CHAPITRE IV
Celtes, Germains, Slaves.
Sommaire— I. Conquêtes du Celtes. — Les premiers habitants delà Gaule. — L'art des cavernes; ses origines magiques. — Ossements recouverts d'ocré rouge. — Dolmens, menhirs et cromlechs.— Culte : hache.— Rareté des idoles. — Culte des montagnes, des rivières, des arbres; le gui du chêne. — Culte des animaux et survivances du totémisme.— -Tabou du butin; tabou guerrier. — Esus, Teutatès et Taranis.— Jupiter à la roue.—Dispater, le dieu au maillet. — Ogmios. — Les Mères ou Matrones. — Triades celtiques. — Dieux celtiques et dieux romains. — Xoms et épithètes. — Culte impérial.— Temples.— Les Druides et les sacrifices.— Croyance à la vie future.— Décadence du druidisme; le druidisme en Irlande. — Mythologie irlandaise. — Survivances des religions celtiques.
II. La religion des Germains d'après César.— Culte du Soleil. — La Lune identifiée Diane. — La religion des Germains d'après Tacite. — Les jours delà semaine.— Dieux des Germains. — Culte de Mars et de Mercure. — Culte d'Hercule.— Les déesses. — Les sorcières.— Animisme. — Animaux sacrés. — Culte du cheval. — Rois et prêtres. — Idoles. — Irminsul. — Rites funéraires.
L'Islande et la Xorvège. — Les poésies des Scaldes et les runes. — L'F.dda: poésie et mythologie des Yikings. — La Voluspa; le Crépuscule des dieux. — Poèmes anglo-saxons et germaniques du moyen âge.
III. La religion des Slaves suivant Procope. — Le Jupiter slave. — Le dieu-cheval.— Idoles à plusieurs têtes— Le dieu des troupeaux.— Le dieu Trajan.—Le dieu noir.— Les nymphes.— Les dieux domestiques. — Arbres sacrés.— Culte des morts. — Démons voraces et épidémies.
Les Celtes ou Gaulois.
i. Les Celtes dont parlent les historiens classiques sont des conquérants qui, venus de la rive droite du Rhin, ont envahi tour à tour la Gaule, une partie de l'Allemagne, les Iles Britanniques, l'Espagne, le nord de l'Italie, la vallée du Danube; quelques-unes de leurs tribus guerrières ont passé jusqu'en Asie Mineure et y ont occupé une province qui leur doit son nom (la Galatie). Ces Celtes, Gaulois ou Galates n'ont pas conquis des pays déserts; partout ils ont trouvé des populations plus anciennes dont ils ont adopté la civilisation et sans doute aussi les idées religieuses. Déterminer ce qu'ils y ont ajouté est impossible; peut-être n'y ont-ils pas ajouté grand'chose. Quand on parle des religions celtiques, il ne faut donc pas oublier que l'on entend par là des religions dont les éléments essentiels sont certainement antérieurs aux Celtes de l'histoire et qu'on pourrait aussi bien appeler ligures, ibères, ou même, sans préciser davantage, ouest-européennes.
2. A l'époque du mammouth et du renne, quinze ou vingt mille ans avant notre ère, la Gaule avait déjà des artistes qui, dans le Périgord et la région des Pyrénées, sculptaient et gravaient des figures d'animaux, les peignaient sur les parois de leurs cavernes habitées. Ces animaux ne sont pas quelconques : ils sont cornes-
RELIGION PRÉHISTORIQUE t63
tibles, ils sont désirables ; les fauves font défaut. Parfois on a figuré l'animal percé de flèches, en prévision d'une chasse heureuse, ou plutôt dans l'idée que la réalité se conformerait à l'image. C'est la même conception qui se retrouve au moyen âge, lorsqu'on envoûte un ennemi en perçant d'une épingle son effigie figurée en cire.
3. Nous saisissons ici les origines magiques de l'art, qui a pour but d'attirer, par une sorte de fascination, les animaux dont se nourrit la tribu. Il est très probable que ces animaux étaient les totems des différents clans, que les cavernes étaient le théâtre de cérémonies totémiques et que les objets en bois de renne gravés ou sculptés, que l'on appelle des bâtons de commandement, jouaient un rôle magique dans le culte.
4. Quelques sépultures remontant à l'époque quaternaire et beaucoup d'autres plus récentes ont livré des squelettes qui, décharnés à l'air avant l'inhumation définitive, ont été recouverts d'une couche d'ocre rouge. Cet usage se rencontre depuis l'Espagne jusqu'en Russie; on l'a constaté aussi en Océanie et dans l'Amérique du Sud. Il répond certainement à une idée religieuse, le rouge étant la couleur de la vie, par opposition à la pâleur de la mort. On trouve aussi des têtes séparées du tronc, peut-être par crainte du « vampire ». Ainsi s'explique la découverte singulière, faite à Milan en 386, d'une sépulture contenant deux grands squelettes décapités et peints en rouge. Saint Ambroise, alors évêque de Milan, crut et fit croire que c'étaient des martyrs chrétiens du temps de Néron.
Gervais et Protais, encore couverts du sang que leur supplice avait fait répandre, comme si le sang, matière organique, avait pu se conserver avec sa couleur pendant trois siècles! Cette prétendue trouvaille des corps de deux martyrs fut exploitée comme un miracle au profit des intérêts catholiques, menacés alors par une secte qui se réclamait d'Arius et que l'impératrice Justine protégeait.
5. A l'époque de la pierre polie, la Gaule, l'Espagne et les Iles Britanniques se couvrirent de dolmens, de menhirs, de cromlechs. Les dolmens, énormes tombeaux en pierres brutes, attestent le culte des morts; ils attestent aussi la domination d'une aristocratie sacerdotale assez puissante pour imposer des travaux pénibles à la multitude. Les dolmens contiennent des objets de luxe et d'usage, des armes, des amulettes, témoignages de croyances sur l'autre vie analogues à celles des Grecs et des Romains. Parmi les amulettes, il y a des rondelles empruntées à des crânes trépanés avant ou après la mort et que l'on plaçait quelquefois dans d'autres crânes. Certains dolmens sont fermés par une dalle percée d'un trou; c'est une particularité qui se rencontre aussi dans les dolmens de la Crimée, de la Syrie, de l'Inde, et qui peut avoir quelque relation avec la « sortie » périodique des esprits. Les menhirs ne paraissent pas être funéraires, mais ils annoncent souvent le voisinage des dolmens et, quand ils sont alignés en grand nombre, formant des cercles (cromlechs) ou des avenues, ils marquent l'emplacement ou les limites d'un territoire sacré, réservé à l'accomplissement de rites religieux. Isolés,