‹ Orpheus; histoire générale des religionsChapitre 61 sur 283 · LES PRÊTRES GRECS · texte numérisé non relu

LES PRÊTRES GRECS

l'époque d'Homère, si les princes s'acquittent encore de certains rites, il y a des prêtres attachés à des temples, qui n'ont d'autre puissance que la protection supposée de leur dieu. Dans les États grecs de l'époque classique, on trouve des prêtres et des prêtresses, toujours ministres d'un dieu, jamais groupés en communauté, ni ambulants comme les prêtres des cultes non reconnus, ni préposés, comme les Druides de la Gaule, à l'enseignement. Il n'y avait pas non plus de séminaires pour l'éducation des prêtres; chaque prêtre apprenait le rituel d'un dieu en le servant. Ainsi, les prêtres grecs n'ont jamais formé de clergé comme ceux de l'Inde, de la Perse, de la Gaule; la seule tentative en sens contraire, que Grote a rapprochée de la formation de la compagnie de Jésus, fut faite dans l'Italie méridionale par Pythagore et ne réussit pas.

38. Le prêtre athénien devait être un citoyen jouissant de tous ses droits, physiquement intact et de mœurs pures. Quelquefois, le célibat était exigé; mais les prêtresses elles-mêmes étaient souvent mariées. On choisissait pour certains sacerdoces des jeunes filles qui cessaient d'être prêtresses en se mariant. Si un prêtre ou une prêtresse perdaient un enfant, ils devenaient tabous et devaient se démettre de leurs fonctions pour ne pas souiller l'autel.

39. Il n'y avait pas de règles fixes pour l'ordination. Les charges se transmettaient par hérédité, ou par achat, ou par élection et tirage au sort. Beaucoup de fonctions religieuses importantes étaient héréditaires dans les grandes familles ; de ce nombre étaient les sacerdoces d'Eleusis.,

40. Le costume des ministres du culte était fixé par le rituel. Souvent le prêtre représentait le dieu luimême, dont il prenait le nom et imitait l'apparence; il y a là une survivance d'un état de choses fort ancien qui, chez les Indiens de l'Amérique du nord, est en relations étroites avec le totémisme.

41. Les prêtres étaient très respectés. Leurs revenus, souvent considérables, dérivaient surtout des sacrifices, de la vente des peaux et de la viande des victimes, dont ils partageaient les bénéfices avec l'État.

42. La divination était exercée, dans les temples, par des prêtres ou des prêtresses attitrés, ailleurs par des devins ambulants, qu'il ne faut pas confondre avec les prêtres. Il y a deux. espèces de divination, suivant que la volonté du dieu se révèle immédiatement ou que l'interprétation doit se dégager de faits contingents. A Dodone, oracle de Zeus, le dieu faisait connaître sa volonté au frémissement des chênes agités par le vent, ou bien au son que rendait un vase d'airain frappé par une lanière. Les prêtresses ou prophétesses de Dodone s'appelaient colombes, comme celles d'Artémis à Éphèse s'appelaient abeilles; cela prouve que ces oracles furent autrefois fondés sur l'observation du vol des colombes et des abeilles, et sans doute aussi qu'il s'agissait, à l'origine, de cultes totémiques dont ces animaux étaient l'objet.

43. L'oracle le plus célèbre de l'antiquité, celui de Delphes, avait pour interprète une jeune fille dite Pythie, qui, inspirée d'Apollon, vaticinait dans des accès de délire. Plus anciennement, ceux qui venaient

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consulter l'oracle se plaçaient eux-mêmes sur un trépied et recevaient l'inspiration du dieu, avec les vapeurs qui s'exhalaient de l'antre prophétique. Il parut sans doute dans la suite qu'une jeune fille maladive était plus docile à l'inspiration du dieu et de ses prêtres que leurs clients.

44. On trouvera, dans les manuels d'antiquités grecques, des détails sur les diverses sortes de devins( les enchantements, les sortilèges. Il me suffit de dire ici quelques mots de l'incubation, procédé qui consistait à coucher dans un temple, ou dans un dortoir annexé à un temple, pour y jouir de visions, recevoir les conseils du dieu ou ses bienfaits. L'incubation se pratiquait sur la terre nue, demeure des esprits, ou sur la peau d'un animal sacré. De longues inscriptions, découvertes à Épidaure, racontent un grand nombre de guérisons obtenues par des malades, grâce à l'intervention nocturne d'Asklépios et des animaux attachés à son culte, le chien, le serpent et l'oie. « Euphanès, enfant d'Épidaure, souffrait de la pierre; il s'endormit et il lui sembla que le dieu lui apparaissait. « Que me donneras-tu si je te guéris? » demanda-t-il. L'enfant répondit : « Dix osselets. » Le dieu se mit à rire et dit qu'il guérirait l'enfant. Le jour venu, il sortit guéri. » Dans plusieurs cas, ceux qui expriment un doute, ou se moquent des ex- voto des malades guéris, sont affligés de maux complémentaires ou condamnés par le dieu à une offrande plus forte; en revanche, la foi est une vertu très appréciée et le dieu la récompense. Nous entrevoyons ainsi l'industrie bien organisée de prêtres qui agissent par suggestion sur

les malades, mais leur donnent aussi parfois des conseils raisonnables. A l'époque où furent gravées les inscriptions d'Épidaure, la science de guérir avait, depuis longtemps, été sécularisée par Hippocrate; mais la vieille médecine sacerdotale, d'où était sortie la médecine laïque, continua à faire des dupes jusqu'à la fin de l'antiquité. On sait assez qu'elleenfait encore. 45. Les sacrifices différaient des offrandes par la destruction de l'objet offert, soit qu'on le brûlât tout entier — c'est l'holocauste — soit qu'on le privât seulement de la vie. On sacrifie aux dieux pour les remercier, pour les rendre propices, pour apaiser leur colère. L'idée générale, à l'époque classique, est celle d'un repas auquel le dieu est convié; mais il subsiste quelques rites où l'animal sacré du dieu est sacrifié à ce dieu lui-même, ce qui laisse entrevoir la forme primitive du sacrifice de l'animal divin, mangé rituellement par ses fidèles. Ces sacrifices totémiques étaient, à l'origine, des rites d'exception et entourés de précautions minutieuses dont les cultes ont conservé quelques souvenirs. Aux BoupJtonies d'Athènes, on présentait au bœuf des gâteaux sacrés, pour qu'il parût, en les mangeant, mériter la mort (en réalité, pour accroître sa sainteté) ; après l'immolation du bœuf, on intentait au sacrificateur un procès fictif; puis on déclarait que la hache seule était coupable et on la jetait à la mer. A Ténédos, le prêtre qui offre un jeune taureau à Dionysos est poursuivi à coups de pierres; à Corinthe, le sacrifice annuel d'une chèvre à Héra était accompli par des ministres étrangers, engagés à cet effet, et ceux-ci s'arrangeaient pour placer le couteau de telle

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