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En revanche, les Germains croyaient beaucoup

aux sorcières. Tacite dit qu'ils attribuaient un caractère sacré aux femmes et qu'ils s'inspiraient de leurs avis. Cela n'implique pas, comme on l'a cru, une sorte de respect chevaleresque pour le sexe faible, maisl'idée, malheureusement trop répandue, que les femmes ont des dons naturels pour la prophétie et pour la magie. Velléda, qui souleva les Bataves contre les Romains en 70, est la plus célèbre des prophétesses germaniques. Devenus chrétiens, les Germains continuèrent à écouter leurs sorcières; mais l'Inquisition leur enseigna à les brûler. Ce sont des dominicains allemands qui écriront le livre infâme intitulé Marteau des sorcières, et c'est pour l'Allemagne surtout, contre les sorcières allemandes, que le pape Innocent VIII lancera une bulle, affirmation solennelle et infaillible du pouvoir des sorcières, signal d'un carnage hideux qui, au cours de deux siècles, fit brûler vives plus de cent mille innocentes. 19. Suivant Tacite, les Germains croyaient indigne de leurs dieux de leur élever des temples et des statues; ils se contentaient de les adorer. Mais Tacite n'a rien dit du culte des Germains pour les eaux, les montagnes, les rochers; il n'a fait qu'indiquer en passant leur culte des arbres et des animaux, autrement important que leur panthéon. Les Germains étaient profondément animistes. Toute la nature était peuplée de génies, elfes et trolls; ceux des eaux sont des nixes, ceux des montagnes des géants et des nains. Le génie du Riesengebirge est le fameux géant Rubezahl Les géants sont les architectes de constructions colossales, forteresses ou châteaux des dieux Les nains {Zwerge) sont d'habiles forgerons et fabriquent des

armes divines: leur chef est le forgeron Wieland. Comme les âmes errant dans les airs sont assimilées aux vents et que les vents soufflent des montagnes, celles-ci sont devenues le séjour des âmes; c'est dans l'une d'elles, le Kyffhaûser, que l'empereur Frédéric Ier est endormi et c'est là qu'il doit se réveiller un jour. Ainsi s'expliquent les sacrifices funéraires offerts sur les hauteurs, en dépit des prohibitions de l'Église. Le culte des sources et des fleuves était aussi développé qu'en Gaule; on y jetait des offrandes et même, dit-on, des victimes humaines. Pour obtenir de la pluie, on versait de l'eau, parfois sur une jeune fille nue. Les sources sont peuplées d'esprits mâles et femelles, les nixes, qui se présentent sous l'aspect de taureaux ou de chevaux et attirent méchamment les hommes dans les abîmes. Le démon féminin de la mer est Ran, dont l'époux est Aegir; la mer qui entoure le monde a l'aspect d'un énorme dragon. Dans les forêts sacrées, tout arbre a son génie, qui prend la forme d'un hibou, d'un vautour, d'un chat sauvage. L'esprit protecteur d'une famille habite un arbre près de sa demeure; les dieux de l'Edda ont eux-mêmes leur arbre sacré et tutélaire, Yggdrasitt. Qui abat un arbre tue un génie.

Les animaux sacrés jouent un très grand rôle. Plutarque a parlé d'un taureau sur lequel juraient les Cimbres, Tacite de chevaux d'augure et de sangliersenseignes; d'autres enseignes étaient surmontées de serpents ou de dragons. Pour nuire à leurs semblables, hommes et femmes pouvaient se transformer en serpents, en loups et en ours. Le loup-garou, chez les

Germains, est le pendant masculin de la sorcière; en Norvège, on croit aussi à des ours-garous. Sorcières, géants et trolls, déguisés en corbeaux ou en corneilles, chevauchent les nuées d'orage. Dans le sommeil ou lorsque la mort survient, l'âme sort de la bouche sous la forme d'un serpent ou d'une souris; comme « revenant », elle peut prendre la forme d'un quadrupède ou d'un oiseau. Les esprits des champs cultivés sont conçus sous l'aspect de loups, de taureaux, de chiens, de sangliers; on considère comme sacrés ceux de ces animaux qui, au moment de la récolte, sont pris avec les dernières gerbes où ils ont cherché asile. Mais nous pouvons alléguer, du vieux totémisme germanique, des indices plus probants encore que ceux-là.

20. Au commencement du vme siècle, les papes Grégoire III et Zacharie recommandent à Boniface, l'apôtre des Germains, de veiller à ce que les convertis s'abstiennent de manger des chevaux, des geais, des corneilles, des cigognes, des castors et des lièvres. Manger du cheval est un « crime immonde et exécrable », ajoute Grégoire III. Évidemment, les papes ne s'inquiètent pas de l'hygiène des Germains, mais de leur religion; les viandes qu'ils proscrivent sont celles d'animaux sacrés, qui étaient manges rituellement. Or, nous savons que les Islandais, jusqu'à leur conversion (997), mangeaient du cheval « en de certaines occasions » ; nous savons aussi que les Germains sacrifiaient des chevaux, qu'ils plantaient les têtes des chevaux sacrifiés sur des troncs d'arbre, que des chevaux blancs, exempts de tout travail, étaient nourris

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