Encyclopédie Méthodique, 1786, article Poësre
Encyclopédies et Dictionnaires 373
une question, que d’en inventer une réponse ; et, par exemple, de tirer d'Ossian « des conséquences fondées par rapport aux bardes germains ‘ ». C’est aussi la méthode de De Pauw, qui écrit un long et savant article sur les Bardes, dont Ossian fait en grande partie les frais *. L'auteur s’est solidement documenté : il faut le voir citer Picard en sa Cel/topædia et Torfaeus, Historia Rerum Orcadensium, et distinguer les bardes des vaciés et des eubages. Il ne les connaît que comme chantres de la guerre : ils « n’avaient pas l'élégance et la sublimité de Tyrtée ; mais ils avaient quelquefois sa force avec plus de rudesse ». Et comme l’érudition aime en ce temps-là à s'orner d’aperçus philosophiques, il insère cette réflexion, qui marque peut-être plus de bonté d’âme que de connaissance de l’histoire : « Tant il est vrai qu’il faut ou étourdir ou contraindre les hommes pour les porter à s'entredétruire ! » Ossian fait connaître, nous l’avons vu, l’homme de la Nature, et cet homme-là est bon : « Enfants de la Nature, ses héros sont tous hospitaliers, amoureux et guerriers. Tels ont dû être, tels ont probablement été les hommes, avant que l’invention des, arts... etc...* » Nous connaissons le refrain. Généralisations sur la poésie primitive, généralisations sur les Bardes et leur art, généralisations sur l’homme vertueux des premiers âges : Ossian est pour les constructeurs de systèmes la mine la plus précieuse.
Ainsi le Barde, ignoré de l'Encyclopédie, figure dans son Supplément et dans les continuations qui en furent données vers la même époque. Le premier dictionnaire historique qui le mentionne est exactement contemporain de la traduction de Le Tourneur. Dans un style tout moderne, il présente Ossian comme un « barde ou druide écossais au im° siècle » qui « prit d’abord le parti des armes » puis « se retira du service * ». L'article est reproduit identiquement dix ans plus tard 5. On se figure mal la personne d’Ossian,