‹ Ossian en France (volume 2)Chapitre 184 sur 512 · Volney, Les Ruines, août 1791, chap. II · texte numérisé non relu

Volney, Les Ruines, août 1791, chap. II

« ARTE à

Les ruines et la mélancolie 393.

en fait de culte, ne connaissaient, comme les naturels des Philippines, « que des mains jointes, et des yeux levés vers le ciel ». Les Celtes professaient cette religion épurée que Robespierre a voulu faire revivre ; on ne trouvait chez eux ni « peuple imbécile », ni « prêtres imposteurs * ».

Ossian d'ailleurs commence à être à la mode, si l’on en croit Ampère : « En sortant du bal des victimes, on aimait à s’entourer des ombres d’Ossian, à rêver le nr de Werther *. » L’un amène l’autre, nous l’avons vu. À une soirée du directeur Treilhard, en 1798, le baryton Laya et Chéron la première basse « chantent en perfection des morceaux choisis et arrangés pour eux par Fontenelle, auteur d’Hécube,sur de beaux vers imités d’Ossian ‘>, par Baour- Lormian, probablement : nous y reviendrons. La harpe devient à la mode. On est mélancolique et funèbre ; les vaudevilles et les almanachs le remarquent ‘. A l'influence des romans noirs de certains Anglais peut se joindre, plus discrète, celle d’Ossian,

IT

Il suffit de relever les marques d’admiration ou de sympathie que nous ont laissées quelques-uns des hommes de ‘lettres de cette époque pour noter des manières très différentes de goûter et de sentir Ossian. Le succès même de celui-ci paraît tenir en partie à la variété des points de vue desquels il est possible de l’envisager.

Voici par exemple Laya, l’auteur de L’Aini des Lois et l’un des fondateurs des Veillées des Muses. C’est un ossianiste discret, mais sincère : il ne paraît pas avoir versifié Ossian, mais il laisse percer en toute occasion son admiration pour ses chants. Fait-il l'éloge de Gray? Celui-ci est

Dupuis, Origine de tous les Cultes, an III, 1, 43, 45, 226.

J.-J. Ampère, Littérature, Voyages el Poésies, 1, 169.

. Mémoires de Madame de Chastenay, 1, 374.

Voir notamment Chansonnier des Grâces, 1799, p. 91, 158 ; et Pougens, Essai sur les Antiquités du Nord, 1797, p. 5.

SR

« et : \ —<— À 4

« le digne rival d'Ossian ‘ »; et « on croit lire Ossian, mais Ossian perfectionné, dans les diverses imitations que Gray a faites de la langue norse * ». Nous avons déjà rencontré ce parallèle un peu inattendu. Qu’y a-t-il de commun entre Gray et Ossian ? Peu de chose à vrai dire. L’aveugle antique de Morven et le délicat lettré de Cambridge ne devraient même se ressembler en rien, n’était que le jeune Macpherson à précisément grandi sous l'influence littéraire de Gray comme de quelques autres. Nous dirions donc : l’Ossian macphersonien doit quelque chose à la mélancolie de Gray, à son Barde, à sa poésie évocatrice d’anciennes légendes ou de destinées incomplètes. Mais pour nos ossianistes du xvin siècle, c’est Gray qui a imité Ossian. Laya ajoute qu’il l’a perfectionné, c’est-à-dire sans doute qu'il l’a mieux adapté à la mélancolie moderne. Une autre fois, Laya s’étend davantage sur le Barde. Dans une longue étude sur l’histoire de la pastorale, arrivé aux « poètes pastoraux du troisième âge », il demande la permission « d’éveiller un doux souvenir dans les âmes tendres et dans les cœurs mélancoliques, au seul nom du barde Ossian... de ce chantre si touchant d'Oscar et de Malvina, à qui le célèbre Thomson doit les plus beaux traits de ses tableaux * ». En voici bien d’une autre. Après Gray, Thomson proclamé imitateur d’Ossian, et peut-être son plagiaire! On savait bien, autour de Laya, qu’Ossian était ignoré en Angleterre avant Macpherson; mais peut-être croyait-on que Thomson, en qualité d'Ecossais, en avait goûté par avance les beautés. Un exemple comme celui-là fait bien voir de quels à-peu-près, de quelles confusions se contentaient les gens de lettres quand il s'agissait de cette poésie nouvelle.

On remarquera également que Laya, en qualité d'homme sensibleet de rêveur, ne s'intéresse, dans Ossian, qu'au paysage et au sentiment. Paysage et sentiment dignes des grands bucoliques, entre lesquels il mérite une place.

Les personnages... habitent les coteaux, la cime des monts, les prés, les rochers, les forêts. Les hymnes dans lesquels ils cé-

1. Veillées des Muses, VII, 199 (frimaire an VIII). 2 1D1, p.120:

Page 1