Enfin, grâce à l'amabilité sceptique du duc d'Orléans, qui voulait la paix, et à l'adresse de l'archevêque Dubois, depuis cardinal, la bulle fut enregistrée et le cardinal de Xoailles se rétracta (1720). Mais le jansénisme n'avait pas désarmé. Un diacre nommé Paris, mort en odeur de sainteté, avait été enterré au cimetière deSaint-Médard. Les jansénistes publièrent que des miracles s'opéraient sur sa tombe, qu'on y ressentait des secousses et des convulsions qui guérissaient les sourds, les aveugles, les estropiés. < Ces prodiges étaient même juridiquement attestés par une foule de témoins qui les avaient presque vus, parce qu'ils étaient venus dans l'espérance de les voir. 1 Comme le cimetière était envahi nuit et jour par la foule des malades et des badauds, on le ferma et l'on mit des gardes à la porte. Un plaisant y écrivit ces

vers :

De pair le roi, défense à Dieu De faire miracle en ce lieu.

(1) Voltaire.

68. Il y eut des jansénistes en France pendant tout le xvme siècle, surtout dans les parlements. Quand, en 1752, l'archevêque de Paris, Christophe de Beaumont, prétendit refuser l'absolution à ceux qui n'avaient pas souscrit à la bulle Unigenitus, les parlements s'élevèrent contre cette folle prétention et il fallut l'intervention du pape pour empêcher que la querelle des parlements et de l'archevêque ne devînt celle des parlements et de la monarchie.

69. On connait encore des jansénistes à Paris et en Hollande ; ce sont des gens paisibles, de bonnes moeurs et qui ne font pas de miracles.

70. L'affaire du quiétisme ne fut pas moins grave, parce qu'elle mit aux prises Bossuet et Fénelon. Cette extravagance était d'origine espagnole. Sainte Thérèse, protégée de Philippe II, avait échappé, grâce à ce puissant appui, aux rigueurs de l'Inquisition d'Espagne, qui était mal disposée pour les mystiques; mais l'Espagnol Molinos, qui vint enseigner à Rome la doctrine de la contemplation parfaite, de la communication directe avec Dieu, sans l'entrèmisedu prêtre, fut condamné par l'Inquisition en 1685 et mourut en prison. Une jeune veuve bien faite, Mme Guyon, voulut être la sainte Thérèse de France. Dirigée par un barnabite nommé La Combe, elle réussit à faire des adeptes à Paris, entre autres Mme de Maintenon et les duchesses de Chevreuse et de Beauvilliers. Fénelon, alors précepteur des enfants de France, se

MADAME Gl'YON

nit à aimer Dieu en compagnie de Mme Guy on. « Il tait étrange qu'il fût séduit par une femme à révéations, à prophéties et à galimatias, qui suffoquait le la grâce intérieure, qu'on était obligé de délacer et }ui se vidait (à ce qu'elle disait) de la surabondance le la grâce pour en faire enfler le corps de l'élu assis luprés d'elle. » (i) Comme Mme Guyon répandait ses llusions dans Saint-Cyr, Mme de Maintenon, avertie par les évèques, se détacha d'elle et lui interdit l'entrée de la maison. Fénelon conseilla à Mme Guyon de soumettre ses écrits à Bossuet, évêque de Meaux. Celui-ci les condamna et la dame promit de ne plus dogmatiser. Entre temps, Fénelon devint archevêque de Cambrai (1695). Malgré sa promesse, Mme Guyon De se taisait point; le roi la fit alors enfermer à Vincennes. Bossuet exigea que Fénelon s'associât à la condamnation de Mme Guyon; Fénelon refusa et publia les Maximes des Saints, ouvrage entaché de quiétisme. Bossuet haïssait les quiétistes et n'aimait plus Fénelon. Il écrivit contre son ancien ami et tous les deux soumirent leurs ouvrages à Innocent XII. Comme on venait de condamner Molinos à Rome, il fallut bien qu'on y condamnât aussi Fénelon (1699). Très noblement, il se soumit et monta en chaire à Cambrai pour désavouer son propre livre. Depuis, il vécut à Cambrai, occupé de bonnes œuvres, dans une retraite que Voltaire appelle « philosophique et honorable ». Son Télémaque, qu'on lit encore, suffit à le classer parmi les esprits chimériques; ce n'est pas sans

(1) Voltaire.

raison qu'on a vu en lui un ancêtre intellectuel de Jean-Jacques Rousseau.

71. Mme Guyon mourut obscure en 1717, après quinze ans de retraite près de Blois. L'âge et la solitude calmèrent les nerfs de cette honnête femme détraquée « qui avait épousé Jésus-Christ dans une de ses extases et qui, depuis ce temps-là, ne priait plus les saints, disant que la maîtresse de la maison ne devait pas s'adresser aux domestiques. » (1)

72. En Espagne, à la suite de longues guerres, la suprématie politique avait été reconquise par les chrétiens (1492). La population s'y divisait en trois groupes, les chrétiens, les musulmans ou Mores et les juifs, les premiers surtout guerriers, les seconds agriculteurs, les autres savants et commerçants. Ces gens ne demandaient qu'à vivre en paix et entretenaient de bons rapports; l'Église, dès le XIe siècle, travailla à les envenimer. Elle ne réussit que trop bien à fanatiser l'Espagne. L'Inquisition, cette fois soumise légalement au pouvoir royal, qu'elle menaça pourtant d'usurper, fut instituée en 1480 et se mit à molester et à brûler ceux des musulmans et des juifs, convertis de force depuis le xi Ve siècle, quel'on soupçonnait de | pratiquer secrètement leurs anciens rites, ce qui constituait le crime de relapse. Les infidèles, en tant qu'infidèles, échappaient à l'Inquisition; mais il suffisait qu'un

(1) Voltaire.

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