QUELQUES VICTIMES DE L'OPPRESSION
DANS LA PREMIÈRE MOITIE DU XVIIIe SIECLE
« Est-il bien possible, Messieurs, que parmi vous on puisse » de la sorte dépouiller tous les sentiments de l'équité, de la » douceur, de la piété et de l'humanité ? Comment pouvez-vous » vous résoudre à faire souffrir tant de maux à des créatures » innocentes, qui ne vous ont fait aucun tort ? N'appréhendez- » vous pas que ce Grand Dieu, qui ne peut souffrir le meurtre » et l'oppression, ne vous accable à votre tour de ses jugemens, » quand vous aurez comblé la mesure 1 ? »
Celui qui faisait entendre cet appel de suppliant, qu'il adressait aux catholiques romains de France, fut arrêté à Oloron, à la maison de la poste, qui était une hôtellerie tenue par le nommé St-Pé, le 18 septembre 1698.
Claude Brousson, né à Nîmes en 1647, docteur en droit, fut avocat au parlement de Toulouse et montra un profond attachement à la cause des églises opprimées. Il refusa la place de conseiller qu'on lui offrait contre une abjuration. Réfugié en Suisse, il ne put résister à l'appel de ses frères de France, et renonça à toutes les douceurs de la vie pour venir consoler les persécutés. Il se fit consacrer au saint ministère dans les Cévennes et bientôt sa tête fut mise à prix. « N'ayant pour abri » que des roches sauvages, les bois ou quelque chaumière isolée, » il annonça sans relâche la parole de l'Évangile. Quand il était » serré de trop près, il quittait la France ; puis il y rentrait, » rappelé par le cri de son âme et par les gémissements des