‹ Ossian, barde du troisième siècleChapitre 13 sur 89 · SUR OSSIAN. * XV · texte numérisé non relu

SUR OSSIAN. * XV

Cette polémique a valu au savant docteur des réponses 'tout aussi peu ménagées que l'attaque, de la part des partisans de la poésie osianique. Quant à Mac-Pherson, il se contenta de publier que le manuscrit original serait déposé chez le libraire Becker, et y resterait plusieurs mois offert à la visite des curieux. Du reste, il n'existe aucune preuve que ce dépôt ait été fait. Cependant, en 1778, il parut un nouveau volume de poésies erses, sous le titre à'OEiivres des bardes calédoniens^ contenant différentes compositions épiques, élégiaques et pastorales, d'anciens poètes autres quOssian, traduites en anglais par un auteur qui ne se nomma point alors , mais que l'on sut bientôt être M. John Clarke, jeune écrivain né dans la partie de l'Ecosse qu'on nomme encore l'Highland (haut pays) , et très-versé dans l'étude de la langue erse. Il reconnut lui-même que ces poésies étaient, pour la plupart, inférieures à celles qu'avait publiées Mac-Pherson, quoiqu'il s'y trouvât quelques fragments qui n'auraient pas été indignes d'Ossian. Il joignit à sa traduction beaucoup de notes et d'observations sur les mœurs des Calédoniens, sur la langue celtique, et principalement sur les querelles littéraires excitées au sujet de l'authenticité des poèmes d'Ossian, dont il se déclara le champion le plus ardent.

Mac-Pherson trouva un appui plus solide dans M. John Smith , ministre de Kilbrandon, qui publia, en 1780, sous le titre d'Antiquités gaéliques^ une histoire des druides d'Ecosse; une dissertation sur l'authenticité d'Ossian, fortifiée par nombre d'attestations de gens dignes de foi , qui déclaraient avoir vu des manuscrits originaux ; enfin , et ce témoignage est des plus convaincants, une collection de quatorze poèmes gaéliques, traduits par lui en prose anglaise, parmi lesquels onze étaient d'Ossian, et les autres de trois bardes, ses contemporains, qui avaient dû former avec lui le cycle d'or de la poésie calédonienne. Ces quatorze poèmes ont été mis en français par un anonyme , et imprimés en l'an m (1794) , en trois petits volumes in-18 , sous ce titre : Poèmes d'Ossian et de quelques autres bardes, pour servir de suite à VOssian traduit par Letourneur. Quoique ces poèmes fussent tout à fait différents de ceux que Mac-Pherson avait recueillis, le fond et la forme en étaient tellement semblables , que l'on en peut conclure l'originalité des uns et des autres. « Pour imiter ainsi Ossian , dit l'abbé Cesarotti dans la préface de sa traduction, il faut être un autre lui-même. »

En 1787, un nouvel adversaire, l'Écossais Williams Shaw, recommença la guerre. Il avait fait , en 1778 , un voyage dans les montagnes d'Ecosse et aux îles Hébrides; il avait voulu vérifier tous les témoignages assignés par Blair et par Smith : il revint convaincu de leur insuffisance, déclara les uns équivoques, s'inscrivit en faux contre les autres. 11 prétendit dévoiler des ruses, employées, selon lui, par les partisans de Mac-Pherson, qui auraient produit des manuscrits irlandais pour des manuscrits calédoniens, traduit de l'anglais en langue erse des morceaux qu'ils faisaient ensuite réciter par des naturels du pays , etc. Devant une pareille attaque , l'existence d'Ossian était plus

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