‹ OrpheusChapitre 245 sur 359 · JÉROME SAVONAROLE · texte numérisé non relu

JÉROME SAVONAROLE

des recrues jusqu’en Amérique et sont au nombre de plus de iooooo aujourd’hui.

74. Même en Italie, aux portes de Rome, l’esprit militantde la réforme souffla en tempête. L’éloquence du moine dominicain Savonarole, surtout dirigée contre l’immoralité et le luxe, souleva à Florence un enthousiasme extraordinaire. On fit des feux de joie avec des tableaux, des livres, des parures de femmes. Mais bientôt cette secte d’enragés (arrabiati) eut à compter avec la malveillance des Médicis et de ceux que le luxe et la dépravation faisaient vivre. Florence n’était pas mûre pour un Calvin; pourtant, elle supporta Savonarole pendant huit ans. La fuite des Médicis et l’invasion de Charles VIII en Italie parurent d’abord confirmer ses prophéties; mais, le roi parti, Rome excommunia Savonarole et le pape Alexandre VIBorgiarésolutd’enfiniraveclui. Comme Alexandre VI était un débauché, Savonarole l’attaqua ouvertement et eut la folie de vouloir prouver sa propre innocence en subissant l’épreuve du feu. Au dernier moment, le dominicain hésita; alors les franciscains, ses ennemis jurés, prirent l’offensive et Savonarole, condamné par l’Inquisition -comme hérétique, expia ses ardeurs réformatrices sur le bûfcher <1498).

Voici en quels termes Voltaire termine le récit de cette histoire : « Vous regardez en pitié toutes ces scènes d’absurdité et d’horreur; vous ne trouvez rien de pareil ni chez les Romains, ni chez les Grecs, ni chez les Barbares. C’est le fruit de la plus infâme superstition qui ait jamais abruti les hommes... Mais vous savez qu’il

DE JUSTINIEN A CHARLES-QUINT

n’y a pas longtemps que nous sommes sortis de ces ténèbres et que tout n’est pas encore éclairci. »

75. La répression des délits d’opinion, considérés comme des crimes envers Dieu, appartint d’abord aux évêques, servis par les prêtres séculiers. Mais les progrès de l’hérésie albigeoise convainquirent le Saint- Siège qu’il fallait une organisation spéciale, dépendant uniquement de lui, pour combattre des périls aussi menaçants. Les évêques étaient trop occupés, trop indulgents, trop accessibles à des considérations d’intérêt local. De 1215 à 1229, du quatrième concile de Latran au synode de Toulouse, l’Inqnisition naissante chercha sa voie. En 1232, Grégoire IX institua les tribunaux d’inquisition contre la « perversité hérétitique » ( liœretica pravitas) et les confia aux dominicains. Le mot est emprunté à la langue juridique de Rome : l’inquisition est une enquête, qui, motivée par des dénonciations ou de simples soupçons, a pour objet de mettre les suspects en demeure de prouver l’orthodoxie de leurs croyances. Les tribunaux de l’Inquisition pouvaient condamner à la prison, au fouet, à de lointains pèlerinages, au port d’insignes infamants, qui empêchaient les malheureux de gagner leur vie; mais ils ne pouvaient condamner à mort, à cause du principe « l'Église a horreur du sang » qui interdit, par exemple, à un prêtre de procéder à une opération chirurgicale. C’est pour se conformer à ce principe qu’un évêque de Beauvais, sous Philippe-Auguste, se servait

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