‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 167 sur 512 · I OO OÙ À · texte numérisé non relu

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Sébastien Mercier 369

pour lui, comme pour le D' Blair, de peser gravement dans les balances d'une critique équitable les mérites respectifs de l’aède et du barde. Dans le très curieux morceau qu'il intitule Contre l’Homère traduit en français *, Mercier commence par rapprocher, lui aussi, les deux aveugles errants. Puis il nie nettement l’existence d’un seul Homère. « Jamais le touchant auteur de ce poème [l'Odyssée] n’a été celui de la bruyante J/iade. C’est comme si l’on rassemblait un jour Ossian et Gessner, et qu'on vint nous dire alors que ce fut le même homme. » Voilà les deux plus grands succès de l’époque, rapprochés et opposés. Sans doute, le style des poésies erses rappelle celui d’Homère, surtout pour les comparaisons empruntées aux flots, aux nuages, etc... Mais qu’Homère est peu philosophe ! et que ses héros sont peu magnanimes! « Le pardon généreux, l’humanité, la bienfaisance désintéressée y sont des qualités entièrement méconnues », tandis qu'elles brillent dans l’âme de Fingal et de son fils. Enfin Mercier,selon sa coutume, dit crûment toute sa pensée : « Le divin Homère nous ennuie.. Notre Homère à nous sera Richardson ; notre Théocrite, Gessner ; notre Théophraste, Fielding. » Ossian n’est pas nommé dans ce canon révolutionnaire. Sans doute il n’est pas assez actuel; ses héros du mr° siècle sont trop lointains et nuageux. Il faut à Mercier des héros et des poètes contemporains.

Il devait revenir à Ossian en 1788, dans le quatrième volume de ce pot-pourri indéfinissable et précieux qu'est Mon Bonnet de Nuit. Il y donne comme traduite « de l’ouvrage anglais intitulé The Mirror » une étude de cinq pages Sur les poèmes d’Ossian *. L'auteur anonyme, aussi sage et mesuré que Mercier est fumeux et emporté, s’appuie sur la Dissertation de Blair, mais pour la rectifier et la dépasser. Il fait remarquer qu’il ne faut pas voir de l’art où il n’y a que la nature. La monotonie même que l’on reproche au style ossianique « est une preuve de son antiquité ». Il en est ainsi des descriptions du soleil et des comparaisons empruntées à « cet astre qu’il a présenté sous une telle variété d'aspects, qu'il ne paraît pas possible qu’ils aient pu frapper

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