‹ Orpheus; histoire générale des religionsChapitre 260 sur 283 · LE MYSTICISME · texte numérisé non relu

LE MYSTICISME

toutes terrestres; ils demandent la longévité et la santé. L'Église du xvi* siècle vendait des indulgences du Purgatoire; elle en abusa et la marchandise s'avilit. Au xx" siècle, à Lourdes et ailleurs, elle ne prétend plus dispenser du Purgatoire, mais en reculer l'échéance; elle oppose à la médecine laïque la médecine sacerdotale et revient ainsi, qu'elle le sache ou non, aux errements du matérialisme païen.

77. Le mysticisme, c'est-à-dire la prétention de communiquer avec Dieu dans l'extase, est une maladie chronique du cœur humain. L'Église a béatifié ou canonisé quelques mystiques: elle en a fait taire bien davantage. L'Inquisition d'Espagne se montra, à cet égard, très raisonnable : elle traita les mystiques en imposteurs plus qu'en possédés. Un des bienfaits du christianisme organisé en Églises a été de canaliser le mysticisme et les superstitions auxquelles il donne lieu; partout où la religion officielle s'est affaiblie, la magie privée et le charlatanisme ont pris le dessus. C'est ce qu'on observa notamment en France vers la fin du xvine siècle, lorque des illuminés et des fourbes comme le comte de Saint Germain (f 1784), Cagliostro (tI795). Saint-Martin (f 1803), Mesmer (t 1815). acquirent une étonnante influence dans la société qui lisait Voltaire. Un des maîtres du mysticisme moderne fut le Suédois Swedenborg (1680-1722), dont les disciples subsistent encore. Tout le monde a

entendu parler des tables tournantes, des esprits frappeurs, des évocations de morts qui se montrent à l'état de fantômes, dictent des réponses ou des révélations à des médiums. Ces médiums, dont plusieurs sont devenus célèbres de nos jours, comme l'anglais David Douglas Home, sous le second Empire, qui dupa legrand physicien Crookes, et Eusapia Paladino, encore vivante, sont des charlatans qui usent de fraudes raffinées et refusent d'opérer en plein jour devant des Académies; mais le progrès de la science, en particulier de l'étude des phénomènes nerveux, a mis en lumière des faits physiologiques ou psychologiques qui, au xvme siècle et même plus tard, devaient nécessairement passer pour miraculeux. Ainsi, des personnes nerveuses peuvent être plongées dans le sommeil hypnotique et, dans cet état, recevoir des ordres qu'elles exécutent à l'état de veille. Il est probable aussi que des personnes ainsi disposées peuvent obéir à des suggestions faites à distance. La puissance de suggestion de quelques hommes est incontestable et a déjà produit bien des guérisons qui ressemblent à celles obtenues au cours de pèlerinages ou par le contact de reliques. Les faits de télépathie, c'est-à-dire de sensation à distance (comme la vision brusque, parfois confirmée par l'événement, de la mort d'un ami) ne sont pas encore scientifiquement établis, mais ne semblent pas, après tout, plus extraordinaires que les expériences de télégraphie sans fil.

78. Le terrain conquis par la science est toujours perdu pour la religion dogmatique. Toutefois, certains auteurs ont voulu faire servir à la gloire de

LE SPIRITISME WÊk

celle-ci les phénomènes encore très-obscurs qui rentrent dans le domaine général du spiritisme, parce qu'on les attribue à l'intervention des esprits. L'Église romaine s'y est sagement opposée. Elle n'admet de merveilleux que sous son contrôle. Tout le reste est l'œuvre du Diable, ou celle de la fourberie humaine. La magie, qu'elle soit blanche ou noire, ne peut être l'auxiliaire de la religion.

79. Lorsque les spirites dogmatisent, ils ont la tendance de mêler les religions existantes pour s'élever à des formes qu'ils croient supérieures. Le plus frappant exemple de ce syncrétisme puéril a été fourni par la secte dite théosophique ou occultiste, fondée vers 1875 à New- York par le colonel Olcott et Hélène Blavatsky. Cette secte prétend réunir en un corps le buddhisme et le christianisme, mais se compose généralement de gens pour qui les livres buddhiques sont lettre close. Je ne ferai pas aux propagateurs de cette chimère la réclame de les nommer ici.

80. A côté des maçons groupés en corporations et sédentaires, il y avait, au moyen âge, des francsmaçons, qui voyageaient de ville en ville; ils constituèrent, dit-on, une confrérie ayant son centre à Strasbourg. Ces associations subsistèrent en Angleterre plus longtemps qu'ailleurs et le grand incendie de Londres (1666), qui obligea de reconstruire la ville, en accrut l'activité. Après l'achèvement de Saint-Paul (1717), les quatre derniers groupes de maçons formèrent à Londres une grande loge, destinée non plus à l'exercice d'un métier, mais à l'amélioration de la condition matérielle et morale des hommes. A côté et au-

dessus des temples en pierre, il s'agissait de construire le temple spirituel de l'humanité. Dès la fin du xvie siècle, des hommes qui n'étaient pas maçons avaient été admis dans ces conventicules, modifiant ainsi le caractère primitif de l'institution. Ce qu'on en conserva, avec un soin jaloux et pédantesque, fut la distinction des maîtres, des compagnons et des apprentis, l'exclusion des personnes étrangères et le serment de ne pas divulguer ce qui se passait dans les loges. La constitution des francs-maçons est l'œuvre du prédicateur James Anderson; par elle les maçons s'obligeaient à respecter les mœurs, l'humanité et la patrie; chacun pouvait continuer à pratiquer sa religion, mais ils devaient avoir en commun les principes religieux de tous les hommes, le surplus n'étant qu'opinions individuelles. La religion de la francmaçonnerie anglaise est donc un déisme humanitaire, qui trouva et trouve encore en Grande-Bretagne beaucoup d'adhérents.

81. Quelques nobles anglais fondèrent, en 1725, la première loge à Paris; malgré l'interdiction prononcée par Louis XV (1737), elle fit de nombreuses recrues. En 1733, il y eut des loges à Florence et à Boston, en 1737 à Hambourg. Cette loge de Hambourg admit le prince héritier de Prusse, plus tard Frédéric le Grand. Devenu roi, il fonda une loge à Berlin et en devint le grand-maître. Depuis cette époque, tous les rois de Prusse, jusqu'à Guillaume II, ont présidé cette loge; Guillaume II a refusé, mais a désigné, pour le remplacer, le prince Frédéric-Léopold de Prusse. Au cours du xviue siècle, la franc-maçonnerie s'établit dans presque

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