LES CHINOIS
Celui-ci est venu de l'Inde, où il n'existe plus qu'à Ceylan. Les Chinois n'aiment pas les missionnaires chrétiens, qui introduisent la zizanie parmi eux et protègent beaucoup de malfaiteurs convertis; ils n'aiment pas non plus les musulmans, depuis leur révolte si longue à réprimer (1856-1865); mais, à l'ordinaire, ils sont tolérants, empruntant ce qui leur convient aux trois religions de l'Empire et s'abstenant de prosélytisme. Le confucianisme est surtout la religion des lettrés, le taoïsme et le buddhisme celles du bas peuple.
2. Le rationalisme chinois a effacé en grande partie les traces des religions primitives; mais il en subsiste dans les usages et les croyances populaires, profondément animistes, qui offrent une immense variété de faits religieux. Ces derniers, comme l'a montré J.-M. de Groot, ont exercé une influence considérable sur les religions savantes et les systèmes philosophiques de la Chine (1).
3. Antérieurs à Kong-tse ou Confucius (571 à 478 av. J.-C), qui les publia, sont les cinq livres sacrés dits King. Il y a, dans ces écrits, de la poésie, des règles d'étiquette, des faits historiques et même de la religion. Celle-ci consiste dans le culte du ciel et de la terre, du Grand Esprit et des esprits inférieurs; c'est un animisme tendant au monothéisme, dominé par l'idée sociale de l'harmonie entre le cours de la nature et la conduite des hommes. Lorsque la nature s'irrite, ce sont les hommes qui sont en faute; le gou-
(1) Voir Année sociologique, t. VI, p. 226.
CONTUCIUS ET LAOTSÉ 219
vernement doit intervenir pour les amender. Aux esprits de la terre et du ciel répondent ceux des aïeux, toujours présents, dont le culte est le trait essentiel de la religion chinoise, bien que les idées sur leur mode de survivance restent assez vagues. L'Empereur seul ofire le grand sacrifice au Ciel; mais tout le monde sacrifie aux ancêtres. Il n'y a pas de clergé, seulement des fonctionnaires préposés aux rites.
4. L'honnête Confucius fut mêlé à la vie politique de son temps. Ministre, puis exilé et persécuté, enfin rappelé dans sa patrie, il enseigna une doctrine moyenne, faite de règles d'étiquette et de sagesse pratique. Ce fut le moins mystique des législateurs religieux. Mais il attachait un grand prix à l'étude et c'est à lui qu'est due l'influence excessive prise en Chine par la classe des lettrés. On l'y adore comme le 0 roi sans trône », le « sage parfait »; on l'invoque et on lui offre des sacrifices. S'il a mis au premier rang des devoirs la piété filiale et les sentiments de famille, il n'a pas oublié ce que l'homme doit à son prochain. « Ne pas traiter les autres comme on ne voudrait pas l'être soi-même » est un précepte que Confucius n'a pas eu besoin d'emprunter à nos Livres Saints.
5. Plus âgé que Confucius, qu'il connut, Laotsé vécut loin des affaires. On a de lui un livre, le Tao-té (voie delà vertu), qui traite des devoirs et de la politique dans un style obscur. Peut-être a-t-il subi l'influence des Brahmanes. Sa morale est ascétique, presque chrétienne. Tao est la raison qui gouverne le monde et dont l'homme doit s'inspirer; à cet effet, la méditation importe plus que le savoir.