LES HERESIES
l’entente de ses intérêts temporels. Mystiques et incroyants ont également la prétention de se passer d’elle, de ses images, de ses reliques, de sa magie; ce sont de mauvais contribuables. Or, l’Église est une grande administration fort chère; il lui faut beaucoup d’argent. Je défie qu’on trouve une seule opinion persécutée par l’Église du moyen âge dont l’adoption l’aurait eu pour conséquence une diminution de ses revenus. Aussi Voltaire a-t-il eu tort d’écrire : «Dans toutes ies disputes qui ont animé les chrétiens les uns contre les autres, Rome s’est toujours décidée pour l’opinion qui soumettait le plus l’esprit humain et qui anéantissait le plus le raisonnement. » L’Église ne fut pas si tyrannique povir le plaisir de l’être, mais parce qu’elle avait ses finances à ménager.
57. Toutes les fois que son autorité et ses intérêts n’étaient pas en jeu, l’Église se montrait tolérante; les hommes pouvaient s’amuser, même aux dépens de la décence du culte, pourvu qu’ils ne prétendissent point s’en passer. « Ce que la religion a de plus auguste était défiguré en Occident par les coutumes les plus ridicules. La Fête des Fous, celle de l’Ane étaient établies dans la plupart des églises. On créait aux jours solennels un évêque des fous; on faisait entrer dans la nef un âne en chape et en bonnet carré. L’âne était révéré en mémoire de celui qui porta Jésus-Christ. A la fin de la messe, le prêtre se mettait à braire trois fois de toutes ses forces et le peuple répondait par les mêmes cris. Des danses dans 1 ’ Église, des farces inconvenantes étaient les cérémonies de ces fêtes, dont l’usage extravagant dura environ sept siècles dans plusieurs
DE JUSTINIEN A CHARLES-QL INT
•diocèses... Rome ne pouvait condamner ces coutumes barbares, aussi bien que le duel et les épreuves. Il y eut toujours dans les rites de l’Église romaine plus de décence, plus de gravité qu’ ailleurs » on sentait qu’en tout cette Église, quand elle était libre et bien gouvernée, était faite pour donner des leçons aux autres. » (i)
58. Les iconoclastes ou briseurs d’images sont des chrétiens d’Orient qui, au vme siècle, tentèrent de faire disparaître des églises les statues qu on y vénérait comme des idoles. Bien des causes ont été assignées à ce mouvement : le souvenir de la législation biblique, si hostile à l’idolâtrie, la crainte des sarcasmes des musulmans. La vraie raison paraît avoir été l’hostilité à l’égard des moines, qu’enrichissait la fabrication des images et qui portaient ombrage au pouvoir civil. Léon l'Isaurien fut un iconoclaste v iolent; son fils Constantin Copronyme obtint la condamnation des images par un concile (754). Mais l’impératrice Irène, femme du successeur de Constantin, Léon IV, se laissa gagner par les moines et, devenue régente, fit rétablir les images par un nouveau concile (786). On ne devait jvis les adorer, mais on pouvait les baiser, se prosterner devant elles, brûler à leurs pieds des cierges et de l’encens. Charlemagne ou plutôt Alcuin, directeur de l’École du Palais, qui avait des tendances iconoclastes, protesta contre le culte, sinon contre l’existence des images en Occident, et -deux conciles francs lui donnèrent raison; mais la
(1) Voltaire.