XVI ETUDE CRITIQUE
que jamais remise en question : John Clarke reparaît dans la lice pour réfuter William Shaw; et, franchissant toutes les limites dune polémique littéraire , il peint le nouvel ennemi d'Ossian sous les traits les plus odieux, comme un homme sans principes, guidé par un vil intérêt, associé à un esprit de vengeance, ingrat envers ses meilleurs amis, parasite et flatteur de Johnson, imposteur et calomniateur effronté, perpétuellement en contradiction avec la vérité et avec lui-même. Et ces reproches sanglants reposent tous sur des faits que John Clarke a pris soin de recueillir, et qu'il publie en citant des noms et des dates à l'appui de chaque réfutation. Shaw fut réduit au silence.
Cette même année 1787, M. John Smith publiait le texte original des quatorze poëmes dont il avait donné la traduction dans les Antiquités gaéliques. Dédaignant la controverse, il s'en remit à son édition du soin de sa défense. Sa cause était la môme que celle de Mac-Pherson. Si les poëmes publiés par le premier sont authentiques, il n'y a plus de motif de suspecter ceux qu'a donnés le second. En outre, John Smith a cité dans ses notes, en langue gaélique, différents passages des poëmes traduits par Mac-Pherson. Il cita , de plus , deux fragments, l'un d'un auteur du xiv'' siècle , Jean Barbour , archidiacre d'Aberdeen, qui prouve que le nom de Fingal et les poëmes d'Ossian étaient bien connus en Ecosse, environ quatre cents ans avant la naissance de son traducteur; l'autre fragment est d'un écrivain du xii' siècle, Giraldus Camhrensis , ou Gérard le Gallois , à qui la lecture des poésies d'Ossian était familière.
En 1805 , VHighland societij avait formé dans son sein une commission chargée de faire les recherches les plus exactes sur l'authenticité des poëmes d'Ossian. Son président, M. Henri Mac-Kensie, rédigea lui-même un rapport dont l'excellent esprit, l'impartialité, la bonne foi, ont versé le meilleur jour sur cette question si délicate et tant controversée. La commission avait commencé son travail par faire circuler les questions suivantes dans toutes les parties de la Haute- Écosse et des îles qui l'avoisinent, où se trouvaient des personnes dont les lumières offraient une garantie solide.
1'' Avez-vous jamais entendu répéter et chanter quelques-uns des poëmes attribués à Ossian, traduits et publiés par Mac-Pherson? Par qui les avez-vous entendu répéter, et dans quel temps? En avez-vous mis quelques-uns par écrit, ou pourriez-vous, présentement, vous les rappeler assez bien pour les écrire? Dans l'un ou l'autre cas, veuillez en envoyer à la commission l'original en langue gaélique.
2° On demande la même chose à l'égard des autres anciens poëmes du même genre , qui auraient rapport aux traditions , aux personnes et aux histoires mentionnées dans le recueil de M. Mac-Pherson.
3° Quelques-unes des personnes à qui vous avez entendu réciter ou chanter de ces sortes de poëmes sont-elles vivantes? Ou bien y at-il , dans la partie du pays que vous habitez , quelqu'un qui s'en souvienne, qui en puisse répéter ou réciter quelques-uns? Si cela est,
SUR OSSIAN. XVU
veuillez examiner de quelle manière ils se sont procuré ou ont appris ces compositions: mettez par écrit, aussi exactement qu'il vous sera possible , tout ce que ces personnes peuvent actuellement répéter ou réciter, et transmettez à la commission le récit qu'elles vous auront fait , et les compositions qu'elles vous auront répétées.
4° S'il y a dans votre voisinage quelqu'un dont M. Mac-Pherson ait reçu quelq'.'.e poème, informez-vous particulièrement quels étaient ces poèmes, de quelle manière il les avait reçus, et comment il les avait écrits. Montrez à ces personnes, si vous eu avez la commodité, la traduction qu'il a faite de ces poèmes , et priez-les de vous dire si elle est exacte et littérale; ou, s'il y a de la différence, en quoi cette différence consiste.
6" Veuillez vous procurer le plus d'informations que vous pourrez sur la croyance traditionnelle établie dans le pays où vous vivez, relativement à l'histoire de Fingal et de ses descendants, et à celle d'Ossian et de ses poèmes, particulièrement aux histoires et aux poèmes publiés par M. Mac-Pherson, et aux héros qui y sont célébrés. Veuillez faire part à la commission de toutes les relations et de toutes les expressions proverbiales ou traditionnelles, en langue gaélique originale, que vous vous serez procurées sur cet objet.
6° Dans toutes les recherches ci-dessus, et dans toutes celles qu'on pourra faire pour éclairer ce même sujet, la commission recommande de rédiger les questions et les réponses avec le plus d'impartialité et de précision qu'il sera possible, d'agir enfin comme si c'étaient des questions faites en justice, et des preuves résultantes d'une enquête faite avec une exactitude légale.
Les réponses directes à cette circulaire de l'Highland society ont été nombreuses, et toutes rédigées à peu près dans le même sens. Les correspondants n'avaient jamais douté de l'existence des poèmes originaux: ils en avaient entendu répéter plusieurs dans leur jeunesse. Les montagnards d'Ecosse n'avaient point alors , dans leurs moments de repos ou d'oisiveté . d'amusement qu'ils préférassent à celui d'écouter ces traditions; mais, depuis la révolution de 1745, les choses ont changé dans ce pays. Les poèmes nationaux ne sont plus goûtés avec le même charme, et il reste peu de personnes en élat de les réciter. D'autres assurent avoir entendu, même dans les derniers temps, des poèmes où les sujets historiques et les noms des héros étaient les mêmes que dans ceux qu'avait traduits Mac-Pherson. Cette traduction semble fort bonne aux Ecossais qui l'ont lue, mais ne leur paraît cependant pas avoir l'énergie de l'original, etc. Quelques-uns envoient à la commission d'anciens poèmes qu'ils possédaient en manuscrit, et qu'ils avaient autrefois recueillis de la bouche de quelques vieux montagnards, ou qu'ils avaient récemment obtenus de personnes qui se les étaient procurés de cette manière dans leur jeunesse. Plusieurs ont trouvé dans différents endroits de leur voisinage des preuves que l'existence de Fingal et de ses héros était une ancienne tradition à laquelle on croyait généralement. Toutes les pièces justificatives ont