‹ Ossian, barde du IIIe sileChapitre 12 sur 73 · XIV ETUDE CRITIQUE · texte numérisé non relu

XIV ETUDE CRITIQUE

poëmes que dans sa vieillesse. Il était devenu aveugle et survivait à tous les compagnons de sa jeunesse.

Il semble inutile d'avertir que les qualifications de poëme épique ou dramatique ^ nsHées dans ce recueil, sont du fait de M. Mac-Pherson. Les mots techniques étaient inconnus d'Ossian, qui vivait dans un siècle et dans une contrée où la littérature grecque et romaine étatt absolument ignorée. Si, dans plusieurs endroits de ses poëmes, il ressemble à Homère, c'est qu'ils ont eu l'un et l'autre la nature pour modèle.

La question de l'authenticité des poëmes d'Ossian n'est pas encore entièrement décidée chez les Anglais. Toutefois la majorité des savants s'accorde à reconnaître aujourd'hui que ces poëmes n'ont pas été recueillis par Mac-Pherson tels qu'il les a donnés dans sa traduction en prose anglaise. Il n'aura trouvé, dit Ginguené, que des lambeaux épars, qu'il a arrangés , liés ensemble , étendus peut-être , en conservant l'esprit, le ton et les couleurs du poète calédonien. Éditeur habile, et en état de composer lui-même , il a fait pour Ossian ce qu'il paraît qu'on a fait pour Homère, dont les poëmes ont été longtemps dispersés et abandonnés aux hasards de la mémoire, jusqu'à ce que Solon les eût fait transcrire et réunir en un corps d'ouvrage. Plusieurs passages de ïlliade et de l'Odyssée sont cités dans Eschine, Démosthène, et dans les autres orateurs ou poètes grecs, qu'on ne trouve point dans l'édition qui est parvenue jusqu'à noUs.

En 1758, Mac-Pherson avait débuté par un essai poétique intitulé Vcath, la Mort. Plus tard, il publia un poëme héroïque sous le titre populaire du Montagnard , the Highlander. Le premier poëme avait passé inaperçu ; le second fut déchiré par la critique de VEdinhurgh Magazine. En 1762, lorsque parurent les premières poésies d'Ossian, traduites du langage gaélique par Mac-Phersou, le savant docteur Blair soutint , dans une dissertation imprimée , le mérite du traducteur et lauthenticité de l'original. Deux ans après , il ajouta un appendice à sa brochure , où il fortifiait son opinion des meilleurs témoignages qu'il avait pu réunir à l'appui d'une thèse qui préoccupait au plus haut degré la critique, et soulevait tous les amours-propres littéraires. Douze ou treize ans après, en 1775, le célèbre docteur Johnson, ayant fait un voyage aux îles occidentales de l'Ecosse, annonça, dans sa relation, que ses recherches au sujet des poésies d'Ossian l'amenaient à nier formellement leur authenticité. Attaqué par les écrivains amis de Mac-Pherson, forcé d'avouer qu'il n'entendait pas la langue erse, calédonienne, gaélique ou celtique, comme on voudra l'appeler, il n'en persista pas moins à soutenir que cette langue barbare, grossière et bornée, ne pouvait avoir exprimé tout ce qu'on fait dire à Ossian dans ses prétendues poésies, et que rien d'écrit dans celte langue ne pouvait avoir plus d'un siècle d'antiquité. De ces propositions générales . passant à la discussion personnelle , il attaqua directement et durement Mac-Pherson, le défiant de montrer l'original de ces poésies, et traitant l'éditeiir de faussaire qui insultait le public avec une témérité sans exemple.

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