‹ OrpheusChapitre 187 sur 359 · L’ÉVANGILE DÉ LUC · texte numérisé non relu

L’ÉVANGILE DÉ LUC

15. Voici le début de Luc : « Beaucoup (d’auteurs1, ayant entrepris d’écrire l’histoire des choses dont la vérité a été connue parmi nous avec une entière certitude, selon que nous les ont apprises ceux qni les ont vues eux-mêmes dès le commencement et qui ont été les ministres de la parole, j’ai cru aussi, très excellent Théophile (on ne sait qui c’est) (1), que je devais te les écrire par ordre, après m’en être exactement informé dès leur origine, afin que tu reconnaisses la certitude des choses dont tu as été instruit. » Cela signifie qu’il, existait, quand Luc écrivait, beaucoup de récits évangéliques fondés sur le témoignage des apôtres, mais que l’ordre de ces récits laissait à désirer. Luc est donc un. rédacteur qui travaille sur des témoignages écrits. Si tout ce qu’il y a d’important dans Matthieu et dans Marc se trouvait dans Luc, on croirait qu’il a visé ces deux Évangiles; mais, bien au contraire, des faits essentiels, comme le Massacre des Innocents, la Fuite en Égypte, se trouvent dans Matthieu seul, et quelques autres seulement dans Marc, dont un huitième à peu près lui appartient en propre. Donc, Luc n’a connu ni notre Matthieu, ni notre Marc. Dès à présent, il appert que Luc n’est pas un témoin, et que notre Matthieu et notre Marc ne sont pas des témoignages, mais tout au plus fondés sur des témoignages que nous n’avons plus.

16. Passons maintenant aux textes de Papias„ évêque d’Hiérapolis en Asie vers 120, qui avait connu des presbytres ou anciens, lesquels, croyait-on, avaient

1) L’épithète que lui donne Luc, kratiste, a fait supposer qua Théophile était un fonctionnaire romain converti.

LES ORIGINES CHRETIENNES

connu les apôtres. « Un anciendisaït ceci : Marc, devenu l’interprète de Pierre, a soigneusement écrit tout ce dont il se souvenait; cependant, il n’a pas écrit avec ordre ce qui a -été dit ou fait par le Christ, car il n’avait pas entendu le Seigneur et ne l’avait pas suivi; mais plus tard il avait suivi Pierre, qui, selon le besoin, donnait des enseignements, mais sans exposer avec ordre les discours du Seigneur ; en sorte que Marc n’a fait aucune faute en écrivant ainsi certaines choses de mémoire, car il avait soin de ne rien omettre de ce qu’il avait entendu et de n’y introduire aucune erreur... Matthieu avait écrit en langue hébraïque les oracles du Seigneur et chacun les interprétait comme il pouvait. »

Ces deux textes, malgré la médiocrité évidente de leur auteur, sont d’une haute importance. Ils prouvent d’abord que le Marc, visé par V ancien qui renseigna Papias, n’est pas notre Marc, puisque cet Évangile ne manque pas d’ordre, mais seulement une des sources de notre Marc; puis, que noire Matthieu n’est pas le Matthieu primitif, qui se composait de discours de Jésus notés en araméen et de façon assez obseftre. Il n’y a d’ailleurs aucun motif de mettre en doute la bonne foi de l’informateur de Papias.

17. L’étude comparative et détaillée des Synoptiques autorise, je crois, les propositions suivantes, sur lesquelles, d’ailleurs, l’accord des critiques n’est pas complet ;

i° Les parties communes à Matthieu et à Luc, qui manquent dans Marc, proviennent d’une traduction grecque du recueil araméen des discours (en grec, logia) , attribué à Matthieu. Ce recueil comprenait aussi quel-

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