‹ Orpheus; histoire générale des religionsChapitre 48 sur 283 · LE MANDE ISME · texte numérisé non relu

LE MANDE ISME

trouve les Pauliciens en Arménie (viie-xiie siècle), les Bogotniles en Thrace (xe-xie siècle). Les empereurs byzantins, surtout Alexis Comnène, poursuivirent ces sectaires inoffensifs par le fer et le feu. Au xie siècle, le manichéisme, apporté par le commerce du Levant, pénétra dans la France méridionale et y donna naissance à la puissante secte des Cathares que l'Inquisition extermina. Nous raconterons plus loin cette douloureuse histoire, en exposant celle du christianisme médiéval.

28. Un mélange extravagant d'idées babyloniennes, perses, juives et chrétiennes caractérise la secte des Mandéens. Leur nom vient de Manda, « science », mot qui répond au grec gnosis; les Mandéens sont donc des a gnostiques». Mani, dans sa jeunesse, avait appartenu à cette secte; Mahomet la mentionne, à côté du judaïsme et du christianisme; il en existe encore des adeptes au sud de Bagdad. Les Mandéens ont un corps de livres sacrés, le Ginzâ, dont le fond remonte à l'époque sassanide. Leur rite essentiel est le baptême, qu'ils prodiguent, ce qui les a fait appeler « Sabiens baptistes » ou même « Chrétiens de saint Jean », malgré leur hostilité pour le christianisme. Dans le Ginzâ, ils se nomment d'ordinaire Nâsôrâjê (Nazaréniens) , ce qui ne laisse pas de surprendre; ce nom ne peut se rapporter qu'à nazir, signifiant « pur » et n'a certainement rien à voir avec Nazareth. Aux yeux des Mandéens, saint Jean était le vrai prophète et Jésus un imposteur. Leur morale condamne le célibat et toute espèce d'ascétisme; ils pratiquent une sorte de communion avec du pain sans levain et de l'eau, à laquelle on

ajoute quelquefois du vin. Les temples ne sont accessibles qu'aux prêtres et toujours à proximité d'une eau courante qu'on appelle « Jourdain ». Il n'est pas impossible que saint Jean-Baptiste ait appartenu à une secte primitive de Mandéens; s'ils se qualifiaient, dès cette époque, de Nazaréniens, on aurait là une explication de la tradition qui fait naître le Messie. qualifié de Nazarénien lui-même, à Nazareth.

29. Ce qui fait surtout l'intérêt du mandéisme, c'est qu'il a conservé, du moins en partie, ses anciens livres, où l'on peut découvrir, en élaguant les emprunts, quelques restes des conceptions demi-savantes qui prévalaient, avant l'ère chrétienne, en Perse, en Babylonie et peut-être en Syrie. C'est là et ailleurs encore que se sont alimentées les sectes dites gnostiques contre lesquelles l'Église a soutenu de longues luttes et qui, à l'exception des Mandéens, ne nous sont guère connues que par les écrits des théologiens leurs adversaires, c'est-à-dire par des calomnies et des injures.

BIBLIOGRAPHIE

I. — La source d'informations la plus riche est Bûhler, Grundriss der indo-arischen Philologie, 1896 et suiv.

1. — Hirt, Die Indogermanen, 1905 ; Zaborovvski, Les peuples aryens, 1908; S. Reinach, L'origine des Aryens, 1892.

|. — Itarth, Les religions de l'Inde, 1870 (nombr. éd. et trad.); E. Hardy, Indisc/ie Rcligionsgeschichte, 1904; M. Millier, h'.-xavs. (trad.fr., 1872, 187?); E.-W.Hopkins, Religions oflndiÀtBàilon,i6g5.

7.— S. Leri, Histoire ancienne de l'Inde, in Journ. des Sav.t 1905, p. 534.

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