Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virginie, Préambule
Ces grâces polaires n'ont rien d’ossianique ; Morven n’est pas l'Islande ; le Barde ne parle ni de cygnes ni de chasses nocturnes “. Entraîné par son imagination, l’auteur de Paul et Virginie a voulu donner à sa délicieuse Ile-de- France une jumelle arctique, habitée par des nymphes pures et de fidèles amants.
Ailleurs, la psychologie ossianique fournit l’occasion et comme le pivot tout à fait inattendu d'une transition ingénieuse :
M. le duc de la Rochefoucauld a dit dans ses Maximes : La jalousie se nourrit dans les doutes... etc... Cette passion terrible, et qu'Ossian peint avec des couleurs si fortes chez les anciens habitants de la Grande-Bretagne, a encore acquis de l'énergie dans les cœurs de ceux qui habitent cette île, si l’on en juge par l’action pour ainsi dire incroyable que nous allons rapporter *.
Suit un fait-divers. L'idée d’aller chercher Ossian comme premier document des terribles jalousies anglaises aurait été tout à fait bizarre, si son nom ne se présentait de luimême lorsqu'on pense aux antiquités de la Grande-Bretagne,
Pendant qu’on retraduit Ossian, qu’onle paraphrase, qu’on le versifie ou qu’on le cite, les esprits les plus divers, pour peu qu’ils s'intéressent à la beauté littéraire, montrent par leurs analyses et leurs appréciations qu'ils sont profondément sensibles à cette poésie nouvelle. Parmi les francs admirateurs d'Ossian se présentent en première ligne des esprits aussi diférents que Dorat et Mercier.
Dorat, le galant et joli mousquetaire, s'élève à la notion de poésie naturelle, et partant sublime, lorsqu'il considère les poèmes d’Ossian *. En rencontrant sur son che-
1. Même remarque sous la plume de Gunnar Castrén, Norden i den franska Litleraturen, p. 179.