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220 CRUTHLODA.
Garglas se cache dans sa caverne.
Fingal l'y suit ; il détache les liens qui enchaînaient ses belles mains, et lui demande à quel héros elle doit le jour.
« Torno *, répond la vierge, habitait jadis sur les bords du torrent de Lulan ; on le trouve aujourd'hui dans le palais de Loda, où il passe sa vie au sein de ^la joie et des fêtes. Il mesura son épée avec celle de Starno : le combat fut long ; mon père succomba près d'un rocher sur la rive du Lulan.
« Je venais de percer un chevreuil; ma main rassemblait mes cheveux, qui flottaient épars au souffle des vents. Tout à coup j'entends un bruit terrible, je pousse un cri d'effroi, mon sein palpite avec violence, je vole au palais, espérant t'y trouver, ô mon père !
« Il n'y avait plus dans le palais que le farouche Starno; ses sourcils fauves, son sourire cruel, rendaient odieux son visage. « Où est mon père? m'écriai-je; où est ce héros épargné « par tant de combats? M'a-t-il abandonnée au milieu de mes « ennemis? »
« Starno, sans me répondre, me saisit par la main, et m'entraîne vers son navire. Il m'a depuis enfermée dans cette caverne. Quelquefois il y vient, et lève devant moi le bouclier de mon père.
« Souvent je vois passer loin de ma prison un jeune guerrier'.... qui seul règne, hélas! dans l'âme de l'infortunée Carglas.
i . Torcul-Torno, que nous avons appelé simplement Torno , éuil roi de Cralhlan, pelil canton de Suède. La rivière du Lulan coulait auprès de sa demeure; il y a encore en Suède une rivière qu'on appelle Lula.
L'origine de la guerre entre Slarno et Torno, et dans laquelle ce dernier perdit la vie, fut une partie de chasse où Torno avait invité le roi de Loclin. Les deux rois et leur suite chassèrent sur les montagnes de Slinavor; un sanglier sortit de la forêt , Torno le lua. Slarno crut que celle action violait à son égard les droits de l'hospilaliié : car, suivant la tradition, on devait tonjours laissera sis hôtes tout 1 honneur «U h^s dangers de la chasse. 11 s'éleva entre les deux chefs vme querelle violente, cl les deux partis en vinrent aux mains; celui de Turno fut entièrement défait, il périt luimôme de la main de Sliirno. Celui-ci, profilant de sa vicloire, ravagea le pays de Cralhlan , pilla le palais àc Torno , et enleva sa fille, la belle Carglas, que la tradition appelle Conban-Carglas; il l'enferma dans une caverne, où il la maltraita si cruelienienl qu'elle devint folle.
2. C'est sans doute de Swaran, fils de Slarno, que Carglas veut parler ici.
— Jeune fille, reprit Fingal, le deuil de la douleur a voilé ton âme, et le feu de l'amour ia dévore. Mais rassure-toi, ne crains ni cette lune obscurcie, ni ces météores qui volent autour de toi; mon glaive brille pour ta défense, et le soin de te venger appartient au bras d'un héros. Les jeunes filles ne sont point captives dans nos contrées , on n'enchaîne point leurs charmes au fond d'affreuses solitudes ; mais on les voit toutes belles, toutes parées de leurs longs cheveux noirs, pencher leurs têtes sur les harpes de Selma , et leurs voix enchanteresses ne s'égarent point dans les solitudes. j>
Fingal continua de marcher dans les ténèbres, et s'avança jusqu'à l'endroit où les arbres de Loda se tordent sous l'effort des vents.
Là s'élèvent trois pierres couronnées de mousse, là écume un torrent; le nuage enflammé de Loda s'abaisse et roule alentour.
Au haut du nuage se montre un esprit formidable, à demi formé d'ombre et de fumée. D'intervalle en intervalle, il mêle sa voix au rugissement du torrent.
Près delà, prosternés sous un chêne antique, Starno et Swaran recueillent ses paroles; les deux héros, couchés sur leurs boucliers, étendent leurs lances en avant dans le sein de la nuit.
Au bruit des pas de Fingal, ils se lèvent : « Swaran, s'écrie Starno , terrasse cet ennemi superbe , ce voyageur nocturne : couvre-toi du bouclier de ton père, il est impénétrable, jj
A ces mots Swaran jette sa lance contre Fingal ; elle va s'enfoncer dans l'arbre de Loda. Les deux adversaires fondent l'un sur l'autre le glaive à la main, l'acier résonne sous leurs coups pressés.
Fingal coupe les courroies du bouclier de Swaran, le bouclier roule sur la terre, son casque fendu tombe : mais le héros magnanime retient son bras levé sur l'ennemi désarmé.
Swaran, furieux, roule en silence des yeux enflammés, jette sur la terre le tronçon de son glaive, et traverse lentement le torrent.
Starno voit la retraite de son fils; il s'éloigne en fronçant ses noirs sourcils, et la rage dans le cœur. Il frappe de sa
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lance l'arbre de Loda, et profère de sourdes menaces. Tous deux suivent un chemin différent , et rejoignent l'année de Loclin.
Fingal retourne à la plaine de Turtor. Déjà le premier rayon de l'aube paraît à l'orient, et fait briller dans la main du roi de Morven les dépouilles conquises sur Loclin.
Carglas sort de sa caverne et s'avance dans l'éclat de sa beauté. Elle renouait ses cheveux qui flottaient au gré des « vents, et elle murmurait quelques chants sauvages et sans art, qu'elle avait entendus à Lulan, la demeure de son père.
Elle vit le bouclier de Starno brisé et couvert de sang, et la joie éclata sur son visage; mais elle vit aussi le casque de Swaran fracassé.... Alors elle s'éloigna de Fingal : « Tu as donc péri, s'écria-t-elle en pleurant, ô toi, l'amour de Carglas \ j>
Colline d'Uthorno, qui domines les vagues, et dont les flancs de roche lisse reflètent sans cesse les météores de la nuit, je vois la lune obscurcie s'incliner derrière tes forêts; audessus de tes cimes repose le sombre Loda, le séjour des esprits.
Au bord de son palais de nuages se penche le terrible Cruthloda. On aperçoit confusément sa forme gigantesque au milieu des ondes de brouillard qui l'environnent. Sa main droite tient son bouclier, dans sa gauche est la coupe des festins de la guerre. Le toit de son palais formidable est parsemé de feux nocturnes.
Les ombres de la race de Cruthloda s'avancent. Il présente la coupe aux chefs illustrés sur le champ de la mort; mais son bouclier d'épaisses vapeurs s'élève comme une barrière fatale entre les lâches et les héros.
'ingal donne le commandement de l'armée à Dumarunno, qui engage le combat et repousse l'ennemi au delà du torrent de Turtor. — Mais après la victoire, Dumarunno revient mortellement blessé. — Le barde célèbre ses funérailles.
« OÙ es-tu, Fingal ? s'écriait Dumarunno. Où es-tu tombé, noble rejeton de Selma? Déjà le matin est de retour, tu ne reviens pas, et pourtant le soleil commence à percer les vapeurs qui couvrent les collines d'Uthorno.
î Amis, prenez vos boucliers, suivez-moi 1 Car il ne sera point dit que Fingal ait fui comme ces feux égarés du ciel qui ne laissent sur la terre aucun vestige de leur chute....
« Mais je l'aperçois , il revient , rapide comme l'aigle qui fend les vents; je vois dans ses mains les dépouilles de nos ennemis. Salut, roi de Selma, ta longue absence nous attristait.
— Dumarunno, les ennemis ne sont pas loin ; ils s'avancent comme les vagues de la mer qu'on voit bondir au milieu du brouillard, et lever de temps en temps leurs têtes écumantes au-dessus de l'épaisse et lourde vapeur.
d A l'aspect de la tourmente, le voyageur tremble, et ne sait où chercher un asile.
<t Nous ne sommes pas des voyageurs tremblants; enfants des héros, préparez vos armes I Et maintenant, Fingal doit-il combattre , ou confier à un de ses héros la conduite de son armée ?
— Les événements passés, répondit Dumarunno , nous tracent la route que nous devons tenir. Le souvenir de Trenmor brille toujours devant nous. Elle n'était pas étroite et vile, l'âme de ce héros; jamais projet honteux ou timide ne souilla ses pensées.
flc Des bords de leurs cent torrents, les tribus arrivèrent à Golgancrona : à leur tête marchaient leurs chefs intrépides ; chacun d'eux réclamait le commandement de l'armée.
« Souvent leurs glaives étincelaient à demi tirés. Leurs yeux
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étaient pleins d'audace et de 'feu. Ils se tenaient éloignés les uns des autres et murmuraient quelques chants sinistres.
« Pourquoi céderais-je le commandement, disait chacun de « ces héros? Nos aïeux ne sont-ils pas égaux en renommée? »
« Trenmor, à la fleur des ans, était à la tête de son peuple. Il vit l'ennemi qui s'avançait. L'indignation gronda dans son âme ; il proposa à tous les chefs de commander l'armée tour à tour.
c Tous furent vaincus. Alors Trenmor descend de sa colline, il se met à la tête de l'armée, et l'ennemi s'évanouit. Ses guerriers se rassemblent autour de lui, et lui témoignent leur joie en frappant sur leurs boucliers.
c Les ordres des rois de Selma furent toujours pour leur peuple une volonté sacrée ; mais l'usage voulait que les chefs commandassent l'armée, chacun à leur tour, jusqu'à ce que le danger fût extrême : alors c'était l'heure du roi pour combattre et pour vaincre.
— Les actions de nos ancêtres ne me sont point inconnues, dit Grommacaglas; mais qui commandera aujourd'hui l'armée, avant que le roi descende dans le champ de bataille?
a Vous voyez cee quatre collines couvertes de vapeurs; que chacun de nous s'y retire et frappe son bouclier : les esprits descendront peut-être au milieu des ténèbres, et désigneront celui de nous qui doit commander. »
Les guerriers montèrent sur les quatre collines. Les bardes observèrent le son des boucliers : ce fut le tien, ô Dumarunno, qui fut le plus sonore; c'est à toi de conduire l'armée.
Les guerriers d'Uthorno descendent à grand bruit dans la plaine : Starno et Swaran marchent à leur tète ; à l'abri de leurs boucliers de fer, ils regardent fièrement l'ennemi : ainsi le formidable esprit de Loda, caché dernière la lune , paraît au-dessus de son globe obscurci , et déploie dans la nuit les signes terribles de son pouvoir.
On combat sur les rives du Turtor; les guerriers se choquent et se pressent comme les vagues de l'Océan. Les échos retentissent de leurs coups redoublés. La mort vole de rang en rang : tels on voit les nuages qui portent la grêle et les vents se mêler dans les airs ; leurs chocs entremêlés épouvantent les airs; la mer mugit et s'enfle.
Pourquoi te retracer ici , sanglante journée d'Uthorno ? Tu
te perds dans le passé, tu commences à t'effacer de ma mémoire.
Starno s'avance à la tête d'une aile de l'armée, Swaran commande l'autre. Ton épée, ô Dumarunno, n'est pas un feu qui luit sans consumer ; les guerriers de Loclin prennent la faite. Starno et Swaran, confondus, contemplent dans un silence farouche la déroute de leur armée.
Le cor de Fingal se fait entendre : les enfants d'Albion reviennent auprès de lui; mais plus d'un héros resta sur la rive du Turtor, muet et couché dans son lit de sang.
« Brave Dumarunno , dit Fingal, mon armée ne revient point sans avoir fait fumer le champ de bataille du sang de nos ennemis. A cette nouvelle la joie brillera sur le front de l'aimable Lanul ; Gandona*, ton fils, se réjouira sur les rochers de Grathmo.
— Colgorm, répondit Dumarunno, Golgorm, qui traversa tant de fois' les plaines de l'Océan, fut le premier de ma race dans Albion. Il tua son frère; il quitta le pays de ses aïeux, et se retira dans un morne silence sur les rochers de Grathmo. Ses descendants ont toujours marché sans crainte à l'ennemi; mais toujours ils ont péri dans le combat. Fingal, je subis le sort de mes aïeux. »
A ces mots, il arrache une flèche de son flanc ; il tombe pâle et sans vie sur cette terre étrangère. Son âme va rejoindre celles de ses ancêtres dans leur séjour orageux.
Les chefs restent immobiles et muets autour de Dumarunno, semblables aux rochers de Loda , que le voyageur solitaire aperçoit de loin à la lueur du crépuscule.
La nuit descend sur l'armée, les chefs restent toujours immobiles de douleur. Enfin le roi de Morven, sortant de sa profonde rêverie , appelle le barde Ullin et lui ordonne de chanter.
« Dumarunno, dit-il , n'était pas un feu qui luit et se perd aussitôt dans la nuit : ce n'était pas un faible météore prêt à s'évanouir. Le soleil qui se réjouit dans les cieux , et verse des torrents de lumière sur les collines, est l'image de ce
4 . Candona ou Ceandaona élailfilsde Dumarunno ouDuthmarunno. Après la mort de Fingal, il se distingua dans les expéditions d'Ossian, et les bardes suivants ont célébré ses exploits.
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guerrier. Ullin chante ses aïeux, et tire leurs noms de l'oubli du tombeau.
— Itorno, chanta le barde, Itorno, qui règnes sur les flots agités, pourquoi ta tête paraît-elle si obscure au milieu des vapeurs de l'Océan? De tes vallons sort une race audacieuse comme tes aigles, la race de Golgorm au bouclier de fer, qui habite maintenant le palais de Loda.
« Dans l'île retentissante de Tormo s'élève Luthan, colline arrosée de mille torrents ; elle penche sa tête couronnée de forêts sur une vallée silencieuse.
<r Là, près de la source écuraeuse de Gruruth, habitait Rumar, le fléau des sangliers : Strina-Dona, sa fille, était belle comme la lumière.
« Une foule de jeunes héros et de chefs de tribus vinrent au palais de Rumar offrir leurs vœux à la vierge de Tormo; mais tu les vis tous avec indifférence, aimable Strina-Dona.
<r 0 vierge, quand tes pas effleuraient la plaine, ta gorge effaçait la blancheur du duvet de la cana* ; si tu errais sur le rivage, l'écume des flots le cédait à l'albâtre éblouissant de ton sein.
< Les étoiles ne sont pas plus gracieuses que tes yeux, l'arc de la pluie a moins d'éclat que ton visage. Tes beaux cheveux tombaient en ondes noires sur tes épaules.
«• Tu habitais dans tous les cœurs, aimable Strina-Dona.
c Golgorm et Suran*, son frère, vinrent d'Itorno rechercher l'amour de Strina-Dona. Elle les vit, et le choix de son cœur se fixa sur Golgorm. L'étoile de Loclin luisait sur elle dans la nuit, et la voyait étendre ses bras vers son amant au milieu de ses songes.
(T Les deux frères, jaloux, froncent le sourcil, roulent en silence des yeux enflammés, s'éloignent et frappent sur leurs boucliers; déjà leurs mains tremblantes de fureur saisissent leurs glaives ; ils se disputent la possession de la belle Strina-Dona.
4 . La cana esl une plante qui crott en abondance dans les landes marécageuses du Nord : sa lige ressem'^lc à celle du roseau, elle porle unduvel d'une excessive blancheur, cl inii ne ditTùre pas beaucoup du colon.
2. Corcul-Siiran. Toutes les fois que les héros de noire poèic onl deux noms réunis, nous ne leur en avons donné qu'un; nous nous sommes mémo permis d'adoucir quelquefois ces noms sauvages par le relrancbement de quelques consonnes.
« Suran tombe dans son sang. Son père, désolé de sa mort , bannit Golgorm d'Itorno.
« Golgorm erra longtemps au gré des vents; enfin il aborda au pied des rochers de Grathmo, et fixa son séjour dans cette terre étrangère.
c II n'était pas seul : la beauté de l'île de Tormo , Strina- Dona, l'avait suivi dans son exil, s
Préparatifs des deux armées. Entretien de Starno et de Swaran. — Épisode de Cormar-Trunar et de Foinar-Bragal. — Starno veut qu'à son exemple Swaran surprenne Fingal , qui s'est retiré seul sur un coteau voisin. — Sur le refus de Swaran , Starno se charge de l'entreprise ; il est vaincu et fait prisonnier par Fingal, qui l'épargne , en mémoire d'Agandecca.
D'où jaillit dans la vie la source des années ? Où est le terme vers lequel s'arrêtera leur cours? dans quel abîme vont-elles s'engloutir, chargées de mille destins contraires? Mes regards veulent sonder les profondeurs du passé ; mais je n'y vois qu'une lueur incertaine , semblable à celle des rayons de la lune réfléchis par la surface d'un lac éloigné.
Là brillent les flambeaux de la guerre ; ici je vois une génération faible et vile s'écouler en silence , sans marquer son passage d'aucune action digne de mémoire.
Toi qui réveilles mon génie, ô ma harpe, descends de la voûte où tu es suspendue au milieu des boucliers. Qu'à tes accords l'obscurité qui voile le passé se dissipe : fais revivre à mes yeux les héros décédés.
Uthorno, séjour des tempêtes, je vois sur tes collines les guerriers de ma race. Fingal se penche dans les ténèbres sur la tombe de Dumarunno : il est environné des amis de ce chef infortuné.
Sur la rive du Turtor, l'armée de Loclin est enveloppée des froides brumes de la nuit. Starno et Swaran , honteux de leur défaite , se sont retirés sur deux collines : appuyés sur leurs larges boucliers , ils contemplaient le cours des étoiles vers l'occident.
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Gruthloda , tel qu'un sanglant météore , se penche du sein des nuages. Il déchaîne les vents , et les .signes que sa main trace dans le ciel font comprendre à Starno que jamais Fingal ne cédera dans les combats. Deux fois Starno furieux frappe l'arbre de Loda. Il marche vers son fils , il murmure quelques chants lugubres et prête l'oreille aux vents de la nuit. Debout et tournés chacun d'un côté opposé, Starno et Swaran ressemblaient à deux chênes qui, courbés par deux vents contraires, se penchent sur deux ruisseaux et secouent leurs bran- 'ches dans les airs.
« Annir, dit Starno, était jadis un feu qui consumait les armées. Dans le champ de bataille , ses yeux lançaient les traits de la mort ; son bonheur suprême était dans le carnage. Pour lui, le sang coulait plus délicieusement qu'un doux ruisseau qui serpente au printemps à travers la mousse des rochers, et va ranimer les vallons flétris.
« Il s'avança sur les bords du lac de Lucormo, pour comcombattre Trunar, souverain belliqueux d'Urlor.
« Les noirs vaisseaux de Trunar l'apportèrent sur la côte de Gormal. Il vit la fille d'Aunar, l'aimable Bragal. Il la vit. et les yeux de la belle vierge ne se tournèrent point avec indifférence sur le vainqueur des flots et des tempêtes. Elle s'enfuit dans la nuit , et monta sur le vaisseau de son amant.
c Annir les poursuivit sur l'abîme des mers, il appela tous les vents du ciel. Le roi n'était pas seul : Starno, debout à ses côtés , les yeux attachés sur lui , semblait un jeune aigle d'Uthorno.
c Nous arrivâmes à Urlor. Trunar s'avança à la tête de son peuple : nous combattîmes, mais l'ennemi eut l'avantage.
c Annir était transporté de fureur. De son glaive il fauchait les branches des jeunes arbres. Il roulait des yeux enflammés de rage.
« Je remarquai le désespoir de mon père; je m'enfonçai dans les ténèbres. J'allai prendre dans le champ de bataille un casque brisé et un bouclier que le fer avait percé ; je portais à ma main une lance sans pointe : ce futaiisi que je marchai vers l'ennemi.
€ Trunar était assis sur un rocher; près de lui, sous un arbre, était la jeune Bragal. Je jetai mon bouclier à ses pieds, et je lui dis ces paroles de paix :
« Annir gît égorgé sur le rivage de la mer. Il a été percé
c dans le combat. Starno , son fils, est occupé à lui élever un « tombeau.
<r II m'a choisi parmi les enfants de Loda, pour venir vers « Bragal : il demande à cette vierge une boucle de ses cheveux, c pour la déposer dans la tombe d'Annir.
« Et toi , souveraine d'Urlor, fais cesser la guerre jusqu'à ce « qu'Annir ait reçu la coupe céleste des mains de Cruthloda. »
« Bragal, fondant en larmes, se lève et détache une boucle de ses beaux cheveux. Trunar me présente la coupe de la paix. Je me couchai dans l'ombre de la nuit, et cachai soigneusement mon visage sous mon casque.
€ Le sommeil descendit sur nos ennemis ; alors je me lève, à travers les ténèbres, je vole avec la légèreté d'un fantôme, et je perce le cœur de Trunar. Bragal elle-même n'échappa point à ma fureur, et ce fer déchira son sein de neige.
«Pourquoi, fille des rois, pourquoi as-tu provoqué ma rage?
« Le jour parut, l'ennemi s'enfuit. Annir frappa sou bouclier et appela son fils. J'arrivai tout couvert de sang.
« Trois fois le roi poussa un cri de joie, pareil à l'éclat soudain des vents au milieu de la nuit , quand ils déchirent les flancs d'un nuage orageux.
« Nous passâmes trois jours dans la joie. Nous appelâmes les oiseaux voraces; ils vinrent portés sur les vents, et les ennemis d'Annir leur furent livrés en pâture.
« Swaran, la nuit devient plus sombre, Fingal est seul sur sa colline : que ta lance perce en secret son flanc ; ma joie égalera celle d'Annir!...
— Non, le bras de Swaran ne sait point frapper lâchement dans les ténèbres. Fils d'Annir, je marche à la clarté du jour. Alors les oiseaux de proie accourent de toutes parts , accoutumés à suivre ma course homicide. »
A ces mots , Starno , rugissant de fureur, agite trois fois sa lance étincelante ; mais prêt à frapper, il tressaille ; il épargne son fils et s'éloigne d'un pas rapide.
Sur la rive du Turtor s'ouvre une sombre caverne, prison de l'infortunée Garglas. Starno y appelle la fille de Lulan. Mais la fille de Lulan est maintenant dans le palais aérien de Loda. Écumant de rage , il vole vers l'endroit écarté où Fingal reposait couché sur son bouclier.
Intrépide chasseur, fléau des sangliers, ce n'est pas une
230 CRUTHLODA. — CHANT TROISIÈME.
vierge timide et faible que tu vois devant toi , ce n'est pas ici un enfant couché sur la fougère , au bord du torrent de Turtor. Mais tu vois le lit du brave; s'il se lève, il donne la mort l garde-toi d'éveiller ce guerrier terrible.
Starno s'avance, Fingal se lève : «Qui es-tu, fils de la nuit? >
Starno, sans répondre, lui jette sa lance ; ils combattent dans les ténèbres : le bouclier de Starno tombe fendu en deux : Fingal le saisit et le lie à un chêne.
Aux premiers rayons du jour, le héros de Morven reconnut le roi du Gormal. A cette vue , la surprise émeut son âme, ses pensées retournent vers le passé. Il se rappelle le temps où le bruit des pas d'Agandecca était plus doux à son oreille que les hymnes des bardes. Il fait tomber les liens des mains de Starno.
« Retire-toi, lui dit-il, fils d'Annir, retire-toi dans ton palais de Gormal; cette lumière charmante que tu éteignis reparaît et luit encore dans mon cœur ; je me souviens de ta fille , et, grâce à ce triste souvenir, j'ai pitié du père, en épargnant le meurtrier.
«Loin d'ici, homme de sang! va dans ta retraite odieuse, va cacher tes remords et ton visage odieux 1 que les enfants des héros oublient ton nom souillé, et que jamais l'étranger voyageur ne console par sa présence ton foyer maudit 1... >
OINA-MORUL.
Ossian raconte son expédition à Fuarfed, île de la Scandinavie. — Mal-Orchol, roi de cette île, était assiégé par les troupes de Ton-Thormod, roi de Sardronlo, auquel il avait refusé sa fille Oïna-Morul. — Fingal envoie Ossian au secours de Mal-Orchol. — Le lendemain de son arrivée, Ossian livre bataille à Thormod et le fait prisonnier. Mal-Orchol offre sa fille en mariage à son libérateur; mais Ossian, s'apercevant qu'Oïna aimait Thormod, la rend généreusement à son amant , et réconcilie les deux rois.
Comme on voit la lumière du soleil fuir devant l'ombre sur la vaste colline de Larmon , ainsi, parmi les ténèbres de ma vieillesse, les images des siècles passés se succèdent devant ma pensée.
Quand les bardes se sont retirés, quand les harpes sont suspendues aux voûtes de Selma, une voix se fait entendre à l'oreille d'Ossian et réveille mon âme. C'est la voix des siècles passés : ils roulent devant moi chargés d'événements. Je saisis les faits éclatants à mesure qu'ils passent dans ma mémoire, et je les reproduis dans mes chants.
Les hymnes d'Ossian ne sont point sauvages comme les torrents du désert ; ils s'élèvent dans les airs comme les doux concerts de Lutha.
0 terre heureuse de Lutha ! quand la main légère de Malvina vole et brille sur la harpe , tes rochers répètent ses accords harmonieux.
Fille de Toscar, toi qui dissipes les sombres pensées qui assiègent mon âme, ne veux-tu point entendre ma voix? Viens , fille charmante , nous ferons revivre le passé dans nos chants .
Sous le règne de Fingal , avant que l'âge eût blanchi mes cheveux , je m'embarquai dans la nuit pour File de Fuarfed. L'étoile de Concathlin ' dirigeait ma course.
4. Concathlin signifie doux rayon des flots ; il est difficile, i une si grande dislance de temps, de dire précisément à quelle étoile on donnait ce
232 OINA-MORUL.
Fingal m'envoyait au secours de Mal-Orchol , roi de Fuarfed, que la guerre environnait de toutes parts. Nos aïeux s'étaient assis ensemble aux fêtes de l'amitié.
J'entrai dans la baie de Colco , et j'envoyai mon glaive à Mr.l-Orchol. Il reconnut le signal d'Albion, et tressaillit de joie. Il sortit de son palais , il vint à moi , et me prenant la main d'un air triste :
« Pourquoi, me dit-il, la race des héros vient-elle au secours d'un roi près de sa chute? Thormod est chef de l'île de Sardronlo : il a vu , il a aimé ma fille Oïna. Je l'ai refusée à son amour : nos ancêtres étaient ennemis. Il est revenu à la tête d'une armée nombreuse : mes guerriers ont fui devant lui. Quel motif porte la race des héros à me secourir?
— Je ne viens point, lui répondis-je, pour être , comme un enfant, spectateur inutile des combats. Fingal se souvient de Mal-Orchol et de sa générosité pour les étrangers. La mer le jeta autrefois sur ces bords, tu le reçus avec joie , tu lui prodiguas les fêtes et les concerts. Voilà le motif qui m'arme de ce glaive , et peut-être fera-t-il fuir t^s ennemis. Quelle que soit la distance qui nous sépare de nos amis , jamais nous ne les oublions dans l'infortune !
— Digne fils du vaillant Trenmor, tes paroles sont comme la voix de Gruthloda, quand ce puissant habitant du firmament ouvre son nuage et daigne nous parler. Mille autres guerriers sont venus se réjouir à mes fêtes, mais tous ont oublié l'infortuné Mal-Orchol. J'ai promené de tous côtés mes regards sur la mer, et je n'ai aperçu aucun vaisseau qui vînt à mon secours ; le bruit de mes fêtes ne les appelle plus dans le palais de Mal-Orchol, on n'y entend plus que le choc des armes*. Mais la nuit approche , viens dans ma demeure , enfant des héros, viens entendre les chants de ma fille.... »
Nous entrâmes dans son palais : Oïna prend sa harpe ; chaque corde frémit tour à tour sous ses doigts , et accompagne
nom. Oiiclfl'uîs montagnards le donnent aujourd'hui à l'étoile polaire. On fait allusion à ce passage d'Ossian dans une chanson Tort en réputation parmi les montagnards; et leurs matelots la ch.intenl encore de nos jours. L'auteur y vante la science dOssian dans la iiavi^aiinn.
i. Mal-Orchol fait ici la satire de ses fiuix amis, qui l'ahandonnent dans son malheur. Un ancien barde compare un homme heureux et puissant i un grand feu allumé dans un désert , et ses courtisans à la fumée.
OINA-MORUL. 233
ses tristes accents. J'écoutais en silence et contemplais la beauté de la fille de Mal-Orchol. Ses yeux humides de pleurs brillaient comme deux étoiles au travers d'un nuage qui verse la pluie.
Au point du jour nous combattîmes sur la rive du Tormul. Le son du bouclier de Thormod réglait les mouvements de son armée. Le carnage s'étend d'une aile à l'autre; j'attaque le chef de Sardronlo.
Son bouclier vole en éclats. Je le saisis, l'enchaîne, et le livre à Mal-Orchol. La défaite de l'ennemi ramena la joie dans Fuarfed. Thormod, humilié, craignait de rencontrer les regards d'Oïna.
« Fils de Fingal, me dit Mal-Orchol, tu ne partiras point sans emporter une marque de ma reconnaissance : Oïna va s'embarquer avec toi. Elle allumera dans ta grande âme la douce flamme de l'amour. Elle est digne d'habiter dans Selma, et sa beauté la fera remarquer dans la demeure des rois. »
Je passai la nuit dans le palais. Mes yeux étaient à demi fermés par le sommeil ; j'entendis une voix douce et plaintive, semblable au zéphyr qui vole et fait frémir le gazon des prairies.
C'était la voix de la fille de Mal-Orchol, qui chantait dans la nuit; elle savait combien les sons d'une douce musique attendrissaient mon âme.
(c Quel est ce jeune guerrier qui, du haut du rocher, promène ses regards sur les vapeurs de l'Océan? Ses longs cheveux, noirs comme l'aile du corbeau , flottent au gré des vents ; sa démarche annonce la douleur, les larmes roulent dans ses yeux, sa poitrine est gonflée de soupirs.... Retire-toi, malheureux, j'erre dans un pays inconnu. La race des héros m'environne , mais leur présence n'adoucit point mes ennuis. Ah ! Thormod, objet de l'amour des vierges, pourquoi nos pères furent-ils ennemis!...
— Aimable Oïna, lui dis-je, pourquoi fais-tu retentir la nuit de tes gémissements? Les descendants du vaillant Trenmor n'ont point une âme cruelle. Non , tu ne viendras point errer sur une terre étrangère. Une voix impérieuse retentit dans le cœur d'Ossian, nul autre que lui ne peut l'entendre; elle lui ordonne d'écouter les malheureux au jour de leur infortune. Retire-toi , belle Oïna , ton amant ne te pleurera point sur son rocher. »
234 OINA-MORUL.
Dès l'aurore , je détacliai les liens de Thormod et le rendis à son amante.
<r Pourquoi, dis-je à Mal-Orchol, pourquoi Thormod consumerait-il ses jours dans la douleur? Il est de la race des héros. Il a brilli dans les combats. Vos ancêtres , il est vrai, furent ennemis ; mais aujourd'hui leurs ombres réunies se réjouissent ensemble, et boivent à la même coupe dans le palais de Loda. Guerriers, oubliez leur ancienne haine, qu'elle reste ensevelie dans le passé !... }>
Telle fut la conduite d'Ossian dans sa jeunesse; ce fut ainsi qu'il rendit à son amant la tendre Oïna , malgré tout l'éclat de sa beauté.
asp)
GOLNA-DONA.
Fingal envoie Ossian et Toscar pour élever un monument sur les bords du torrent de Crona, en mémoire d'une de ses victoires. — Un roi du voisinage nommé Carulles invite à une fête, ils s'y rendent. — Les amours de Toscar et de Colna-Dona , fille de Carul.
Torrent de Colamon*, tes flots sombres et troublés se perdent au loin dans les vallons; tu baignes d'une eau plus limpide les abords du palais de Carul.
C'est là qu'habitait sa fille, la belle Colna-Dona. Ses yeux avaient l'éclat des astres de la nuit; ses bras, la blancheur de l'écume des mers. On voyait les globes de son sein s'enfler doucement comme deux vagues bercées par le souffle du midi. Son âme était un rayon des cieux. Quelle fille égala jamais ce ravissant objet de l'amour des héros?...
Fingal ordonne. Nous marchons vers le ruisseau de Crona ^, Toscar et moi , qui naguère étais entré dans la carrière des combats.
Trois bardes nous suivaient en chantant. On portait devant nous trois boucliers. Nous allions ériger un monument en mémoire des événements passés : Fingal avait dispersé les ennemis sur les rives du Crona ; les étrangers avaient fui devant lui.
Nous arrivons à ce lieu fameux. La nuit descend des monta-
^ . Colamon élait aussi le nom du petit royaume de Carul , situé prés de la muraille d'Agricola, vers le midi. Il est vraisemblable que Carul était de la race de ces Bretons que les historiens romains appelèrent Maiatic, Maialic est composé de deux mois gaéliques , mai , plaine , et aitich , habitants : habitants des plaines. Les Romains les appelèrent ainsi par opposition aux Calédoniens, qui habitaient les montagnes , et dont le nom est aussi composé de deux mots gaéliques, Caël-Don, Gaulois des collines.
2. Crona, comme nous l'avons déjà dit, était une petite rivière qui se déchargeait dans le Carron , dans la province de Slirling. Ossian ne dit point ici sur quels ennemis Fingal remporta la victoire pour laquelle il va élever un monument.
236 COLNA-DONA.
gnes; j'arrache un chêne de la colline; bientôt la flamme s'élève dans les airs.
«0 mes ancêtres, m'écriai-je, du fond de vos palais de nuages, laissez tomber sur moi vos regards! La gloire de vos descendants est la vôtre, et l'éclat de leur renommée se réfléchit sur vous.»
Les bardes chantent. Je prends une pierre dans le torrent : le sang des ennemis de Fingal pend en noirs grumeaux de l'herbe marécageuse qui la couvre.
Sous cette pierre je place l'une après l'autre trois bosses de boucliers , suivant les temps marqués par la mesure, tantôt lente, tantôt rapide , des chants nocturnes d'Ullin.
Toscar y pose un poignard et un cotte d'armes d'acier. Nous élevâmes un rempart de terre autour de la pierre, et nous lui dîmes :
« Parle à l'avenir, parle aux faibles générations qui remplaceront la race éteinte de Selma : fille du torrent, qui maintenant t'élèves sur la terre, au milieu d'une nuit orageuse, le voyageur viendra se coucher sous ton abri. Le frémissement de ta mousse agitée éveillera ses songes. Les années qui ne sont plus se retraceront à sa pensée.
« Il verra les batailles sanglantes , il verra les rois descendre pour combattre, et la lune obscurcie éclairant à regret ce champ de carnage.
o; Il s'éveillera avec l'aurore , il apercevra autour de lui les tombes de mille guerriers. « Quelle est cette pierre ? » demandera-t-il. Quelque vieillard lui répondra : « Cette pierre fut élevée par Ossian, héros des temps passés. »
Garul , roi de Golamon , l'ami des étrangers, nous envoie un barde pour nous inviter à nous rendre à son palais, séjour de la belle Colna-Dona. Nous vînmes nous asseoir à sa fête.
Ce héros en cheveux blancs fit éclater sa joie en voyant les enfants de ses amis s'élever comme de jeunes arbres de la plaine couronnés de leur vert feuillage.
« Enfants des héros , nous dit-il , vous me rappelez le temps heureux où je descendis pour la première fois sur la côte de Morven. Je poursuivais Carglas : nos ancêtres avaient été ennemis.
a Nous combattîmes sur les bords du torrent de Clutha. Carglas vaincu chercha un asile sur l'Océan : mes vaisseaux Yj
COLNA-DONA. 237
poursuivirent; mais, trompé par la nuit, j'abordai au palais de Selma. Fingal vint au-devant de nous avec ses bardes et Conlo, le bras de la mort.
« Je passai trois jours au milieu des fêtes dans le palais de Fingal. J'y vis la belle Roscrana, la fille des héros, l'honneur de la race de Gormac.
a A mon départ on me combla de présents, les rois me donnèrent leurs boucliers. Ils sont suspendus dans mon palais , comme un gage de l'amitié de Fingal.
« Enfants des héros, vous me rappelez les temps passés. >
Garni brûla le chêne de la fête : il prit deux bosses de DOS boucliers, les plaça dans la terre, sous une pierre , et voulut qu'elles fussent un monument de paix pour nos descendants.
«Quand la guerre, nous dit-il, rugira dans cette contrée, et que nos enfants seront près d'en venir aux mains , les guerriers de ma race jetteront peut-être les yeux sur cette pierre en préparant leurs lances , et diront : « Ici nos pères se sont « juré la paix. » A ces mots ils déposeront leurs boucliers. »
La nuit voila les cieux ; la fille de Garni faisait flotter en marchant sa longue chevelure, et sa voix mélodieuse se mêlait aux sons de la harpe.
A l'aspect de Golna-Dona, l'amour des héros , Toscar devint triste et rêveur : l'image de cette belle vierge se peignait dans son âme troublée, comme le rayon du soleil sur la mer houleuse, quand il perce les brumes et qu'il éclaire le dos mouvant des vagues.
Aux premiers rayons du jour nous éveillâmes par nos clameurs l'écho des forêts, et nos chiens relancèrent les timides chevreuils au bord des torrents et des lacs solitaires.
Nous retournions à la vallée de Grona , quand nous vîmes sortir de la forêt un jeune homme avec un bouclier et une lance sans pointe :
« D'où viens-tu , lui dit Toscar ? la paix habite-t-elle à Golamon, autour de la demeure de la belle Golna-Dona?
— Golna-Dona, répondit le jeune homme, demeurait autrefois dans Golamon; mais maintenant elle traverse le désert avec le fils d'un roi, qui a charmé son âme.
COLNA-DONA.
— Jeune étranger, dit Toscar, as- tu remarqué la route qu'a prise le guerrier? il tombera sous mes coups; donne-moi ce bouclier!...;!)
Furieux, il saisit le bouclier ; mais sous l'armure palpitait le sûin d'une jeune fille, blanc comme le duvet du cygne qui flotte doucement sur les ondes.
C'était Colna-Dona , c'était la fille de Carul. Elle avait vu Toscar, et n'avait pu le voir sans l'aimer.
LA
GUERRE DE TEMORA.