‹ Orpheus; histoire générale des religionsChapitre 38 sur 283 · LES VEDAS · texte numérisé non relu

LES VEDAS

sommet d'un rocher. Cette légende est peut-être d'origine babylonienne; Vishnu poisson rappelle le dieu babylonien Oannès.

14. Les textes appelés Védas (de via, « savoir ») sont des recueils d'hymnes et de prières constituant un rituel de sacrifices, que l'on attribuait à d'anciens poètes divinement inspirés (les Rishis). Le plus ancien est le Rig-Véda (« Véda de la louange »); le plus récent est Y Atharvéda (du nom d'une famille mythique de prêtres, les Atharvans). Dans ce recueil, la magie tient une grande place ; mais la substance en était déjà familière aux poètes du Rig. La première rédaction des Védas se place approximativement entre 1500 et 1000 avant notre ère. Ils ont été composés pour les envahisseurs aryens, encore dans le nord-ouest de l'Inde, mais déjà en mouvement vers la vallée du Gange, malgré la résistance des indigènes auxquels ils font la guerre. La civilisation dont ils témoignent est assez avancée; elle connaît les animaux domestiques, les chars, les armes de bronze; mais il n'y a pas encore de temples. Les occupations sont surtout guerrières et agricoles; la richesse est déjà très inégalement répartie. Les prêtres, exclusivement chargés des sacrifices, sont rétribués par les fidèles; les princes ont des prêtres attachés à leur service et qui, parfois, le prennent de haut avec eux (1). Au-dessous des prêtres et des guerriers sont les travailleurs ou laboureurs, plus estimés, naturellement, que les indigènes; il y a là le rudiment des quatre castes des Brahmanes, des Ksha-

(1) Max Miiller, Essais sur la Mythologie, p. 379.

triyas, des Vaisyas et des Sûdras, qui ont subsisté en Inde jusqu'à nos jours (i).

15. Un des caractères du sacrifice védique est la haute efficacité magique qu'on lui attribue. Avec les paroles qui l'accompagnent, il prétend exercer une contrainte sur les bons génies de la nature, sur les dieux. Ceux-ci sont censés non seulement y prendre part, mais y puiser des forces indispensables à leur action bienfaisante; ainsi la liqueur jaune du s orna, plante asclépiade, répandue en libations, est comme un feu terrestre qui ravive le feu du ciel. Ce qui se passe sur terre a dans le ciel un écho; le monde visible et le monde invisible sont soumis l'un et l'autre à la magie du sacrifice et de l'incantation.

16. Les forces naturelles qu'il s'agit ainsi de concilier ou de contraindre sont personnifiées sous des noms divins. Les dieux védiques ont des contours assez vagues; ils ne constituent pas une hiérarchie, comme ceux du panthéon grec, mais plutôt une confrérie de dieux. Au nombre de 33, ils se partagent, par groupes de ii, le ciel, la région intermédiaire et la terre. Celui qu'on invoque le plus souvent est le feu, Agni, nécessairement assimilé au soleil; puis vient Indra, le dieu belliqueux du ciel, qui tue le serpent Ahi ou Vritra et délivre les eaux qu'Ahi tient enchaînées dans les montagnes ou dans les nuages. Dyaus pater, le vieux dieu du ciel, Prithivt, la terre, Brahma et Vishnu, les grands dieux de l'indouisme, ne jouent plus ou ne jouent encore qu'un rôle effacé. Varuna, dieu céleste et peut-

(1) Max Millier, Ibid., p. 354.

SACRIFICES ET PRIÈRES fl

être lunaire, est le gardien de l'ordre cosmique et de l'ordre moral. Rudra, dont les flèches déchaînent la peste, est le père des génies du vent ou Maruts. Ushas est l'Aurore. Les deux Asvins sont deshéros analogues aux Dioscures grecs, qu'on a identifiés à l'étoile du matin et à celle du soir.

17. Le sacrifice par excellence est celui du cheval, considéré probablement comme un adjuvant du feu céleste. Les traces qu'on a cru découvrir de sacrifices humains sont douteuses. En général, le rituel védique est empreint de douceur; les idées morales, celles du péché et de la pénitence, commencent à se faire jour (1). Cependant, l'objet essentiel de la prière est d'obtenir des biens terrestres : la pluie, le soleil, la santé. Ce qu'il y a de grossièrement magique ou naturaliste a été laissé dans l'ombre par les Rishis, ou plutôt par les prêtres auxquels nous devons le texte actuel des Védas. Le fonds religieux primitif est partout voilé par le ritualisme, en voie d'évolution vers un panthéisme mystique. La spéculation philosophique n'est pas absente : « D'où vient le monde? Est-il créé ou incréé? Celui-là seul le sait qui voit toutes choses, et peut-être l'ignore-t-il lui-même. » Il y avait déjà des sceptiques, des hommes qui niaient Indra parce qu'il était invisible (2).

18. Les savants, depuis Bergaigne surtout, ont cessé d'admirer dans les Védas les premières hymnes de l'humanité ou de la « race aryenne » en présence des

(1) Ibid.,p. 357.

(2) Bergaigne, Religion védique, t. II, p. 167.

splendeurs et des terreurs de la nature. C'est de la poésie savante, sacerdotale, compliquée et obscure à dessein, parce que les prêtres, qui vivaient de l'autel, entendaient s'en réserver le monopole; à parler franc, les trois quarts et demi du Rig-Véda sont du galimatias. Les indianistes le savent et en conviennent dans l'intimité.

19. Les Brâhmanas, explication en prose du rituel, sont l'œuvre des Brahmanes constitués en caste, successeurs des prêtres védiques. Ce sont des commentaires sur les Védas, considérés comme divins et infaillibles, mais que les Brahmanes comprenaient déjà moins bien que nous. On y trouve des légendes qui manquent aux Védas, par exemple celle du déluge. L'importance du sacrifice est encore accrue : il ne fortifie pas seulement les dieux, il les crée. Les Brahmanes sont censés posséder le brahma, force magique qui leur donne pouvoir sur les esprits; les honneurs qu'ils revendiquent pour eux-mêmes sont quasi divins. « Il y a deux espèces de dieux : d'abord les dieux et puis les Brahmanes, qui ont appris le Véda et le répètent. » (1) Les quatre classes sociales sont constituées, sans pourtant que cette division offre encore la rigueur intolérante qu'elle affecte dans la législation de Manu. Entre les Brahmanes et les guerriers se dessine une rivalité d'où naîtront plus tard les grandes hérésies.

20. S'il y a mille extravagances dans les Brâhmanas, il y en a un peu moins dans les Upanishads (« séances »),

(1) Max Millier, Ibid., p. 387.

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